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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Habiter / Voyager / Regarder (Vracs d’entretiens avec Michel BUTOR)

Les extraits présentés ici sont des morceaux qui n’ont pas trouvé leur place dans le long entretien que m’a accordé Michel Butor en 2007. Ils ont été entrecoupés d’anecdotes racontées par Michel Butor.
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« Si vous voulez, je suis un autodidacte de la géographie. »
(Michel Butor)

Anecdote 1 : HABITER :

Depuis que nous avons des chiens, nous en avons eu plusieurs successivement, parce que ça ne dure pas très longtemps. Alors celui-ci, c’est le quatrième chien. On en a d’abord eu un qui s’appelait Jonas, ensuite, une très belle colley d’Ecosse qui avait le défaut d’être épileptique qui s’appelait Fanny, et puis ensuite un black retriever qui s’appelait éclair. Qui était un éclair noir, tout noir. Et puis celui-ci. Ce sont tous des chiens perdus. Les trois premiers venaient de la société protectrice des animaux, celui que nous avons maintenant appartenait à une de mes nièces qui habite dans un appartement parisien, et quand elle a eu un second bébé, elle n’a pas pu le garder. Elle nous a demandé de le recueillir. Et puis il y en a un tout petit aussi qui appartient à une de mes filles.

A. D. : Les gens ici [à Lucinges et aux environs], ont-ils plutôt une appartenance française, ou suisse, ou c’est différent ?

Les gens qui vivent à Lucinges sont en gros des Français, mais une bonne partie de ces Français travaillent à Genève, ce sont des frontaliers. Ils vont à Genève tous les jours. Et puis il y a maintenant une population suisse importante. Sur la commune de Lucinges, il doit y avoir à peu près un quart de suisses, mais vous voyez, j’ai tort de dire des Suisses, je devrais dire des Genevois. Parce qu’on n’est pas Suisse, les Suisses appartiennent à un canton. La Suisse est un état fédéral et les différences entre les cantons sont plus importantes encore que les différences entre les états américains, les différences de législation. C’est tout petit mais c’est l’exemple même d’une fédération qui ne fonctionne pas trop mal. Alors, il y a à peu près un quart de la population de Lucinges qui est des Genevois. Auparavant, quand on travaillait à Genève, on devait vivre sur le canton de Genève. On ne devait même pas vivre en Suisse, on devait vivre sur le canton de Genève. Il y avait un certain nombre d’exceptions, il y avait deux exceptions : c’était les Français voisins, qu’on appelle les frontaliers – mais il faut un certain nombre de conditions – et puis les membres des Organisations Internationales. Vous voyez, il y a une centaine d’Organisations Internationales à Genève. Les membres des Organisations Internationales peuvent vivre à l’étranger. Et l’étranger ici, c’est la France. La plupart d’entre eux vivent dans le pays de Gex. C’est-à-dire, dans le Jura, de l’autre côté. Et à Ferney-Voltaire et dans un certain nombre de localités autour. Les gens qui travaillent dans les Organisations Internationales sont des gens riches. Ils sont en général bien payés. Donc autrefois, c’était comme ça. Maintenant, il y a eu ce qu’on appelle les accords bilatéraux entre la France et le canton de Genève, pas entre la France et la Suisse, entre la France et le canton de Genève. Avec évidemment l’aval de Berne. Parce que c’est Berne, c’est la fédération qui contrôle les affaires étrangères et l’armée. Alors depuis ces accords bilatéraux, les Suisses ont le droit de vivre en France. Auparavant, il y a quelques années, il y avait déjà beaucoup de Genevois qui avaient des résidences secondaires ici. Mais ils étaient obligés d’avoir une résidence principale à Genève qui pouvait être toute petite. Ils pouvaient avoir une toute petite résidence principale et une très importante résidence secondaire puisque ce sont des gens riches. Les maisons les plus belles ici appartiennent à des Genevois. Maintenant ce sont les mêmes, mais ils sont officiellement résidents à Lucinges. La population a augmenté, vous voyez. Elle n’a pas augmenté en réalité, mais elle a augmenté administrativement parce que les genevois qui vivaient déjà ici ont le droit maintenant de vivre ici, et donc ils sont mis sur la liste.

A. D. : Je trouve ça fascinant. Parce que finalement on est encore en France, mais on est tout près de la Suisse et Genève c’est quelque chose d’aussi quotidien pour les gens ici qu’Annemasse, enfin on passe la frontière mais on n’a pas vraiment l’impression de la passer.

Les frontaliers passent la frontière tous les jours. Ils sont beaucoup moins loin de leur travail à Genève qu’un banlieusard parisien. Beaucoup moins.

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Peter HANDKE & les changements de plans du paysage

Toujours à récupérer des passages dans La Leçon de la Sainte-Victoire, (il faut bien que je lui rende le livre, quand même !), je me laisse guider par mes notes et petits papiers indicatifs : par là : les plans, l’observation du paysage :

Souvent, il y a quelque chose de particulier à observer sur des surfaces éloignées: ces arrière plans, aussi uniformes soient-ils, changent aussitôt que dans l’espace libre au premier plan un oiseau, par exemple, s’envole. Les surfaces reculent et prennent forme de façon sensible; l’air entre elles et l’œil devient palpable. Ce qui est devenu sans objet à force d’être connu ou lié à un endroit précis, à force d’être appelé par son nom, le voilà qui pour une fois se situe à bonne distance; c’est « mon objet» avec son vrai nom.

Peter HANDKE, La Leçon de la Sainte Victoire

Peter HANDKE & les tableaux superflus

En attendant de reprendre Mon année dans la baie de personne, je gravis la Sainte-Victoire accompagné du regard de Peter HANDKE sur le monde. Pas souvent de grands voyages extraordinaires chez Handke, des petits plutôt, et des paysages surtout. Je crois qu’on ne parle jamais de cet auteur du côté de chez les géographes…

Je manquais plutôt de gratitude envers les peintres de tableaux ; car ce que je croyais être le superflu avait plus d’une fois servi à guider mon regard et bien des choses étaient devenues images à la source de l’imaginaire et de la vie.

Peter HANDKE, La leçon de la Sainte-Victoire

(Notes) Isabelle BUTTERLIN

(vrac de notes sur Abstraction au voyage d’Isabelle Butterlin)

« Il faut fournir un effort invraisemblable pour s’imaginer devenu point minuscule »

Lieu et traversée de l’espace ; Quel est votre lieu ? Comment le définissez-vous ? ; Qu’est-ce que l’espace entre deux lieux ? ; A force de répétition (du voyage) on s’intéresse de plus en plus aux détails, on précise/affine sa vue, ses observations, sa perception ; Abstraction du paysage par masses vertes ou ocres, en fonction ; Il y a le voyage et le but du voyage, peut-on les désolidariser ? ; Le voyage obligatoire et répétitif se transforme en trajet, en parenthèse, se perd alors l’excitation caractéristique au voyage ; Comment définiriez-vous un lieu ? ; Quel est votre lieu idéal ? De quoi se compose-t’il ? ; Wagon : non lieu ? Comme une gare… ; La géographie physique soumet au train des mouvements qu’il nous répercute, faisant tendre nos muscles pour garder un semblant de verticalité ; Wagon : lieu relatif.

Michel BUTOR & il desiderio di far vedere le cose

E nello scrivere ho il desiderio di far vedere le cose. Così come con la scrittura vorrei far sentire il brusio del mondo…

In In viaggio con Butor, Michele Marziani

Du paysage (3) & de l’espace

Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?

François BON & la géographie

La géographie c’est ce qu’on ne connaît pas parce qu’on n’en a pas fait pour soi-même territoire, les noms ne dessinent rien, pas de directions, pas de lignes ni possessions, ils ne sont pas nôtres encore,

La géographie en fait on s’en moque, c’est la répétition qui compte, les images qu’on ne saurait pas, à cette étape-là, remettre dans l’ordre, à peine si chaque fois qu’on les revoit on en arrive maintenant à se dire : cela déjà on l’a vu, cela déjà on le sait, et l’entassement de choses,

François BON in Paysage fer

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La géographie est très présente chez F. Bon. Son Tiers livre se consacre en partie à la ville et à la façon qu’on a de vivre la ville et ses lieux.

Une de ses rubriques se nomme la géographie par lignes; j’y ai noté un jour :

Et : « La géographie en fait on s’en moque » (Paysage fer)

paysage ligne 21 mars 19:33, par François Bon, le blog|journal

oui, mais justement, à condition d’être promené dedans !

a t’il répondu.

George PEREC & comment décrire

Description d’un chemin


comment décrire?

comment raconter?

comment regarder?

sous la sécheresse des statistiques officielles,

sous le ronronnement rassurant des anecdotes mille fois

ressassées par les guides à chapeaux scouts,

sous la mise en place officielle de ces objets quotidiens

devenus objets de musée, vestiges rares, choses historiques,

images précieuses,

sous la tranquillité factice de ces photographies figées

une fois pour toutes dans l’évidence trompeuse de leur

noir et blanc,

comment reconnaître ce lieu?

restituer ce qu’il fut?

comment lire ces traces?

comment aller au-delà,

aller derrière

ne pas nous arrêter à ce qui nous est donné à

voir

ne pas voir seulement ‘ce que l’on savai t d’avance

que l’on verrait?


Comment saisir ce qui n’est pas montré, ce qui n’a pas

été photographié, archivé, restauré, mis en scène?

Comment retrouver ce qui était plat, banal, quotidien,

ce qui était ordinaire, ce qui se passait tous les jours?

c’est ce que l’on voit aujourd’hui

et l’on sait seulement que ce n’était

pas ainsi au début du

siècle

mais c’est cela qui nous est donné à voir

et c’est seulement cela que nous pouvons

montrer

Georges PEREC in Récits d’Ellis Island

LA FONTAINE & le lieu

Trouvé dans dans Beatrix de Balzac, cette citation de LA FONTAINE : …les lieux honorés par les pas, éclairés par les yeux

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