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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Virginie GAUTIER

Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 4 : Le lac, c’est le contraire d’une île

Il y a quelques mois-1an, Virginie Gautier m’a invité dans le cadre de sa résidence à Grand Lieu (44). J’ai, à cette occasion, composé un texte sur la dimension géographique de ses différents livres. Nous nous sommes promené sous la pluie, avons vu le lieu, avons discuté, regardé des dessins. J’ai essayé de copier ses dessins, ses lignes du monde, lignes-forces du paysage ; je n’y suis pas arrivé de façon satisfaisante (on a toujours tendance à en faire trop, des lignes). Et puis, fin 2015, le livre arrive, hâte de lire ce qu’elle a retenu de ce paysage, content d’y retrouver les dessins (et un protagoniste peintre Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir) aussi. Livre touffu, un peu comme une végétation luxuriante. Et la géographie : vues aériennes / espace vécu – espace sensible / discontinuités / île / regarder – dessiner / centre-périphérie (sous l’angle du bruit décroissant).

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Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 3 : l’apparition brusque, instantanée des paysages

Continuer la plongée dans les textes de Virginie Gautier. Richesse des thèmes géographiques qu’elle aborde. Mon texte avance, merci. Il convoque tout autour, les dictionnaires de géographie, Michel Butor, Kenneth White, Marcel Proust, Eric Dardel & Augustin Berque, André Gide, Botticelli & Friedrich, François Bon, Frédéric-Yves Jeannet… Ce qui s’entrelace avec des citations de notre auteure et les thèmes : paysage, territoire et génie du lieu. Il y ceci, il y a cela. Il n’y a pas ceci, il n’y a pas cela (dans la pile les livres finalement non utilisés : Philippe Vasset, Bertrand Wesphal, Eléments de géographie physique…). Ou bien…

Ville/espace

Des conduits de cheminées aux lignes sinueuses.

L’empreinte en brique d’un immeuble autrefois contigu.

Présence rouge du bâtiment retranché, comme une marque au fer. L’espace qu’il occupait dévoile un pâté de maison coupé en deux dont il ne reste qu’un crochet non refermé. La cour intérieure a pris le jour, soudainement surexposée depuis la disparition de l’autre aile si bien que les traces noires sur la façade semblent des marques de feu. On ne s’habitue pas d’un coup au regard de la lumière.

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Microgéo

Des barbes de ciment, des picots hérissés en petites pointes blessantes, des gouttes immobilisées dans le séchage, les rainures de l’outil dans la matière bâclée, on voit presque la main pressée désabusée pansant le pied de ce mur pour une raison qui échappe d’abord il faudrait s’y pencher.

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Ville/géoPhy

Tu t’amuses de ce bruit de ruisseau semblable à tous les bruits des ruisseaux, léger clair cascadant. Ceux des montagnes et ceux des caniveaux. Ceux qui roulent des galets et ceux qui contournent les pierres de taille — les granits affleurant aux bordures des trottoirs comme une remontée des roches dans la ville, la poussée d’une ligne de crête, étêtée, que tu suis.

Des soupçons de mica de quartz, des cristaux. Tu devines le sable grossier, l’aboutissement des silicates dans les parois affinées des vitrines et c’est tout le règne minéral prêt à revenir aux sources au seul chant de l’eau.

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Ville/relief/sons

Si le sol offrait moins de résistance au martèlement des pas il finirait par les épouser, s’incurvant au milieu des allées, s’enfonçant au pourtour des places. La ville prendrait du relief comme une femme enceinte grosse de ses piétons, malléable froissable susceptible. Au lieu de quoi elle réverbère ces milliers de chocs répétés, de corps tapant, de corps buttant contre les murs horizontaux et verticaux.

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Marche/espace/distance

Pourtant il est des heures plus creuses où tu constates un léger flottement dans l’axe des piétons, un jeu, un balancement particulier dans lequel tu te confonds mieux. Tu n’as pas la cadence rythmée uniforme de celui qui se rend quelque part, transformant l’espace autour de lui en une zone à franchir, une distance pure, un temps irréductible. La rue sur ton passage semble se matérialiser, apparaître corporellement, chaque chose avec ses angles, ses brèches, son âpreté, sa banalité — un morceau de trottoir, un barrage en rouleau de moquette, un bac à fleurs en béton moulé. Quelles que soient les hésitations qui te trahissent, les tressaillements infimes qui te surprennent à la vue d’un uniforme, d’une voiture de police, tu ne saurais faire autrement que de trancher dans le vif pour avancer, fragile et robuste à la fois.

Parfois tu suis quelqu’un choisi au hasard que tu quittes soudain pour t’accrocher à une autre silhouette, même de loin.

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Ville

Ça se liquéfie vers le fleuve, se resserre vers les boulevards, les grands magasins. Entre les parois vitrées, la chaussée, les étalages, tu es pris dans le mouvement ondulatoire, emporté, immobile peut-être tandis que filent autour de toi le sol et les échoppes, que les produits s’échangent, circulent de main en main aussitôt remplacés à profusion dans les vitrines.

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Paysage/marche

Tu passes d’un côté à l’autre de cette ligne mouvante où s’exercent tour à tour ta vision aiguisée ou confuse et l’apparition brusque, instantanée des paysages que tu traverses. Ton pas doit s’arranger de la transformation des choses — d’abord dressées, distantes, promptes il y a quelques heures à faire de leurs contours nets des remparts — ductiles à présent, échangeant leurs reflets ou bien fragmentées dans l’espace et que l’on ne peut plus toucher, ni saisir.

Piétons traversée obligatoire.

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Se perdre/ville/lieu/frontière

À force d’obliquer, de changer de direction, il arrive que tu sois totalement perdu, que tu ne saches plus si c’est vers le sud ou l’ouest et dans quel quartier, au milieu de quel ensemble d’immeubles tu te déplaces et qu’importe. La faim parfois te tenaille mais tu sais qu’elle passera. Tu sais qu’à un moment tu traverseras une avenue que tu reconnaîtras, d’où tu repartiras pour t’enfoncer encore parce qu’à quoi bon savoir où l’on se trouve, tomber nez à nez avec cet endroit où l’on fut quelqu’un d’autre, le croire ou se tromper, n’être pas bien sûr, cela a pu changer et encore, toutes les villes se ressemblent un peu.

Tu préfères sans doute éviter des pistes trop lisibles, t’en tenir à l’est globalement, ne pas franchir certaines frontières connues de toi seul, sillonner interminablement comme si l’effort consistait à pénétrer à l’intérieur de quelque chose que tu voudrais découvrir ou savoir ou comprendre.

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Espace-son/relief

Les sacs sont serrés contre le coude, les valises à roulettes changent de tonalité aux reliefs du sol.

 

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Virginie GAUTIER, Les zones ignorées

 

 

 

 

 

 

Regard

Te persuader de l’existence des choses par la plante du pied ou le plat de la main quand le coup d’œil ne vaut plus rien pour donner corps aux objets tremblés qui disparaissent d’un battement de paupière.

 

 

 

Regard/paysage/ville

Elle advient cette ville mal établie, fragile sur ses fondations.

Le paysage flotte entre tes cils.

 

 

 

 

Ville-mathématique-géométrique/paysage géométrique

Une suite de droites balançant au-dessus des gouffres que la course des nuages incline. Des parallélépipèdes, des lignes de fuite obliquant vers un horizon purement mathématique. Des segments des axes des projections dans l’azur, un ciel sans cesse repoussé.

 

 

 

MicroGéo/géoPhy/paysage

Dans chaque pierre un paysage miniature, des veines en rivières, des arbres flageolants, un condensé de ciel dans les sédiments.

 

 

 

 

Ville

La ville jamais ne se referme, les errements se perpétuent, les sons les signes s’articulent sans fin.

 

 

 

 

Marche

Voilà tu n’y étais pas, tu marchais par habitude, occupé à tracer ce sillon à l’intérieur de toi ou bien à t’en défaire.

 

 

 

 

 

 

Génie du lieu/microGéo

Les enduits se superposent, gagnent en imperméabilité. Les ombres creusent la rue un peu plus. Ni plaque, ni bouquet. Un doigt taché peut-être voulut y tracer un nom. Sous le lampadaire une phrase en lettres inclinées d’un coup de bombe sur un pochoir — À corps perdu — les époques, les lieux se superposent, la mémoire les traverse tous.

 

 

Espace/trajets/lieu

Dans l’espace mité, tissé dessus dessous, tu empruntes des trajets comme des rails dessinés par le contour de lieux clos, autorisés ou défendus. Tu suis la dé- nivelée du sol qui te fait descendre sous terre ou entrer quelque part, à l’abri d’un porche, dans un passage avec le ciel sous verre.

 

 

 

Eléments physiques/ville

Quoi ? Le vent, te frappant de plein fouet au détour d’un alignement.

Les immeubles font cercle autour du lampadaire, tout entier pris de vibrations, de l’arbre, qui tient son poste exact sur la butte. Feulement des branches dures dans l’air.

            le vent comme rappel de la géographie et des directions

 

 

Nouveau roman

Le visage penché vers le sol tu vois les poussières filer entre tes jambes, les tourbillons de feuilles en miettes et dans l’ombre des flaques les reflets des fenêtres allumées dans la précocité du soir.

 

 

 

Territoire/habitat

On ne circule pas impunément sous le pont, l’endroit appartient à ceux qui l’occupent et s’y maintiennent, le moindre abri trace un territoire d’autant plus précieux qu’immatériel. Esquisses d’habitat en lignes de craie sur le sol, alignement de boîtes de conserves, emplacements légitimés par quelques sacs de couchage, radio, canapé.

 

 

Paysage/géologie

Toutes profondeurs invisibles d’un paysage aplati, tissé serré, dont la trame sous-jacente continue de nourrir les motifs affleurants.

 

 

Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 2 : les toutes petites différences

Je me suis perdu dans Londres, je n’avais pas le bon plan. Mais j’ai aimé ça. Et puis comme elle me propose de venir causer, je lui dis que je prépare un texte. Une petite lecture. Alors plongée, d’abord, dans Les yeux ouverts, les yeux fermés. Relever, et après couper.

 

Route/paysage/GéoPhy/territoire

J’ai fait une longue route en me jetant sur les chemins dans la campagne inut en courbes traîtres propres à la débandade et aux achoppements. Les champs ratissés. Les cours de ferme. Les bois privés. Les étangs, les étendues muettes. Pressée de dissiper l’énergie, de trancher. Couper à travers champs était presque impossible. Il n’y a plus de fils de fer barbelés, il y des rubans électrifiés qui les délimitent. J’ai vu la tranche des collines qui ont été creusées, ouvertes. J’ai vu la blancheur de l’os, du cartilage calcaire qui, dès l’aube, accroche la lumière. Cette ouverture démesurée, cette douceur, de la lumière blanchie, du versant. En dépit de la vitesse des véhicules, sur la route j’ai pensé au temps, aux siècles nécessaires. J’ai pensé aux hommes. Aux premiers qui s’y installèrent entre le levant et le couchant. À ce long repos du soir sous l’abri des collines. Quelque chose dans le paysage est encore là qui n’a pas changé. Je me dis, finalement, il est important de ne rien faire de trop. On n’est peut-être pas là où l’on croit.

 

Qu’y a t-il à faire d’autre que reprendre sur soi du territoire.

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lieu

Je sais qu’il y a d’autres possibilités, d’autres endroits où aboutir. Que chaque lieu est provisoire. Bras écartés, les mains de chaque côté, les muscles des yeux travaillent à élargir l’angle de vision, à gagner quelques millimètres. Mon corps pour unité de mesure connaît ce qu’il peut franchir, escalader. Et aussi les éloignements incalculables.

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GéoPhy

Elle marche dans une vallée qui s’élargit ou rétrécit. Suit un fleuve plus ou moins. Traverse une carrière. Le lendemain, s’approche de l’eau.

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Lieu/paysage/géographie

C’est drôle, elle se tient en équilibre, au bord d’elle-même comme au bord de l’eau. S’arrête en ce lieu qui n’est pas ceci et qui n’est pas cela. Ramasse par terre une petite branche. Aussitôt ce sont les lignes de fuite qui remontent vers le ciel, le sol qui bascule. Il y a toujours quelque chose qui ne se laisse pas attraper. C’est une question de géographie, de ce qui nous transforme. Elle a pris la forme de la fuite. Oublié les explications, les histoires. S’est laissée approcher. Il n’est pas dit qu’elle ne filera pas entre leurs doigts.

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Paysage/direction

L’autoroute est comme un pont suspendu, à peine accrochée au paysage. Il faudrait passer dessous. Traverser des morceaux de forêts, une voie ferrée, un terrain sûrement interdit d’accès tout le long protégé d’un grillage. Sortir à découvert au ras du fleuve. Atteindre, au bout de ce grand dénivelé, l’eau qui n’est d’aucune couleur sauf celle, boueuse, de la terre, quand le soleil la traverse et qu’apparaissent les grains, les poussières en suspension. Dans ce monde brun où rien ne pèse. Tout flotte et se balance dans un état d’oscillation qu’un rayon de soleil perce un instant à l’oblique, puis quitte. Restituant à la matière son mystère. Aux arbres leurs reflets. Au ciel le sien qui marque le fleuve d’argenté comme une travée de lumière, une raie au milieu des terres. Que j’ai cherchée. Que j’ai suivie. M’attachant à ce clapot, ce courant. Peut-être parce qu’il y avait en bas, avec le fleuve, une direction.

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MicroGéo

Elle note les toutes petites différences.

 

 

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MicroGéo

Dehors la voisine fait le trajet depuis l’arrêt du bus à la porte de sa maison, chargée de provisions qu’elle déplace d’un endroit à l’autre, d’un contenant à un autre depuis le magasin. Répétant les gestes de charger et décharger, jusqu’à leur aboutissement sur la table de la cuisine. La voisine revient des courses. Et c’est tout. Le dire, seulement ça, c’est une vérité qui suffit.

Les yeux ouverts les yeux fermés

 

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Paysage

Il est un pli par où s’enfuit le paysage et, comme sur un lac les vagues longtemps après nous éveillent d’un songe, il est un pli par où revient chaque jour l’aube, nous éveillant d’un songe.

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Paysage

À force d’ajouter de nouveaux paysages, il y a ceux qu’on oublie, qu’on transforme, qui font une empreinte différente. Avec quel étonnement elle les retrouve, obscurcis, mélangés. Y a t-il un avant et un après, elle se le demande.

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Lieu/paysage/espace-son

Mon pas dansé sur un pont, je passe d’un lieu à l’autre, inaperçue. Le passage est ce qui reste. Regarder au-dehors les oiseaux c’est comme écouter une musique qui ne s’arrête pas, qui remplit toujours le paysage. Il y a peu d’endroits déserts, vides absolument. Toujours un cri, un son quelque part. Des craquements de branches. Les souffles des bêtes quand elles approchent.

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Paysage/fleuve

Je cherche un paysage plus grossier, plus sauvage. Il est temps de laisser la vallée derrière moi, le fleuve prévisible descendre seul à l’ouest.

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Direction/ville/centre-périphérie

De pas, d’immeubles, de parkings, de rues. Sans regarder ni réfléchir à aucune direction, sauf à aller plus loin. Dépasser la cité où l’on dort. Dépasser la ville, traverser chaque écorce de sa périphérie. Des jours de fuite lente. Elle longe une nationale. Des jours à découvert le long d’une nationale. Des zones commerciales. Une nuit au commissariat avec l’humiliation.

[…]

Un pas en entraîne un autre, c’est ça. Des espacements apparaissent. Après des journées de pancartes et d’enseignes, de bâtiments en tôle, tout change d’échelle. L’anneau de la périphérie relâche son étreinte. Les routes plus petites. L’herbe des bas-côtés. Les gravillons, la poussière, un nuage. Le cri des corneilles qu’elle prend pour apostrophe chaque fois à son passage.

 

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Ville-campagne

Elle s’est tournée de tous côtés, il n’y avait plus rien qui fut là. Il n’y avait plus rien autour. Elle avait quitté la ville qui est une sorte de réalité, quelque chose de solide. Elle avait pris le risque de disparaître, c’est ça. Elle s’est tournée de tous côtés avant que vienne la nuit plus tranchée. Qu’arrive l’abandon.

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direction/espace-son

Elle a choisi au hasard une direction. Repéré les jours de marché dans les villages. Elle est passée sans trop s’attarder. Les laissant définitivement en arrière, les villages, attachés les uns aux autres. N’ayant ni début ni fin et finissant pas se relier entre eux, en bribes. Fragments de wagons, de pont. Morceaux associés de ciel et de terre, fondus ensemble. Au défilement desquels il n’est plus nécessaire de savoir qui, d’elle, du vent, bouge quoi. Qui se déplace, et pour aller où. Une antenne hissée sur une colline au-dessus d’un troupeau. Des branchages. Un silo. Le long hurlement d’un chien reliant tout à travers la campagne.

 

Virginie Gautier, Les yeux ouverts les yeux fermés

Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 1 : la ville

Belle surprise du mois, ce titre magnifique et les pages qui suivent non moins. Tout est géographie. Toute cette géographie lue de 2 traites nocturnes. Les géographes aiment se perdre, la bonne idée de marcher dans une ville avec le plan d’une autre. Et ainsi découvrir ce qui pourrait les unir, les rapprocher, les différentier. Toutes les villes sont une –administrer, pourvoir, prévoir, scolariser / C’est une ville, elle a commencé par un fleuve-, un peu la même (on s’y oriente avec nos repères occidentaux), mais chacune singulière. Ici Londres et Le Caire, 2 façons bien différentes de penser la ville.

« C’est une ville, elle abrite une quantité de jardins. Des atlantides, des eldorados, des phalanstères. Des fictions. Des formes camouflées ou à l’état d’étude. Une foule de questions et une quantité de possibilités. Des esquisses pour la part du flou, l’idée du nuage. Des désirs, des fantasmes, des spéculations. »

« Vuluv, le rideau, c’est l’histoire d’enfance, le territoire collectif. Pas un espace géographique, un espace reconstitué. Un ensemble de traces et de trajectoires. Des chants, des sonorités. Pas un espace géographique, un espace affectif. »

« Dans une ville ouvrière, une ville moderne, une ville parfaite. Dans une ville occupée à administrer, pourvoir, prévoir, scolariser, chaque endroit a une fonction précise. Aire de stationnement, parking. Terrain municipal. Aire de pique-nique (bancs et tables). Cour, square, jardin. S’isoler est difficile. »

« Il y a toujours l’eau. L’eau qu’on finit par croiser. C’est ce qu’on pense d’une ville, on y descend toujours vers un fleuve. »

« C’est une ville, elle a commencé par un fleuve, quelques pirogues. Le courant a fait tout le travail du portage. On s’est laissé glisser à la recherche d’une berge accueillante, d’une grève sans marais, d’îlots traversants. »

« Ville, elle a ses sols mouvants. Ses espaces sans définition. Des mers de détritus. Des rues qui changent de noms. Des glaciers, des coulées de lave. Des plages noires comme du bitume. Des mers intérieures qui ne reflètent pas de ciel, sont des trous. Des steppes. Des landes. Des brousses. D’anciens marais que les crues une fois de trop inondent. Plus on s’écarte, plus on a des chances de se rapprocher de quelque chose. »

« Les lieux se superposent aux souvenirs. »

Virginie GAUTIER, Marcher dans Londres en suivant le plan du Caire, publie.net

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