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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Mathias ENARD

Mathias ENARD & la ville

Bon, comment dire que j’aime bien Énard ? (j’ai acheté le matricule des Anges qui lui est consacré, par exemple). Mais après Zone – magnifique ! magnifique! : j’en ai relu quelques pages là pour vérifier, parce qu’avec le temps les goûts changent, l’exigence change aussi – après Zone, y’a j’adore et j’adore moins. Y’a j’adore L’alcool et la nostalgie et j’adore moins : Michel Ange et les éléphants, j’avais apprécié ; Rue des voleurs, j’ai suivi haletant Lakdar. Mais la puissance et une certaine audace de Zone, je ne l’y retrouve pas, dans ces 2 là. Bref, on visite quand même Tanger, Tunis, Barcelone, les villes. (Du coup LEM n’est pas borné, sur ce blog, par Houellebecq.)

Les villes s’apprivoisent, ou plutôt elles nous apprivoisent ; elles nous apprennent à bien nous tenir, elles nous font perdre, petit à petit, notre gangue d’étranger ; elles nous arrachent notre écorce de plouc, nous fondent en elles, nous modèlent à leur image – très vite, nous abandonnons notre démarche, nous ne regardons plus en l’air, nous n’hésitons plus en entrant dans une station de métro, nous avons le rythme adéquat, nous avançons à la bonne cadence, et qu’on soit marocain, pakistanais, anglais, allemand, français, andalou, catalan ou philippin, finalement Barcelone, Londres ou Paris nous dressent comme des chiens. Nous nous surprenons un jour à attendre au passage piéton que le feu soit vert ; nous apprenons la langue, les mots de la ville, ses parfums, sa clameur […]

M. Enard, Rue des voleurs

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Mathias ENARD & la gare-carrefour Bologne

Je suis passé à Bologne il y a quelques années, lors d’un voyage ferroviaire chaotique à travers l’Italie. Plus exactement je suis passé dans la gare de Bologne à l’heure de l’apéro du soir, soleil dorés sur les toits et sur les rails. Tenté debout sur un banc d’apercevoir la ville ; mais non, pas tellement possible alors comme ici :

comme des rails dans la nuit des traits des réseaux infinis de relais et nous, le plus souvent silencieux, étrangers qui ne nous ouvrons pas plus l’un à l’autre que nous ne le faisons à nous-mêmes, obscurs, obtus, perdus dans les innombrables rails qui entourent la gare de Bologne nœud ferroviaire inextricable, des aiguillages, des circuits, des voies de garage à n’en plus finir, une gare divisée en deux parties égales où au contraire de Milan le gigantisme du bâtiment est remplacé par la profusion des voies, la verticalité des colonnes par le nombre des traverses, une gare qui n’a besoin d’aucune démesure architecturale parce qu’elle est en soi démesurée, le dernier grand carrefour de l’Europe avant le cul-de-sac italien, tout transite par ici, les bouteilles de nero d’Avala venues des pentes de l’Etna que buvait Lowry à Taormine, le marbre des carrières de Carrare, les Fiat et les Lancia y croisent les légumes séchés, le sable, le ciment, l’huile, les peperoncini des Pouilles, les touristes, les travailleurs, les émigrants, les Albanais débarqués à Bari y foncent vers Milan, Turin ou Paris: tous sont passés par Bologne, ils ont vu leur train glisser d’une voie à l’autre au gré des aiguillages, ils ne sont pas descendus visiter la basilique, ils n’ont profité d’aucun des charmes d’une ville agréable et bourgeoise

Mathias ENARD dans Zone

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