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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Emmanuelle PIREYRE & les mots sont géographiques

Suite de la plongée dans les livres d’Emmanuelle Pireyre, dans son écriture sociologo-décalée, dans son humour pas-y-toucher. Mes vêtements ne sont pas des draps de lit. Je ne m’y attendait pas, je lisais tranquillement au soleil du val de Vienne, face au paysage gargantuesque. Je n’avais pas prévu la géographie. Mais les mots sont géographiques !  Alors j’ai été obligé de trouver un morceau de papier, son verso vierge et un crayon. J’ai noté les numéros de pages dessus, et les thèmes. Lieu. Paysage. Monde.

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Martin HEIDEGGER & la planification de l’espace

Mid-di. Je fais la lecture à voix haute aux mouches qui bourdonnent derrière moi dans la vigne vierge. Elles n’en ont cure. De même la collègue, si elle m’entend, qui doit se demander pourquoi (et avec qui) je parle d’espace, de Kant, de représentations et de subjective. Mais -grand soleil- j’en profite pour reprendre le petit livre de Martin Heidegger lu et annoté il y a bien 5 ou 7 ans. Quand je me tiens ici […], simultanément, je suis déjà là-bas […] dans un monde. Et dans le temps, ajoutons, car si je suis ici -chez Rabelais- à lire Heidegger, mon esprit est dans la chambre pantinoise où j’ai lu ce texte. De lieu à lieu, de La Devinière à Pantin, espace-(&)-temps. Lire la suite

Annie ERNAUX & sa maison & Cergy

Cela fait un moment que je me dis qu’il faut aborder ce Vrai lieu ; simplement parce qu’il y a le mot lieu associé au nom Ernaux. Voilà chose faite.

J’ai un peu lu Annie Ernaux, pas mal même. Un jour trouvant 2€ dans la rue, je vais dans une librairie du Quartier Latin, je vise la collection Folio 2€ je prends L’Occupation. C’est comme cela que je suis entré dans cette œuvre ; grâce à un don anonyme.

Dans ce Vrai lieu, elle nous évoque sa maison, les alentours, son lieu d’écriture, le paysage qu’elle a sous les yeux. Comme Butor, comme d’autres, elle dit ne pouvoir écrire que dans son lieu dédié, privilégié.

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Christian GARCIN & un lieu, un autre

Parce qu’il fallait bien, Christian Garcin le voyageur, je suis ses voyages sur Facebook, et peut-être que ce sont eux que je retrouve là, quelques années plus tard. Une entrée dans cette œuvre par les vétilles, puis par ce livre sur les pas de Cendrars dans le transsibérien. Avec l’envie d’aller voir du côté des romans, maintenant. Voyageur (donc géo-graphe ?), il nous évoque sa relation aux lieux, l’importance de la projection dans les noms, l’espace.

Incroyable immensité d’Athènes. Depuis le mur de « Thémistocle », les immeubles se succèdent le long du littoral, à l’infini. Il ne s’agit sans doute plus d’Athènes mais du Pirée, ou d’une autre localité encore, mais ce que l’œil et tous les sens perçoivent, c’est une seule ville.

Vetilles

Toute ma vie je cours , je courrai après cet état-là de la perception du temps et de l’espace. J’avale des kilomètres, parcours des étendues immenses et lointaines, et ce que je cherche réside dans le regard imaginé d’un enfant sur trois mètres carrés d’un territoire qu’il a fait sien, et qui recouvre le monde.

Vétilles

C’est d’ailleurs à une arrivée similaire à Minsk, en hiver également, dix mois plus tôt, que je songeai tout d’abord, selon ce principe ancien et un peu agaçant chez moi qui est le « démon de l’analogie », comme si chaque lieu traversé, chaque expérience vécue, chaque livre lu m’en évoquait systématiquement, et toujours en premier lieu, un autre.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

Ce transsibérien dans lequel nous venons de monter, l’idée même de traverser la Sibérie, font probablement davantage rêver les francophones que les Russes, ceci grâce sans doute à Michel Strogoff et à Blaise Cendrars – pour évoquer là deux personnages diversement fictifs. Pour les Russes qui grimpent dans ce train, il s’agit d’un moyen de transport, lent et coûteux. Pour nous, d’un voyage dans les noms et l’imaginaire, dans l’histoire et la géographie, dans le broun-roun-roun des roues comme disait Blaise Cendrars, dans le rythme à quatre temps des trains d’Europe, à cinq ou sept temps des trains d’Asie, dans la littérature aussi, et la vive réalité dans quoi baignent les hommes et les lieux que nous traversons – ou plus exactement les lieux qui nous traverseront, condition sous laquelle un des buts de ce voyage, à savoir faire coïncider toutes ces réalités, imaginaires et onomastiques, historiques et géographiques, sonores, littéraires et quotidiennes, sera partiellement atteint.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

Cendrars le savait, qui alignait ses litanies de villes, Tomsk Tcheliabinsk Kaïnsk Obi Taïchet Verkhné-Oudinsk… : on voyage dans les noms avant de voyager dans les lieux, et il n’est pas rare que le premier de ces voyages conditionne le second. Les noms par exemple d’Oulan Bator, Valparaiso, Samarkand, Vladivostock, Montevideo, Irkousk aussi, bien sûr, sont comme des diamants qui brillent de mille feux et qu’on observe à travers une vitre sans imaginer pouvoir les posséder un jour, c’est-à-dire s’y rendre. Lorsqu’on le fait, le décalage est parfois colossal entre la brute réalité du lieu et l’imaginaire dont on l’avait habillé.

Le Lausanne-Moscou-Pékin

Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 3 : l’apparition brusque, instantanée des paysages

Continuer la plongée dans les textes de Virginie Gautier. Richesse des thèmes géographiques qu’elle aborde. Mon texte avance, merci. Il convoque tout autour, les dictionnaires de géographie, Michel Butor, Kenneth White, Marcel Proust, Eric Dardel & Augustin Berque, André Gide, Botticelli & Friedrich, François Bon, Frédéric-Yves Jeannet… Ce qui s’entrelace avec des citations de notre auteure et les thèmes : paysage, territoire et génie du lieu. Il y ceci, il y a cela. Il n’y a pas ceci, il n’y a pas cela (dans la pile les livres finalement non utilisés : Philippe Vasset, Bertrand Wesphal, Eléments de géographie physique…). Ou bien…

Ville/espace

Des conduits de cheminées aux lignes sinueuses.

L’empreinte en brique d’un immeuble autrefois contigu.

Présence rouge du bâtiment retranché, comme une marque au fer. L’espace qu’il occupait dévoile un pâté de maison coupé en deux dont il ne reste qu’un crochet non refermé. La cour intérieure a pris le jour, soudainement surexposée depuis la disparition de l’autre aile si bien que les traces noires sur la façade semblent des marques de feu. On ne s’habitue pas d’un coup au regard de la lumière.

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Microgéo

Des barbes de ciment, des picots hérissés en petites pointes blessantes, des gouttes immobilisées dans le séchage, les rainures de l’outil dans la matière bâclée, on voit presque la main pressée désabusée pansant le pied de ce mur pour une raison qui échappe d’abord il faudrait s’y pencher.

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Ville/géoPhy

Tu t’amuses de ce bruit de ruisseau semblable à tous les bruits des ruisseaux, léger clair cascadant. Ceux des montagnes et ceux des caniveaux. Ceux qui roulent des galets et ceux qui contournent les pierres de taille — les granits affleurant aux bordures des trottoirs comme une remontée des roches dans la ville, la poussée d’une ligne de crête, étêtée, que tu suis.

Des soupçons de mica de quartz, des cristaux. Tu devines le sable grossier, l’aboutissement des silicates dans les parois affinées des vitrines et c’est tout le règne minéral prêt à revenir aux sources au seul chant de l’eau.

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Ville/relief/sons

Si le sol offrait moins de résistance au martèlement des pas il finirait par les épouser, s’incurvant au milieu des allées, s’enfonçant au pourtour des places. La ville prendrait du relief comme une femme enceinte grosse de ses piétons, malléable froissable susceptible. Au lieu de quoi elle réverbère ces milliers de chocs répétés, de corps tapant, de corps buttant contre les murs horizontaux et verticaux.

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Marche/espace/distance

Pourtant il est des heures plus creuses où tu constates un léger flottement dans l’axe des piétons, un jeu, un balancement particulier dans lequel tu te confonds mieux. Tu n’as pas la cadence rythmée uniforme de celui qui se rend quelque part, transformant l’espace autour de lui en une zone à franchir, une distance pure, un temps irréductible. La rue sur ton passage semble se matérialiser, apparaître corporellement, chaque chose avec ses angles, ses brèches, son âpreté, sa banalité — un morceau de trottoir, un barrage en rouleau de moquette, un bac à fleurs en béton moulé. Quelles que soient les hésitations qui te trahissent, les tressaillements infimes qui te surprennent à la vue d’un uniforme, d’une voiture de police, tu ne saurais faire autrement que de trancher dans le vif pour avancer, fragile et robuste à la fois.

Parfois tu suis quelqu’un choisi au hasard que tu quittes soudain pour t’accrocher à une autre silhouette, même de loin.

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Ville

Ça se liquéfie vers le fleuve, se resserre vers les boulevards, les grands magasins. Entre les parois vitrées, la chaussée, les étalages, tu es pris dans le mouvement ondulatoire, emporté, immobile peut-être tandis que filent autour de toi le sol et les échoppes, que les produits s’échangent, circulent de main en main aussitôt remplacés à profusion dans les vitrines.

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Paysage/marche

Tu passes d’un côté à l’autre de cette ligne mouvante où s’exercent tour à tour ta vision aiguisée ou confuse et l’apparition brusque, instantanée des paysages que tu traverses. Ton pas doit s’arranger de la transformation des choses — d’abord dressées, distantes, promptes il y a quelques heures à faire de leurs contours nets des remparts — ductiles à présent, échangeant leurs reflets ou bien fragmentées dans l’espace et que l’on ne peut plus toucher, ni saisir.

Piétons traversée obligatoire.

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Se perdre/ville/lieu/frontière

À force d’obliquer, de changer de direction, il arrive que tu sois totalement perdu, que tu ne saches plus si c’est vers le sud ou l’ouest et dans quel quartier, au milieu de quel ensemble d’immeubles tu te déplaces et qu’importe. La faim parfois te tenaille mais tu sais qu’elle passera. Tu sais qu’à un moment tu traverseras une avenue que tu reconnaîtras, d’où tu repartiras pour t’enfoncer encore parce qu’à quoi bon savoir où l’on se trouve, tomber nez à nez avec cet endroit où l’on fut quelqu’un d’autre, le croire ou se tromper, n’être pas bien sûr, cela a pu changer et encore, toutes les villes se ressemblent un peu.

Tu préfères sans doute éviter des pistes trop lisibles, t’en tenir à l’est globalement, ne pas franchir certaines frontières connues de toi seul, sillonner interminablement comme si l’effort consistait à pénétrer à l’intérieur de quelque chose que tu voudrais découvrir ou savoir ou comprendre.

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Espace-son/relief

Les sacs sont serrés contre le coude, les valises à roulettes changent de tonalité aux reliefs du sol.

 

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Virginie GAUTIER, Les zones ignorées

 

 

 

 

 

 

Regard

Te persuader de l’existence des choses par la plante du pied ou le plat de la main quand le coup d’œil ne vaut plus rien pour donner corps aux objets tremblés qui disparaissent d’un battement de paupière.

 

 

 

Regard/paysage/ville

Elle advient cette ville mal établie, fragile sur ses fondations.

Le paysage flotte entre tes cils.

 

 

 

 

Ville-mathématique-géométrique/paysage géométrique

Une suite de droites balançant au-dessus des gouffres que la course des nuages incline. Des parallélépipèdes, des lignes de fuite obliquant vers un horizon purement mathématique. Des segments des axes des projections dans l’azur, un ciel sans cesse repoussé.

 

 

 

MicroGéo/géoPhy/paysage

Dans chaque pierre un paysage miniature, des veines en rivières, des arbres flageolants, un condensé de ciel dans les sédiments.

 

 

 

 

Ville

La ville jamais ne se referme, les errements se perpétuent, les sons les signes s’articulent sans fin.

 

 

 

 

Marche

Voilà tu n’y étais pas, tu marchais par habitude, occupé à tracer ce sillon à l’intérieur de toi ou bien à t’en défaire.

 

 

 

 

 

 

Génie du lieu/microGéo

Les enduits se superposent, gagnent en imperméabilité. Les ombres creusent la rue un peu plus. Ni plaque, ni bouquet. Un doigt taché peut-être voulut y tracer un nom. Sous le lampadaire une phrase en lettres inclinées d’un coup de bombe sur un pochoir — À corps perdu — les époques, les lieux se superposent, la mémoire les traverse tous.

 

 

Espace/trajets/lieu

Dans l’espace mité, tissé dessus dessous, tu empruntes des trajets comme des rails dessinés par le contour de lieux clos, autorisés ou défendus. Tu suis la dé- nivelée du sol qui te fait descendre sous terre ou entrer quelque part, à l’abri d’un porche, dans un passage avec le ciel sous verre.

 

 

 

Eléments physiques/ville

Quoi ? Le vent, te frappant de plein fouet au détour d’un alignement.

Les immeubles font cercle autour du lampadaire, tout entier pris de vibrations, de l’arbre, qui tient son poste exact sur la butte. Feulement des branches dures dans l’air.

            le vent comme rappel de la géographie et des directions

 

 

Nouveau roman

Le visage penché vers le sol tu vois les poussières filer entre tes jambes, les tourbillons de feuilles en miettes et dans l’ombre des flaques les reflets des fenêtres allumées dans la précocité du soir.

 

 

 

Territoire/habitat

On ne circule pas impunément sous le pont, l’endroit appartient à ceux qui l’occupent et s’y maintiennent, le moindre abri trace un territoire d’autant plus précieux qu’immatériel. Esquisses d’habitat en lignes de craie sur le sol, alignement de boîtes de conserves, emplacements légitimés par quelques sacs de couchage, radio, canapé.

 

 

Paysage/géologie

Toutes profondeurs invisibles d’un paysage aplati, tissé serré, dont la trame sous-jacente continue de nourrir les motifs affleurants.

 

 

Jean-Yves FICK & Louise IMAGINE & les espaces du simple

Lu et regardé les poésies de Jean-Yves Fick et de Louise Imagine. Entré dans la géographie physique. Lecture nocturne, un moment de recherche de sérénité. Porté par les mots et les images, porté par les grands espaces et la fraicheur du nord. Les espaces du simple / La mesure s’égare / l’effusion du terrestre / par où finit la terre. C’est un peu de ça dont j’avais besoin, à ce moment là.

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« à toute fin la piste
d’aller parmi les roches
s’efface sous les glaces
l’herbe rase recouvre

sous son ombre un vestige
de qui cherchait chemin
aux espaces du simple
les voiles se libèrent

et filent l’horizon
la mesure s’égare
césure d’avant nous
l’âme perdure toute. »

————-

« par où les eaux retrouvent
l’effusion du terrestre
est-il autre limite
que toute l’étendue

inlassable et mouvante
– nos visages de vent
libres comme incréés
nous d’aller sans entraves

des vallées à la vague
par où finit la terre
– notre intervalle accorde
à l’horizon le proche. »

Inlands, J. Y Fick & Louis Imagine

Chloé DELAUME & une fiction dans un espace réel

Je prépare la rencontre de ce samedi avec Chloé Delaume. Soirée château ouvert & éclairé, comédienne-déambulantrice chargée de citations. En attendant la lecture. Première fois que je fais l’exercice, la présentation, la préparation des questions. L’important ce ne sont pas les questions mais les réponses que je me dis. Dans le texte, encore inédit pour quelques heures -je le lis & relis dans le ventre du château-, au cœur de la Bucolie, j’y cueille un brin de géographie. Saché / Le Lys dans la vallée / Félix / Balzac : réalité & fiction en balance, de l’un à l’autre en usage intensif, on ne sait plus si l’on est dans l’un ou dans l’autre.

 Princesse Insatisfaite, quelle que soit la saison. La carte du Royaume, les clefs du territoire. Ça fait partie du pacte, du pacte de lecture. Habiter une fiction dans un espace réel, relancer le GPS, la boussole est solaire et le Nord a fondu.

Chloé DELAUME, Conversation entre onze heure et minuit n°1

Mathilde ROUX & les Territoires

Territoires de papiers, strates colle / calque double calque / imprimé

« Et la superposition des feuilles donne des volumes »

(M. Butor)

juste reste 2 petits encadrés 3 petits encadrés 4 petits encadrés qui par occultation du reste du texte tire une phrase.

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Une carte est une divagation

d’après les collages Territoires de Mathilde Roux

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#1 Où ? LA question du géographe. Où : la spécificité de l’accent (rappelle-toi, l’accent représente la géographie : où / là / icì). Où ?

# Quelle place ? #

Nulle réponse.

#2.1 Dans les mots. Cadre. Choix & paysage qui apparaît. Lecture du paysage : depuis l’arrière-plan jusqu’au point culminant. Entre : entre deux : l’espace : l’espace du sentiment.

#2.2 En toute chose géographie. En tous mots. En toute carte un poème. Le blanc de la carte, ce n’est pas du blanc : ce sont des mots. Plan & élévation. Comme en architecture. Le plan est une carte : surface plane faussement plane : tirant vers le volume : symbolique le volume : et les mots, ce sont eux l’élévation : les mots ce sont eux qui donnent : le volume de la carte.

#3.1 Imaginer, mettre en image, mettre une image sur : la carte. Filtres pré-existants & connaissances & ignorances & expérience. La carte de l’empirisme à l’échelle 1 :1. Pourquoi tant de mots géographiques : arrière-plan / point culminant / lieu / étendue / espace / labyrinthe / monde / étendue / là / ici / … ? Sciemment ?

# Trouver les nervures de la géographie dans le socle-rythme de la page #

#3.2 La carte tire une fiction. L’esprit vagabonde sur le chemin. Si je ne sais pas rêver sur une carte, je ne peux pas être géographe. J’arpente & serpente. La vue sur la mer. Flux & reflux. Icì j’imagine la côte rocheuse, peut-être un peu de sable dans la crique. Je ne lis pas le texte de fond ; mais je le vois, il s’imprime in mente. Il est soubassement au territoire ; géologie textuelle ; juste deux morceaux – quelques mots ont transpercé la croûte de la carte pour venir affleurer à l’air libre : dans l’étendue tout court.

#4.1 L’espace c’est du contraste. Du gris en camaïeux. La carte c’est du code : gris clair = mer / plus sombre est la terre / plus blanches sont les entrelacs de routes. L’arrière texte est un quadrillage, le support rigide d’où les mots artistes émergent. Multiples ruisseaux influence de l’image sur la pensée je lis multiples réseaux.

#4.2 Si la carte est sommaire, est territoire à son état brut, encore espace. Si la carte est sommaire je la meuble, je lui donne de l’élévation, ici j’imagine une médina et là Manhattan et ici aussi je veux devenir architecte du pont qui reliera les deux rives.

#5 Tous les lieux, tous les mots. Tous les mots sont là à dessein. La carte, c’est du désir, aller ailleurs, imaginer ailleurs, rêver ailleurs. Cachés dans la carte, il y a aussi les bruits. J’imagine le gris sombre en mer, étang dû d’eau avec marée flux & reflux & mouettes & cormorans. Je suis du doigt la route, j’entends le moteur de ma voiture, j’ai une vision de La Presqu’île, erre sur des routes mais ici elles sont à angles droits et urbaines.

#6 La carte c’est moult informations, ce sont les éléments du paysage ; le paysage aplati. La carte c’est moult informations mais informations exactement inexactes. Le visible devient symbole, la route est un trait blanc, la rivière un trait double. Et l’invisible devient visible, la frontière y dévoile vibration & ondulations.

Je me souviens du professeur de géographie

« la géographie c’est savoir se perdre ».

# Echo. Un espoir de nous égarer en chemin. Echo #

#7 Je regarde la carte, les cartes. Je m’immerge. Toutes similaires, tous éléments ; toutes différentes. Un espace en engendre un autre ; transition intangible, un espace en appelle un autre. Chercher les points de contacts entre les espaces,

# peut-être en cherchant l’espace qui appelle l’autre #

 

#8.1 L’espace est délimité : dans l’espace d’une page. L’espace prend la forme que je lui donne. L’espace c’est du vide, du support. JE, et l’espace devient territoire. La carte vient se calquer sur l’espace texte. Effacements. Juste quelques mots subsistent. Ici est ailleurs. JE suis centre. JE est ce que je vois. JE est alentours. JE entre dans le territoire inconnu, celui de l’art. De l’artiste. L’artiste porte des territoires en lui. JE suis nombreux dedans. JE suis projections de cartes auxquelles je donne sens. Imaginer c’est donner sens. Imaginer c’est faire l’élévation de l’espace, comme l’architecte élève la façade. Le territoire c’est de l’espace en volume, c’est la 3è dimension : combinaison JE + histoire + architecture. La vie dans les plis ! dans les plis de la géographie.

#8.3 Au milieu l’espace noir . Les radiales . qui emmènent ailleurs ou alentours . qui par les petites rues . par les grands détours . ramènent à soi . Je + terre = monde . Je + ville = territoire . le territoire est la ville comme je l’invente . non .

# le dernier et le seul lieu qu’il ne m’est donné d’inventer #

#9 Multiples quartiers . sûrement on doit pouvoir les mettre bout à bout . reconstituer l’espace . reconstituer la ville. Ce que je vis de la ville . et l’espace se densifie . de mots et d’images . de pratiques . en principe je suis Christaller . je suis l’espace logique . en principe . en pratique .  en pratique je suis l’espace de mes névroses . je suis l’espace de mes goûts . je suis l’espace de mes peurs . Je suis la carte de mes envies .

#10 L’horizon perd la ligne . L’horizon aplati . l’horizon vu par . l’horizon se déploie . l’horizon devient carte . Artiste + cartes + texte = territoire . carte devient territoire par mots assemblés .

# surgissant du néant #

. les mots font l’art & la géographie .

Philippe JACCOTTET & le lieu (en expansion)

Surveiller la petite d’un œil. Le strabisme diverge l’autre sur les phrases de Jaccottet. Jaccottet souvent parcouru mais rarement lu à fond. Donc plongée dans la verdure des phrases ciselées ; le lieu qui dépend de son environnement, qui diffère suivant le moment et les sons qui font l’expansion du lieu.

Le sûr, c’est que ce même cerisier, extrait, abstrait de son lieu, ne m’aurait pas dit grand chose, pas la même chose en tout cas. Non plus si je l’avais surpris à un autre moment du jour. Peut-être serait-il resté muet, si j’avais voulu le chercher, l’interroger.

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[…] le silence était moins rompu qu’agrandit par l’aboi d’un chien et les derniers cris faibles des oiseaux.

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Je crois bien qu’en tout verger, l’on peut voir la demeure parfaite : un lieu dont l’ordonnance est souple, les murs poreux, la toiture légère […].

Philippe JACCOTTET, Cahier de verdure

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