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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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réalité

Malcolm LOWRY & la terre plate

Depuis quelques temps que je lis du Malcolm LOWRY (en y entrant par les nouvelles & les poèmes), que j’y plus qu’apprécie les descriptions d’âpres lieux (cargos dans la tempête, quai sombres, ports & autres gares, que je lis donc et  ne trouve pas de citation adéquat pour ces pages ; depuis le temps est donc révolu, voici :

(Note : Dire quelque part que Martin a vécu si longtemps sur cette planète, qu’il est presque parvenu à se persuader qu’il est un humain. Mais son moi profond sent bien qu’il n’en est pas ainsi, pas tout à fait. Sa vision du monde, il ne pouvait la tirer d’aucun livre. Il n’avait jamais réussi à y découvrir qu’un aspect superficiel de ses souffrances et de ses aspirations. Il avait pris l’habitude de prétendre penser comme les autres, mais ce n’était pas vrai. On admet qu’un grand progrès s’accomplit quand nous découvrîmes que la terre était et non plate. Or, pour Martin, elle était bel et bien plate, mais seule une petite partie, l’arène de ses propres souffrances, lui en apparaissait à la fois. Il ne pouvait non plus se représenter ce machin en rotation, se mouvant d’ouest en est. Il contemplait la Grande Ourse comme on regarde une affiche lumineuse, quelque objet fixe, bien qu’il s’en émerveillât, tel un enfant, en songeant aux diamants de sa mère. Mais il ne pouvait rien faire bouger. L’Univers ne tournait pas, pas plus que les étoiles sur leurs orbites. Le matin, quand le soleil se levait, c’était très exactement là ce qu’il faisait: se lever. Martin était non humain, subordonné à certaines lois, même si, en apparence, il semblait tout au plus un jeune homme normal, présentant bien, aux manières plutôt conventionnelles. Comment expliquer autrement le perpétuel, le pénible conflit qui l’opposait à la réalité,

Malcolm LOWRY in La traversée du Panama

Ernst GOMBRICH & la réalité

La réalité n’existe sur une toile ou sur un mur que par le biais des conventions. Par conséquent, aucun artiste ne copie ce qu’il voit ; et nous autres spectateurs, nous imaginons voir ce qu’en fait nous connaissons.

Ernst GOMBRICH

Laurent MARGANTIN & la réalité des lieux

Les lieux qu’ il se remémorait souvent lui paraissaient être des visions oniriques. Cette barre d’ immeubles où il avait vécu tout petit, avait-elle bien existé ? Et cette demeure bourgeoise dans un quartier tranquille de la ville, où il aimait, enfant, se rendre régulièrement ? Il se souvenait à présent qu’ à l’époque déjà, il passait beaucoup de temps à interroger sa présence dans ces lieux, doutant de leur réalité, comme si le contraste entre l’un et l’autre – l’immeuble de banlieue et la demeure bourgeoise – faisait de sa vie enfantine un songe auquel il assistait en spectateur curieux certes, mais intéressé surtout par la découverte d’ une machinerie cachée derrière les apparences, ou bien par l’existence naïvement présumée d’ un génie invisible qui l’ avait placé là, en ces lieux si différents, l’obligeant sans cesse à changer de rôle,

Laurent MARGANTIN in La main de sable

Pierre MICHON & la réalité selon B. Gracian

comme dit Baltasar Gracian : « Les choses ne passent point pour ce qu’elles sont, mais pour ce qu’elles paraissent être. Savoir faire, et le savoir montrer c’est double savoir. Ce qui ne se voit point est comme s’il n’était point. »

Pierre MICHON in Trois auteurs

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