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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

Mahigan LEPAGE & nulle part au centre

Il y a un moment, je me suis baladé dans le Canada de Mahigan Lepage, dans ses Coulées, dans son autogéographie humaine et physique. J’y repère de larges extraits évoquant le passage de la ville à ses alentours, le desserrement ou resserrement du tissu urbain, la discontinuité causée par le fleuve. Je suis particulièrement sensible -moi qui abhorre les villages-rue et aime à chercher un centre qui s’élargit autour d’une place- à l’idée d’être enveloppé par le village : La rectitude du village empêchait que l’on s’y sentir nulle part au centre, nulle part enveloppé. Je voulais lui demander depuis un moment ces extraits, à Mahigan, flemme de recopier, et voilà que je découvre la saisie vocale sur le téléphone moderne, alors, face au plis du terrain chinonais je déclame le texte et le téléphone prend note.

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Pierre SENGES & le nouveau monde

Bientôt, nous accueillons Pierre Senges pour une lecture au musée, alors je me renseigne, pour ne pas dire j’en lis un maximum. J’ai déjà arpenté Fragments de Lichtenberg, parcouru ses Environs et mesures, j’ai emprunté 3 ouvrages à la bibliothèque, posé Etudes de silhouettes sur l’étagère des livres à lire. Je me renseigne donc. Et je m’aperçois que la géographie, les cartes, cela l’intéresse pas mal, l’auteur.

Pour les besoins de la cause (Rabelais / XVIème siècle…) je m’attache à La Réfutation majeure ; qui tend à prouver que le nouveau monde est une imposture. « Ciel nous sommes découverts » dirent les indiens en 1492 ! « Ah non ouf ! nous ne sommes qu’une chimère ! » leur permet d’ajouter ici le confesseur de Charles Quint.

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Annie ERNAUX & sa maison & Cergy

Cela fait un moment que je me dis qu’il faut aborder ce Vrai lieu ; simplement parce qu’il y a le mot lieu associé au nom Ernaux. Voilà chose faite.

J’ai un peu lu Annie Ernaux, pas mal même. Un jour trouvant 2€ dans la rue, je vais dans une librairie du Quartier Latin, je vise la collection Folio 2€ je prends L’Occupation. C’est comme cela que je suis entré dans cette œuvre ; grâce à un don anonyme.

Dans ce Vrai lieu, elle nous évoque sa maison, les alentours, son lieu d’écriture, le paysage qu’elle a sous les yeux. Comme Butor, comme d’autres, elle dit ne pouvoir écrire que dans son lieu dédié, privilégié.

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Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 4 : Le lac, c’est le contraire d’une île

Il y a quelques mois-1an, Virginie Gautier m’a invité dans le cadre de sa résidence à Grand Lieu (44). J’ai, à cette occasion, composé un texte sur la dimension géographique de ses différents livres. Nous nous sommes promené sous la pluie, avons vu le lieu, avons discuté, regardé des dessins. J’ai essayé de copier ses dessins, ses lignes du monde, lignes-forces du paysage ; je n’y suis pas arrivé de façon satisfaisante (on a toujours tendance à en faire trop, des lignes). Et puis, fin 2015, le livre arrive, hâte de lire ce qu’elle a retenu de ce paysage, content d’y retrouver les dessins (et un protagoniste peintre Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir) aussi. Livre touffu, un peu comme une végétation luxuriante. Et la géographie : vues aériennes / espace vécu – espace sensible / discontinuités / île / regarder – dessiner / centre-périphérie (sous l’angle du bruit décroissant).

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RABATÉ, PRUDHOMME, BUTOR, GRACQ & le paysage en train

On a une (et quelques autres : Jean Huuuugues Anglade… qui donne son nom au ciné du coin) gloire locale : Pascal Rabaté. Alors forcément on trouve ses BD à la bibliothèque du bourg aux deux châteaux. La semaine dernière j’emprunte Vive la marée, récit passant (on passe d’un personnage à l’autre de case en case, difficile à expliquer). J’y trouve une case de 2 personnages en train d’être en train, vers la mer. L’un, entre pâté et rillettes fait cette réflexion qui me fait écho à Gracq et Butor. J’ai interviouvé Michel Butor il y a quelques années, nous avions parlé de la façon de regarder le paysage en fonction des transports.

Rabate_Prudhomme

Vive la marée (Prudhomme et Rabaté) Lire la suite

Florence (et Amiens…)

Rabelais

Rabelais se rend plusieurs fois en Italie. Lors de l’un de ses voyages, il se passe à Florence. La date de ce séjour semble aléatoire, comme beaucoup d’éléments de la vie de l’écrivain. Alors certains cherchent, font des suppositions par rapport à l’oeuvre, en l’occurence Le Quart livre.

Dans l’édition de 1548, Epistemon parle de 12 anni fa (1), dans l’édition de 1552, petit changement, Epistemon dit il y a 20 ans (2). Si l’on suit Mireille Huchon (Rabelais, Gallimard) et Epistemon (projetant donc la vie de Rabelais dans ses oeuvres) cela fait référence soit au second voyage de Rabelais en Italie (1), soit au premier voyage de Rabelais en Italie (2).

Quoi qu’il en soit on y retrouve l’anecdote du moine d’Amiens trouvant que, franchement, c’est mieux Amiens que Florence :

Vrayement vous me reduisez en memoire, ce que ie veidz & ouy en Florence, il y…

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Petit horoscope géographique

Rabelais

En 1533, Rabelais, pour se moquer des almanachs populaires pronostiquant tout et les autres choses aussi, propose sa version pour l’année : la Pantagruéline Pronostication. D’abord annoncée comme annuelle, Rabelais déclinera son idée pour en faire une pronostication perpétuelle.

Ce genre, la pronostication, amène tout de suite au nom de Nostradamus qui était contemporain de Rabelais. Même, ils se sont probablement croisés lorsqu’ils étaient étudiants en médecine à Montpellier en 1529/1530. L’histoire n’en dit pas plus sur leur relation ; et chacun sa route, chacun son chemin, l’un ira vers la parodie du côté de Lyon, l’autre prendra cela au sérieux en Garonne.

Moqueur Rabelais annonce Considerant infiniz abus estre perpetrez à cause d’un tas de Prognostications de Louvain faictes à l’ombre d’un verre de vin, ie vous en ay presentement calculé une la plus sceure & veritable que feut oncques veue, comme l’experience vous le demonstrera.

Et bon sens 

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Ta barbe me semble une Mappemonde

Rabelais

Fin XVème siècle, le monde s’agrandit d’un nouveau continent. On brave l’équateur pour faire le tour de l’Afrique. Le monde s’arrondit aussi, et on le mappemonde.

Quand Frère Jean lit le monde dans la barbe de Panurge, dans le chapitre XXVIII du Tiers Livre (Comment frère Ian reconforte Panurge sus le doubte de Coqüage) il n’évoque pas la récente Amérique. Par contre il y voit l’imaginaire et utopique Thélème.

Desià voy ie ton poil grisonner en teste. Ta barbe par les distinctions du gris, du blanc, du tanné, & du noir, me semble une Mappemonde. Reguarde icy. Voy là Asie. Icy sont Tigris & Euphrates. Voy là Afrique ? Icy est la montaigne de la Lune. Voydz tu les paluz du Nil ? Deça est Europe. Voydz tu Thelème ? Ce touppet icy tout blanc, sont les monts Hyperborées. Par ma soif mon amy, quand les neiges sont…

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Dominique ANÉ et l’espace vécu

Loin de l’océan, tout juste quelques modestes remous dans la retenue d’eau transformée en plage. A l’opposée du pays, du côté de Dijon, avec vue sur quelques vallons caniculaires, on prend le frais dans les églises et les musées. Et je lis derrières les volets tirés cet océan.

 

Je suis né dans la plaine, j’y ai passé de longues années. Quand j’en suis parti, j’aspirais aux reliefs et à la profusion des roches, des végétaux. Puis j’ai vécu au bord de l’océan et me suis rendu compte que j’aimais l’horizontalité, dès lors qu’elle était perturbée par le mouvement des vagues.

Paysage à la fois mouvant et stable, aux emportements comme régulés par la ligne d’horizon. Face à lui, je me sentais arrimé, éprouvant la consistance du sol, et mon propre attachement à celui-ci.

J’évitais de longer les plages à marée basse, qui atténuaient la séparation entre terre et mer, comme la résolution décevante d’une énigme. Ou quand de fortes pluies brouillaient la ligne d’horizon.

J’ai habité ensuite quelque temps dans une ville à l’intérieur du pays. Les voies d’eau qui la traversaient des décennies plus tôt avaient été détournées, en raison des odeurs pestilentielles des canaux en été. De vieilles photos montraient la ville inondée, avec des gens sur des pontons de fortune. À l’époque, j’étais irritable, comme en proie à un manque.

Aujourd’hui, je vis au bord d’un fleuve. Sur l’autre rive, une grue rouillée, des bâtiments à l’abandon, à demi cachés par des arbres. Cette vue m’obsède. Le fleuve isole la rive opposée, en souligne la fixité, l’inutilité des lieux, et passe, dissuadant d’entreprendre quoi que ce soit.

L’avoir sous les yeux m’arrache à moi-même. Les mouvements qui l’agitent sont étrangers aux miens. Je n’ai rien vécu de décisif face à l’eau, pas de rencontre ni de séparation. Comme si elle m’interdisait de tels débordements. Qu’elle aplanissait l’existence. La réduisant à ce seul besoin : la regarder.

Dominique ANÉ, Regarder l’océan

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