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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Le sentiment géographique de Mathieu LARNAUDIE

Mathieu Larnaudie ; depuis la parution d’Acharnement, je me dis qu’il faut que je lise ses romans. Comme nous l’accueillons en résidence au musée Rabelais, là, en bleu de lecture et crayon à la main, je le lis du coup. Et pas qu’un peu, j’envisage ses œuvres complètes. Déjà Pôle de résidence momentanée, Les Effondrés, Strangulation, La constituante piratesque. Plongée donc dans cette écriture singulière, ces sujets particuliers. Et, au delà des convergences rabelaisiennes, relevé ces quelques éléments géographiques.

 

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Lieux interchangeables

Après un saut en parachute, en plein champ, sur le sol rêche de l’Alabama, près d’une route par laquelle il avait réussi à gagner en auto-stop l’un de ces motels anonymes, interchangeables, qui sont les lieux communs de l’espace américain, situé à la sortie de d’une zone suburbaine quelconque […].

(Les Effondrés)

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L’adolescence, c’est de la géographie

Et qu’est-ce que l’adolescence, si elle ne s’émeut pas de la circulation mêlée des hommes et des objets, des marchandises, des paroles et des promesses qui, d’une ville, de ses pontons, de son arsenal, de tout ce qui s’y rassemble ou s’y disjoint, font l’ouverture aux chimères du possible.

(Strangulation)

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Du lieu et du rêve

Le moindre des lieux où il se tenait révélait une forme de vie tout entière : il pouvait en deux heures et en toute bonne foi être l’homme des foules ou le marin que la futilité d’un coup de tête fait hésiter à s’engager pour un armateur argentin […].

(Strangulation)

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Le métro en 1914

[…] les dix lignes du métro sont, elles, toujours en  service. Il est encore possible de se déplacer d’un point à un autre, lointain, dans Paris. Jean descend dans ce cloaque itinérant qu‘il n‘emprunte presque jamais : habituellement. sa géographie d’employé de centre-ville lui épargne les désagréments claustrophobes du transport qui bringuebale entre les égouts, les canalisations et les catacombes, qui coupe sous ses roues, sur le fil du rail, les rats en deux et terrorise en leur grotte, pendues a leur plafond suintant, les chauves-souris dociles. Il prend la direction de la porte de Chatillon, où se trouvent le  troisième bureau de recrutement  et sa dernière chance d’être enrôlé.

(Strangulation)

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Géographie sensible

Car il nous faut des dangers ; réels ou narrés (l’un et l’autre souvent, qui se complètent), ils justifient nos cheminements, ils ménagent nos territoires ; dessinent nos couloirs. Sans écueil, nul chenal ; sans dérive, pas d’ancrage.

Sans danger, pas de récit.

(La constituante piratesque)

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Mathias ENARD & la gare-carrefour Bologne

Je suis passé à Bologne il y a quelques années, lors d’un voyage ferroviaire chaotique à travers l’Italie. Plus exactement je suis passé dans la gare de Bologne à l’heure de l’apéro du soir, soleil dorés sur les toits et sur les rails. Tenté debout sur un banc d’apercevoir la ville ; mais non, pas tellement possible alors comme ici :

comme des rails dans la nuit des traits des réseaux infinis de relais et nous, le plus souvent silencieux, étrangers qui ne nous ouvrons pas plus l’un à l’autre que nous ne le faisons à nous-mêmes, obscurs, obtus, perdus dans les innombrables rails qui entourent la gare de Bologne nœud ferroviaire inextricable, des aiguillages, des circuits, des voies de garage à n’en plus finir, une gare divisée en deux parties égales où au contraire de Milan le gigantisme du bâtiment est remplacé par la profusion des voies, la verticalité des colonnes par le nombre des traverses, une gare qui n’a besoin d’aucune démesure architecturale parce qu’elle est en soi démesurée, le dernier grand carrefour de l’Europe avant le cul-de-sac italien, tout transite par ici, les bouteilles de nero d’Avala venues des pentes de l’Etna que buvait Lowry à Taormine, le marbre des carrières de Carrare, les Fiat et les Lancia y croisent les légumes séchés, le sable, le ciment, l’huile, les peperoncini des Pouilles, les touristes, les travailleurs, les émigrants, les Albanais débarqués à Bari y foncent vers Milan, Turin ou Paris: tous sont passés par Bologne, ils ont vu leur train glisser d’une voie à l’autre au gré des aiguillages, ils ne sont pas descendus visiter la basilique, ils n’ont profité d’aucun des charmes d’une ville agréable et bourgeoise

Mathias ENARD dans Zone

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