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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Laurent MARGANTIN & le bon endroit pour lire

Avant le déménagement, je prends la pile de livres en retard ; ceux lus et annotés, mais pas encore relevés sur ce site. Cela fait longtemps que je suis Laurent Margantin, depuis les années où je m’intéressais à la géopoétique de Kenneth White. Puis ses textes publiés en ligne, puis ses blogs –un extrait piqué sur La main de sable que j’ai récupéré dans mon petit roman sur la Florence & le lieu géographique-, le foisonnant oeuvres ouvertes. Avec parfois ces croisements, ce cousinage d’intérêt géographique qui se marque notamment dans ce Aux îles Kerguelen. Récit de voyage (fictif, donc devient roman ?). Récit de voyage à la recherche d’un OLOE. Récit de voyage qui me fait écho, je ne sais pourquoi, à l’Equipée de Ségalen.

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Emmanuelle PIREYRE & les mots sont géographiques

Suite de la plongée dans les livres d’Emmanuelle Pireyre, dans son écriture sociologo-décalée, dans son humour pas-y-toucher. Mes vêtements ne sont pas des draps de lit. Je ne m’y attendait pas, je lisais tranquillement au soleil du val de Vienne, face au paysage gargantuesque. Je n’avais pas prévu la géographie. Mais les mots sont géographiques !  Alors j’ai été obligé de trouver un morceau de papier, son verso vierge et un crayon. J’ai noté les numéros de pages dessus, et les thèmes. Lieu. Paysage. Monde.

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Martin HEIDEGGER & la planification de l’espace

Mid-di. Je fais la lecture à voix haute aux mouches qui bourdonnent derrière moi dans la vigne vierge. Elles n’en ont cure. De même la collègue, si elle m’entend, qui doit se demander pourquoi (et avec qui) je parle d’espace, de Kant, de représentations et de subjective. Mais -grand soleil- j’en profite pour reprendre le petit livre de Martin Heidegger lu et annoté il y a bien 5 ou 7 ans. Quand je me tiens ici […], simultanément, je suis déjà là-bas […] dans un monde. Et dans le temps, ajoutons, car si je suis ici -chez Rabelais- à lire Heidegger, mon esprit est dans la chambre pantinoise où j’ai lu ce texte. De lieu à lieu, de La Devinière à Pantin, espace-(&)-temps. Lire la suite

Jean-Philippe TOUSSAINT & le lieu rêvé

Je m’intéresse de près au football. Un peu à la littérature aussi. (L’autre remplaçant progressivement l’un). Du coup je me fait offrir le livre de Jean-Philippe Toussaint Football. J’y trouve 2 extraits -l’un sur le lieu d’écriture, l’autre sur le génie du lieu) qui ont leur place sur ce site. Sans football, néanmoins ces extraits. Lire la suite

Annie ERNAUX & sa maison & Cergy

Cela fait un moment que je me dis qu’il faut aborder ce Vrai lieu ; simplement parce qu’il y a le mot lieu associé au nom Ernaux. Voilà chose faite.

J’ai un peu lu Annie Ernaux, pas mal même. Un jour trouvant 2€ dans la rue, je vais dans une librairie du Quartier Latin, je vise la collection Folio 2€ je prends L’Occupation. C’est comme cela que je suis entré dans cette œuvre ; grâce à un don anonyme.

Dans ce Vrai lieu, elle nous évoque sa maison, les alentours, son lieu d’écriture, le paysage qu’elle a sous les yeux. Comme Butor, comme d’autres, elle dit ne pouvoir écrire que dans son lieu dédié, privilégié.

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Christian GARCIN & un lieu, un autre

Parce qu’il fallait bien, Christian Garcin le voyageur, je suis ses voyages sur Facebook, et peut-être que ce sont eux que je retrouve là, quelques années plus tard. Une entrée dans cette œuvre par les vétilles, puis par ce livre sur les pas de Cendrars dans le transsibérien. Avec l’envie d’aller voir du côté des romans, maintenant. Voyageur (donc géo-graphe ?), il nous évoque sa relation aux lieux, l’importance de la projection dans les noms, l’espace.

Incroyable immensité d’Athènes. Depuis le mur de « Thémistocle », les immeubles se succèdent le long du littoral, à l’infini. Il ne s’agit sans doute plus d’Athènes mais du Pirée, ou d’une autre localité encore, mais ce que l’œil et tous les sens perçoivent, c’est une seule ville.

Vetilles

Toute ma vie je cours , je courrai après cet état-là de la perception du temps et de l’espace. J’avale des kilomètres, parcours des étendues immenses et lointaines, et ce que je cherche réside dans le regard imaginé d’un enfant sur trois mètres carrés d’un territoire qu’il a fait sien, et qui recouvre le monde.

Vétilles

C’est d’ailleurs à une arrivée similaire à Minsk, en hiver également, dix mois plus tôt, que je songeai tout d’abord, selon ce principe ancien et un peu agaçant chez moi qui est le « démon de l’analogie », comme si chaque lieu traversé, chaque expérience vécue, chaque livre lu m’en évoquait systématiquement, et toujours en premier lieu, un autre.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

Ce transsibérien dans lequel nous venons de monter, l’idée même de traverser la Sibérie, font probablement davantage rêver les francophones que les Russes, ceci grâce sans doute à Michel Strogoff et à Blaise Cendrars – pour évoquer là deux personnages diversement fictifs. Pour les Russes qui grimpent dans ce train, il s’agit d’un moyen de transport, lent et coûteux. Pour nous, d’un voyage dans les noms et l’imaginaire, dans l’histoire et la géographie, dans le broun-roun-roun des roues comme disait Blaise Cendrars, dans le rythme à quatre temps des trains d’Europe, à cinq ou sept temps des trains d’Asie, dans la littérature aussi, et la vive réalité dans quoi baignent les hommes et les lieux que nous traversons – ou plus exactement les lieux qui nous traverseront, condition sous laquelle un des buts de ce voyage, à savoir faire coïncider toutes ces réalités, imaginaires et onomastiques, historiques et géographiques, sonores, littéraires et quotidiennes, sera partiellement atteint.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

Cendrars le savait, qui alignait ses litanies de villes, Tomsk Tcheliabinsk Kaïnsk Obi Taïchet Verkhné-Oudinsk… : on voyage dans les noms avant de voyager dans les lieux, et il n’est pas rare que le premier de ces voyages conditionne le second. Les noms par exemple d’Oulan Bator, Valparaiso, Samarkand, Vladivostock, Montevideo, Irkousk aussi, bien sûr, sont comme des diamants qui brillent de mille feux et qu’on observe à travers une vitre sans imaginer pouvoir les posséder un jour, c’est-à-dire s’y rendre. Lorsqu’on le fait, le décalage est parfois colossal entre la brute réalité du lieu et l’imaginaire dont on l’avait habillé.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

L’infra-ordinaire de lieux extra-ordinaires (extraits d’un texte pour Nicolas GRENIER)

palaisdelelysee

Le texte suivant est issu d’une étude accompagnant le recueil de haïkus de Nicolas Grenier intitulé Palais de l’Elysée, Hotel de matignon, Ministère des affaires étrangères, et autres lieux de pouvoir de la République française en Haikus publié aux éditions Circulaire en juillet 2015.

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 1. FRANCHIR LES SEUILS

Franchir les seuils,

fendre l’espace,

l’espace public et entrer dans l’espace public privé, par la porte de derrière.

entrer dans les lieux de la politique -hauts lieux-,

dans les interstices du pouvoir,

dans l’espace inaccessible où se décide l’histoire publique.

en tirer l’atmosphère, en observer des petits riens.

en saisir le fugitif, l’éphémère,

le fragile de l’instant.

Les lieux du politique, ses micros-lieux quotidiens.

Car ces lieux exceptionnels sont le quotidien de certains.

1-2. POLITIQUE & POETE

Les politiques tentent la poésie, parfois.

Le poète tente-t-il la politique ?

Par des haïkus

l’esprit médiateur du haijin

de l’imaginaire au pouvoir,

et inversement.

  1. LE BLANC ENTRE LES FRAGMENTS

Nicolas Grenier nous offre une balade contemplative dans les lieux de pouvoir. Une balade lente dans chacun des lieux. Une balade en cinq instantanés à partir desquels nous reconstruisons le lieu, en complétant à notre guise le blanc entre les fragments.

Douze lieux aussi, comme un tour de pendule, cercle qui donne à voir, mais qui est tout autant ce qui ne se voit pas.

  1. ENTRER DANS LE LIEU PAR ÉTAPES

Zoom / travelling avant

Entrer dans le lieu par étapes,

par petites touches qui donnent au final une impression d’ensemble,

qui sont une évocation de l’identité du lieu en dehors de son référent politique.

Le choix d’une pièce – prenons le bureau d’une ministre

Depuis mon bureau

 Je contemple le miroir

 Où l’éternité

(Ministère de la culture)

ou d’un élément architectural, si ce n’est secret –secret car nous n’y allons pas dans ces lieux- du moins discret –discret car propriété de rares regards choisis ou privilégiés.

Plonger, donc, dans une micro-géographie, celle du détail.

Puis Nicolas Grenier le déploie, ce lieu, ce détail ;

il lui donne vie, il nous le révèle dans un haïku.

Le choix d’un élément dans la pièce – prenons la pendule

Au salon Murat

La pendule oublie le temps

La nuit n’est que jour

(Elysée)

Une pendule qui apporte, inconsciemment, au lecteur (comme au Conseil des ministres), un mouvement dans la pièce, un son en happening répétitif, et fait entrer le temps dans la géographie.

Emboîtement d’échelles : Le bâtiment, une pièce, un micro-lieu de la pièce.

  1. CES LIEUX DENUDES DE LA POLITIQUE

Ces lieux de pouvoir,

ces hypercentres du pays,

l’auteur nous propose de les aborder sans leur dimension de pouvoir ;

l’auteur nous donne à voir ce qu’il reste de ces lieux nus de fonction politique.

Car aucune référence à la politique dans les haïkus présentés ici, juste les décors dans lesquels la politique s’élabore et dans lesquels les hommes et femmes politiques se meuvent, voir s’émeuvent.

6. SITUATION

Le premier haïku présenté pour chacun des lieux est le plus souvent un poème de localisation, et l’adresse du lieu peut faire partie prenante du poème.

Ce premier haïku, sorte de porte d’entrée, de poème-seuil, est un élément qui relie le lieu à la ville, qui intègre le lieu dans la ville

Rue de Vaugirard

Ligne blanche en pointillé

J’esquisse la toile

(Sénat)

11. ELEVATION DE L’ESPACE

L’architecture -donc l’élévation de l’espace- rythme -et le temps met en valeur l’espace : imaginer les jeux d’ombres évoluant au fil des heures-, fait vibrer le territoire

Jusqu’à perdre haleine

Je cours le long des colonnes

Entre ombre et lumière

(Conseil économique et social)

12-2. L’ESPRIT EN BALADE

Les pieds ancrés dans le lieu n’empêchent pas l’esprit de partir en balade, de s’éloigner des lambris dorés

Aile ouest du palais

Je divague comme un sage

Dans la cour pavée

(Sénat)

• 

14-1. UN LIEU, C’EST DU TEMPS EMPILE

Des lieux de l’histoire discrète

Un lieu, c’est du temps empilé. Un lieu est chargé de temps. Génie du lieu

Face à l’escalier

Dans un vertige je songe

A l’éternité

(Conseil économique et social)

A tout ce qui (s’)est passé là, ajouterais-je.

Le lieu permet d’appréhender le temps, d’évoquer l’histoire.

15-2. (ESPERONS TOUJOURS L’INFLUENCE DE LA CULTURE SUR LA POLITIQUE)

Dépourvus de politique, a priori, ces poèmes de Nicolas Grenier. Mais si nous admettons le lieu chôra, le lieu « dépend des choses, les choses en dépendent »[1]. Le territoire est peut-être le résultat de ces allers-retours entre le Génie de ce lieu et l’homme qui le fréquente d’une façon ou d’une autre. Et si l’épaisseur culturelle influait sur la construction de l’identité d’un homme ou d’un groupe humain. La politique, le territoire, la France, sont peut-être le résultat de cette pendule, de ce tableau d’Alechinsky (espérons toujours l’influence de la culture sur la politique – et de la poésie sur l’homme de pouvoir), du vent sous les arcades que nous évoque Nicolas Grenier, Nicolas le haijin.

Nathanaël GOBENCEAUX

Les textes en italiques (haïkus) sont de Nicolas Grenier

[1] Augustin Berque, « ‘Lieu’ 1. », EspacesTemps.net, Livres, 19.03.2003
http://www.espacestemps.net/articles/lsquolieursquo-1/

Le sentiment géographique de Mathieu LARNAUDIE

Mathieu Larnaudie ; depuis la parution d’Acharnement, je me dis qu’il faut que je lise ses romans. Comme nous l’accueillons en résidence au musée Rabelais, là, en bleu de lecture et crayon à la main, je le lis du coup. Et pas qu’un peu, j’envisage ses œuvres complètes. Déjà Pôle de résidence momentanée, Les Effondrés, Strangulation, La constituante piratesque. Plongée donc dans cette écriture singulière, ces sujets particuliers. Et, au delà des convergences rabelaisiennes, relevé ces quelques éléments géographiques.

 

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Lieux interchangeables

Après un saut en parachute, en plein champ, sur le sol rêche de l’Alabama, près d’une route par laquelle il avait réussi à gagner en auto-stop l’un de ces motels anonymes, interchangeables, qui sont les lieux communs de l’espace américain, situé à la sortie de d’une zone suburbaine quelconque […].

(Les Effondrés)

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L’adolescence, c’est de la géographie

Et qu’est-ce que l’adolescence, si elle ne s’émeut pas de la circulation mêlée des hommes et des objets, des marchandises, des paroles et des promesses qui, d’une ville, de ses pontons, de son arsenal, de tout ce qui s’y rassemble ou s’y disjoint, font l’ouverture aux chimères du possible.

(Strangulation)

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Du lieu et du rêve

Le moindre des lieux où il se tenait révélait une forme de vie tout entière : il pouvait en deux heures et en toute bonne foi être l’homme des foules ou le marin que la futilité d’un coup de tête fait hésiter à s’engager pour un armateur argentin […].

(Strangulation)

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Le métro en 1914

[…] les dix lignes du métro sont, elles, toujours en  service. Il est encore possible de se déplacer d’un point à un autre, lointain, dans Paris. Jean descend dans ce cloaque itinérant qu‘il n‘emprunte presque jamais : habituellement. sa géographie d’employé de centre-ville lui épargne les désagréments claustrophobes du transport qui bringuebale entre les égouts, les canalisations et les catacombes, qui coupe sous ses roues, sur le fil du rail, les rats en deux et terrorise en leur grotte, pendues a leur plafond suintant, les chauves-souris dociles. Il prend la direction de la porte de Chatillon, où se trouvent le  troisième bureau de recrutement  et sa dernière chance d’être enrôlé.

(Strangulation)

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Géographie sensible

Car il nous faut des dangers ; réels ou narrés (l’un et l’autre souvent, qui se complètent), ils justifient nos cheminements, ils ménagent nos territoires ; dessinent nos couloirs. Sans écueil, nul chenal ; sans dérive, pas d’ancrage.

Sans danger, pas de récit.

(La constituante piratesque)

Ito NAGA & le lieu des pensées

Lecture du soir. De quelques soirs. Cet ouvrage acheté sans trop savoir si l’offrir ou le garder. Gardé finalement. Lecture intrigante, légère ; mais fausse légèreté qui amène à quelques réflexions qui vont tourner un peu en cherchant le sommeil. Poésie & philosophie. L’un &/est l’autre, sans avoir l’air d’y toucher. Reflexions : lieu – micro-géographie – univers – temps – espace – relativité…

Les pensées sont attachées aux lieux où elles sont pensées.

Je pose mon journal pour ne pas manquer cet instant où le train s’ébranle et la fenêtre se met à coulisser sur le monde.

Assis à l’avant du train, je sais que les passagers à l’arrière vont dans quelques instants ressentir cette secousse. A l’avant du train, j’ai une information qu’ils n’ont pas encore.

Mais qu’est-il arrivé à la vitesse ? Dans le coffre de la voiture, rien n’a bougé. Ce monde existe à l’écart des autres, logé au-dedans à la façon des poupées russes.

Ito NAGA, NGC 224

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