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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Claude SIMON

Claude SIMON & l’urbanisme & la croûte concave

Ma plongée dans Simon est récente et encore superficielle. 2 ou 3 ouvrages seulement. Et pas les classiques. Il évoque Balzac parait-il ; il y aurait même une entrée Balzac dans le récent dictionnaire Simon ; alors je me renseigne de ce côté. Et je lis Le Tramway, parce que j’aime bien le bus et le train, et les transports en commun plus généralement.

URBANISME

Quant à la ville, c’était comme si elle s’était répudiée elle-même (répudiant son église royale, le palais où avait couché Charles Quint, sa citadelle, les remparts   dont   plus   tard   Vauban l’avait entourée) pour ainsi dire exploser, s’épanouir, accéder au sortir de ses étroites rues médiévales comme à une sorte d’antithèse d’elle-même sous les aspects d’une modernité d’ailleurs  presque aussitôt fanée, déjà désuète et fragile où, dans un mélange de foi dans le Progrès en même  temps que dans les canons antiques, se trouvaient paradoxalement réunis autour de l’esplanade  conquise sur une partie abattue des anciens remparts la statue d’un personnage revêtu d’une  redingote de bronze, la façade du tribunal en forme de temple corinthien, le nouveau siège du Crédit  lyonnais et, à l’enseigne de D. GOUGOL, CAFÉ-GLACIER, la massive rotonde de fer et de verre qui  tenait à la fois de la Galerie des Machines en réduction et d’un kiosque à musique où, dans ce pays  pourtant tout proche de l’Espagne, un orchestre tzigane jouait le soir des airs d’opérettes viennoises et les derniers refrains de la Belle Époque, modernisations (ou transformations, ou embellissements)  qui apparemment s’étaient effectués (à la façon d’un papillon s’extrayant par saccades de sa  chrysalide et déployant à la fin ses ailes chatoyantes) en quatre phases auxquelles on était redevable  en premier lieu du temple corinthien, puis de la statue de bronze, puis de la merveille libellule, le  chef-d’œuvre de fer et de verre, et enfin, dans un quatrième et dernier effort, du cinéma à la façade  rococo au pied duquel venait, au terminus de son parcours, s’arrêter la ligne du tramway.

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comme si, dans un second temps et par un réflexe inverse ou un effet de reflux, la ville (ou tout au moins les conseilleurs des conseillers municipaux, les tenanciers de café et les entrepreneurs  en bâtiment) avait maintenant, non plus comme, à la Belle Époque, misé sur des embellissements pour ainsi dire d’importation, comme des chapiteaux corinthiens ou un Crystal Palace en réduction,  mais entrepris avec orgueil d’affirmer un style architectural propre à satisfaire à la fois la fierté locale et les appétits touristiques d’exotisme méditerranéen.

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& VUE D’AVION

(… si, tout de même, un peu : émotion chaque fois renouvelée lorsque après de longues heures dans l’avion qui semble immobile au-dessus de l’océan sans repères le voyageur relevant les yeux  de sur le livre ou le magazine qu’il était en train de feuilleter s’aperçoit soudain que vers l’avant tout  l’horizon est obstrué par une côte – ou plutôt un continent – comme tout à coup matérialisé à partir du néant, et ceci non pas sous l’aspect habituel que découvre un voyageur regardant s’approcher une  terre mais, au contraire, car « cela » semble s’avancer lentement, ou plutôt inexorablement, à la  façon sournoise et imparable dont s’avancent les reptiles ou la lave d’un volcan, comme une sorte de  plaque ou plutôt de croûte dérivant lentement à la surface du globe terrestre.  Comme si on avait le privilège d’assister des millions d’années plus tôt à cette lente dérive de continents à la rencontre – ou s’écartant – les uns des autres, croûte non pas plate mais, semble-t-il, concave, épousant la rotondité du globe, comme moulée sur lui, comme si, doré par le soleil et apparemment désert, un fragment de son écorce était surpris dans son irrépressible errance,  avec ses plaines, ses montagnes, ses rivières, ses forêts, vierge d’habitants, superbe, inquiétant, empreint de cette majesté pour ainsi dire cosmique de la matière livrée à ses seules lois, s’attirant, se  repoussant ou se fracassant dans une sauvage et majestueuse lenteur.)

Claude SIMON, Le Tramway

Claude SIMON & l’Union

Comme je déplace tout un tas de bouquins, entre Le Jardin des Plantes et Archipel et Nord, je retrouve une feuille de phrases relevées dans L’Invitation, emprunté dans la bibliothèque sous les 2 châteaux. Ca doit dater cette feuille, 1 an et demi presque vu qu’au dos y est évoqué le Printemps des Poètes de 09. Je tapote donc ces lignes et vais remettre la feuille entre les 2 Simon.

Et sans une ville, sans un hameau, sans une ferme, sans une route ni même un sentier, seulement rayé d’ouest en est par une voie de chemin de fer qui s’allongeait à perte de vue, absolument rectiligne.

gigantesque usine qui produisait en série les villes conçues par ordinateur, colonnades, fresques, statues, services de table, tasses à café et sucriers compris, distribués par trains entiers dans toutes les républiques de l’Union.

Claude Simon, L’Invitation

Didier ALEXANDRE & l’espace Claude Simon

Lors des années parisiennes, je fréquentais les soldeurs du quartier latin, après la fac, ou après la librairie, ou avant. J’y ai trouvé des Butor, une BD d’Ubu merdre, …, et un petit liv(b)re sur Claude Simon dans une collection appelée Lieux de l’écrit qui propose de porter un regard nouveau sur l’espace des grands écrivains de notre temps. J’y pioche ce qui se dit au présent est passé & l’espace comme réceptacle :

L’espace recèle en lui le récit, recueil de faits passés à (re)cueillir.

L’imagination ne peut reconstruire au présent le passé, même, ou surtout, si elle suit les données d’un guide touristique. Aux signes conventionnels de la géographie, « petits traits en éventail », « lignes noires, épaisses prolongées par des pointillés» s’oppose l’état présent du lieu envahi par la végétation

Didier ALEXANDRE, Claude Simon, lieux de l’écrit, Ed. Marval

Claude SIMON & l’archipel

Dans Le Jardin des Plantes, Simon propose une suite, disons, de poèmes en prose, il tente même quelques ‘mises en page’ du texte (c’est d’ailleurs cela qui m’y avait attiré avant tout). Ici, suite de prose-poèmes de voyage en Finlande.

archipel ARCI-PELAGO : primitivement non ces innombrables grains de terre semés mais au contraire la vaste mer

comme si le sens s’était inversé Contenant pour le contenu Grèce à l’envers (et de même les deux drapeaux l’un à croix blanche sur fond bleu l’autre à croix bleue sur fond blanc) Comme un positif photographique et son négatif sablier le haut en bas où le vide est plein langage retourné comme un gant les coutures ici devenant saillies

Claude SIMON dans Archipel et Nord

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