Recherche

LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

Catégorie

Portrait de Balzac en géo-graphe

Portrait de Balzac en géo-graphe (7) : ZOOM : Les principaux voyages de Balzac

Tout au long de sa vie d’adulte (1821-1850), Balzac fait une cinquantaine de voyages significatifs, dont une vingtaine (19) à l’étranger.

           

Parmi les destinations françaises (on ne comptabilise pas ici les destinations proches de Paris comme Nemours…), la Touraine est très largement privilégiées avec 15 séjours (dont 9 passent par Saché). Les autres destinations sont le Berry (4), la Normandie (3) et la Bretagne (3, mais il n’entre pas, visiblement, dans la Bretagne profonde).

 

Il séjourne pour la première fois à l’étranger en 1832 (en Suisse avec la Duchesse de Castries). Cette Suisse est une de ses destinations étrangères les plus fréquentes (7 passages, soit des séjours avec des femmes, soit sur le chemin de l’Italie). Dans l’absolu, c’est l’Allemagne (11 ou 12) qu’il fréquente le plus soit en séjours, soit en passage sur le chemin de l’Empire Russe. Le seul pays latin où il se rend est l’Italie (5).

 

Les voyages les plus longs sont les voyages d’Ukraine : il en fait 2 qui durent environ 5 mois et demi pour le premier et 1 an et 8 mois pour le second. A noter qu’il se rend aussi en en Belgique (2 ou 3), en Autriche et en Hollande. Les voyages les plus lointains sont Saint-Pétersbourg (à environ 3000 km de Paris), Wierzchownia (2 fois, environ 2300 km), Naples et Rome (environ 1500 km) et Dresde (environ 1000 km).

 

Si on cumule toutes ces périodes de voyages à l’âge adulte, on peut noter qu’il est absent de Paris au minimum 5 ans et demi durant sa vie adulte (25 mois de voyage en France et 41 mois et demi de voyage à l’étranger, dont le dernier séjour en Ukraine fait 20 mois).

 

On peut remarquer qu’au fil des années les voyages de Balzac sont de plus en plus longs et lointains. Il commence par la France (du nord) dans les années 1820, puis s’ouvre à l’étranger proche dans les années 1830 avant d’atteindre les confins sud (Naples), nord (Saint-Pétersbourg) et est (Wierzchownia) dans les années 1840.

Publicités

Portrait de Balzac en géo-graphe (6) : POURQU(O)I BALZAC VOYAGE ? – 4

Et courtiser les femmes

Peut-être la raison qui fait le plus bouger Balzac. Emmener ou aller vers une femme. Pas seulement les amantes, car il y a la déjà croisée amie Zulma (Carraud) que Balzac rejoint plusieurs fois à Issoudun ou Angoulême.

 

Une filleule royale

La première amante de Balzac s’appelle Laure de Berny. Plus qu’une amante.

« Elle a été une mère, une famille, un ami, un conseil ; elle a fait l’écrivain, elle a consolé le jeune homme, elle a créé le goût… »

lettre à Mme Hanska, juillet 1837

Comme par la suite avec sa future femme, la comtesse Hanska, Balzac fait découvrir la Touraine à cette dame. Ils s’installent quelques trois semaines, en 1830, à La Grenadière, à Saint-Cyr-sur-Loire. Cette Grenadière, petite maison à flanc de coteau avec vue sur Loire et Tours est aussi l’objet d’une nouvelle, éponyme :

La Grenadière, sise à mi-côte du rocher, à une centaine de pas de l’église, est un de ces vieux logis âgés de deux ou trois cents ans qui se rencontrent en Touraine dans chaque jolie situation. Une cassure de roc a favorisé la construction d’une rampe qui arrive en pente douce sur la levée, nom donné dans le pays à la digue établie au bas de la côte pour maintenir la Loire dans son lit, et sur laquelle passe la grande route de Paris à Nantes.

La Grenadière

Une Duchesse

Chaste encore, même si l’intention était bien d’aller plus loin. En 1832, espoir déçu : la Duchesse de Castrie. Balzac, éconduit par la dame, raccourcit son voyage prévu en Italie à l’intermédiaire Genève, la laissant continuer sans lui. Néanmoins, impressionné par les paysages traversés, il garde la région de la Grande-Chartreuse en mémoire pour son roman Le Médecin de campagne (roman dont les premières ébauches se déroulent en Touraine).

Une aventurière arriviste

Une certaine Caroline Marbouty. Prête à laisser mari et enfant pour courir avec un écrivain. On ne sait pas trop ce qu’il s’est passé entre eux. Mais, si George Sand rembarre cette collante Caroline, Balzac, lui, se laisse coller aux basques en 1836 pour un voyage rocambolesque en Italie où elle se déguise en page-homme (Marcel) et semble ravie d’être prise pour George Sand par les italiens.

Balzac dédicace sa nouvelle La Grenadière à Caroline Marbouty :

A CAROLINE, A la poésie du voyage, le voyageur reconnaissant.

Ce voyage l’aide sûrement à décrire les italiens dans un roman publié peu de temps après : Massimilla Doni (publié à partir de 1837)

… et surtout, une comtesse : Mme Hanska.

Portrait de Balzac en géo-graphe (5) : POURQU(O)I BALZAC VOYAGE ? – 3

La quête de précisions ou le voyage par procuration

Parfois Balzac a voyagé sans noter. Dans l’ensemble, il prend peu de notes -1 carnet/garde-manger connu- Il observe et met dans un coin de sa mémoire, forcément imparfaite la mémoire et oublieuse ; du coup recours aux amis quand se fait sentir le besoin de renseignements plus précis Dans Illusions Perdues il a doit de décrire Angoulême. Il demande alors à son amie, la précieuse Zulma Carraud

Je voudrais savoir le nom de la rue par laquelle vous arriviez sur la place du Mûrier et où était votre ferblantier ; puis le nom de la rue qui longe la place du Mûrier et le Palais de Justice et menait à la première maison de M. Bergès ; puis le nom de la porte qui débouche sur la cathédrale ; puis le nom de la petite rue qui mène au Minage et qui avoisine le rempart, qui commence auprès de la porte de la cathédrale, et où était cette grande maison où nous avons entendu quelquefois jouer du piano.

l. à Zulma Carraud [Saché, dimanche 26 juin 1836]

La disposition des rues et quelques sons, cela lui est resté, manquent les noms, ici, à apposer à ces rues.

Cela quand il a voyagé, vu ladite ville.

Ou bien…

Parfois le voyage se fait en pensée. Balzac semble n’être jamais allé à Sancerre ; ce qui ne l’empêche de faire comme si – avec documents supports : Un plan de Sancerre, d’une main inconnue, et des croquis de Balzac, que l’on peut dater de 1836 (notice du roman par Nicole Mozet) -, dans La Muse du département :

Sur la lisière du Berry se trouve au bord de la Loire une ville qui par sa situation attire infailliblement l’œil du voyageur. Sancerre occupe le point culminant d’une chaîne de petites montagnes, dernière ondulation des mouvements de terrain du Nivernais. La Loire inonde les terres au bas de ces collines, en y laissant un limon jaune qui les fertilise, quand il ne les ensable pas à jamais par une de ces terribles crues également familières à la Vistule, cette Loire du Nord. La montagne au sommet de laquelle sont groupées les maisons de Sancerre, s’élève à une assez grande distance du fleuve pour que le petit port de Saint-Thibault puisse vivre de la vie de Sancerre. Là s’embarquent les vins, là se débarque le merrain, enfin toutes les provenances de la Haute et de la Basse-Loire. […] Excepté la partie de Sancerre qui occupe le plateau, les rues sont plus ou moins en pente, et la ville est enveloppée de rampes, dites les Grands Remparts, nom qui vous indique assez les grands chemins de la ville. Au delà de ces remparts, s’étend une ceinture de vignobles. Le vin forme la principale industrie et le plus considérable commerce du pays qui possède plusieurs crus de vins généreux, pleins de bouquet, et assez semblables aux produits de la Bourgogne pour qu’à Paris les palais vulgaires s’y trompent. Sancerre trouve donc dans les cabarets parisiens une rapide consommation, assez nécessaire d’ailleurs à des vins qui ne peuvent pas se garder plus de sept à huit ans. Au-dessous de la ville, sont assis quelques villages, Fontenay, Saint-Satur qui ressemblent à des faubourgs, et dont la situation rappelle les gais vignobles de Neufchâtel en Suisse. La ville a conservé quelques traits de son ancienne physionomie, ses rues sont étroites et pavées en cailloux pris au lit de la Loire. On y voit encore de vieilles maisons. La tour, ce reste de la force militaire et de l’époque féodale, rappelle l’un des siéges les plus terribles de nos guerres de religion et pendant lequel les Calvinistes ont bien surpassé les farouches Caméroniens de Walter Scott.

Ou bien…

Balzac n’est jamais allé en Norvège, ce qui ne l’empêche pas de faire une description qui semble tout droit inspirée de l’encyclopédie et de l’observation d’une carte :

A voir sur une carte les côtes de la Norwége quelle imagination ne serait émerveillée de leurs fantasques découpures, longue dentelle de granit où mugissent incessamment les flots de la mer du  Nord ? qui n’a rêvé les majestueux spectacles offerts par ces rivages sans grèves par cette multitude de criques, d’anses, de petites baies dont aucune ne se ressemble et qui toutes sont des abîmes sans chemins ? Ne dirait-on pas que la nature s’est plu à dessiner par d’ineffaçables hiéroglyphes le symbole de la vie norwégienne, en donnant à ces côtes la configuration des arêtes d’un immense poisson ? car la pêche forme le principal commerce et fournit presque toute la nourriture de quelques hommes attachés comme une touffe de lichen à ces arides rochers. Là, sur quatorze degrés de longueur à peine existe-t-il sept cent mille âmes. Grâce aux périls dénués de gloire, aux neiges constantes que réservent aux voyageurs ces pics de la Norwége, dont le nom donne froid déjà, leurs sublimes beautés sont restées vierges et s’harmonieront aux phénomènes humains, vierges encore pour la poésie du moins qui s’y sont accomplis et dont voici l’histoire.

Lorsqu’une de ces baies, simple fissure aux yeux des eiders, est assez ouverte pour que la mer ne gèle pas entièrement dans cette prison de pierre où elle se débat, les gens du pays nomment ce petit golfe un fiord, mot que presque tous les géographes ont essayé de naturaliser dans leurs langues respectives. Malgré la ressemblance qu’ont entre eux ces espèces de canaux, chacun a sa physionomie particulière : partout la mer est entrée dans leurs cassures, mais partout les rochers s’y sont diversement fendus, et leurs tumultueux précipices défient les termes bizarres de la géométrie : ici le roc s’est dentelé comme une scie, là ses tables trop droites ne souffrent ni le séjour de la neige, ni les sublimes aigrettes des sapins du nord ; plus loin, les commotions du globe ont arrondi quelque sinuosité coquette, belle vallée que meublent par étages des arbres au noir plumage. Vous seriez tenté de nommer ce pays la Suisse des mers. Entre Drontheim et Christiania, se trouve une de ces baies, nommée le Stromfiord. Si le Stromfiord n’est pas le plus beau de ces paysages, il a du moins le mérite de résumer les magnificences terrestres de la Norwége, et d’avoir servi de théâtre aux scènes d’une histoire vraiment céleste.

La forme générale du Stromfiord est, au premier aspect, celle d’un entonnoir ébréché par la mer. Le passage que les flots s’y étaient ouvert présente à l’oeil l’image d’une lutte entre l’Océan et le granit, deux créations également puissantes : l’une par son inertie, l’autre par sa mobilité. Pour preuves, quelques écueils de formes fantastiques en défendent l’entrée aux vaisseaux. Les intrépides enfants de la Norwége peuvent, en quelques endroits, sauter d’un roc à un autre sans s’étonner d’un abîme profond de cent toises, large de six pieds. Tantôt un frêle et chancelant morceau de gneiss, jeté en travers, unit deux rochers. Tantôt les chasseurs ou les pécheurs ont lancé des sapins, en guise de pont, pour joindre les deux quais taillés à pic au fond desquels gronde incessamment la mer. Ce dangereux goulet se dirige vers la droite par un mouvement de serpent, y rencontre une montagne élevée de trois cents toises au-dessus du niveau de la mer, et dont les pieds forment un banc vertical d’une demi-lieue de longueur, où l’inflexible granit ne commence à se briser, à se crevasser, à s’onduler, qu’à deux cents pieds environ au-dessus des eaux. Entrant avec violence, la mer est donc repoussée avec une violence égale par la force d’inertie de la montagne vers les bords opposés auxquels les réactions du flot ont imprimé de douces courbures. Le Fiord est fermé dans le fond par un bloc de gneiss couronné de forêts, d’où tombe en cascades une rivière qui à la fonte des neiges devient un fleuve, forme une nappe d’une immense étendue, s’échappe avec fracas en vomissant de vieux sapins et d’antiques mélèzes, aperçus à peine dans la chute des eaux. Vigoureusement plongés au fond du golfe, ces arbres reparaissent bientôt à sa surface, s’y marient, et construisent des îlots qui viennent échouer sur la rive gauche, où les habitants du petit village assis au bord du Stromfiord, les retrouvent brisés, fracassés, quelquefois entiers, mais toujours nus et sans branches. La montagne qui dans le Stromfiord reçoit à ses pieds les assauts de la mer et à sa cime ceux des vents du nord, se nomme le Falberg. Sa crête, toujours enveloppée d’un manteau de neige et de glace, est la plus aiguë de la Norwége, où le voisinage du pôle produit, à une hauteur de dix-huit cents pieds, un froid égal à celui qui règne sur les montagnes les plus élevées du globe. La cime de ce rocher, droite vers la mer, s’abaisse graduellement vers l’est, et se joint aux chutes de la Sieg par des vallées disposées en gradins sur lesquels le froid ne laisse venir que des bruyères et des arbres souffrants. La partie du Fiord d’où s’échappent les eaux, sous les pieds de la forêt, s’appelle le Siegdalhen, mot qui pourrait être traduit par le versant de la Sieg, nom de la rivière. La courbure qui fait face aux tables du Falberg est la vallée de Jarvis, joli paysage dominé par des collines chargées de sapins, de mélèzes, de bouleaux, de quelques chênes et de hêtres, la plus riche, la mieux colorée de toutes les tapisseries que la nature du nord a tendues sur ses âpres rochers. L’oeil pouvait facilement y saisir la ligne où les terrains réchauffés par les rayons solaires commencent à souffrir la culture et laissent apparaître les végétations de la Flore norwégienne. En cet endroit, le golfe est assez large pour que la mer, refoulée par le Falberg, vienne expirer en murmurant sur la dernière frange de ces collines, rive doucement bordée d’un sable fin, parsemé de mica, de paillettes, de jolis cailloux, de porphyres, de marbres aux mille nuances amenés de la Suède par les eaux de la rivière, et de débris marins, de coquillages, fleurs de la mer que poussent les tempêtes, soit du pôle, soit du midi.

Observer les gens, aussi

 

Choses, paysage, Balzac observe. Les gens aussi sont un objet d’étude ; caractères & physiques. Toutefois sans concession. Si la Touraine est pour lui le plus beau pays du monde, une région où il aimerait (malgré une enfance qui n’y fût pas particulièrement heureuse) s’installer.

La Touraine est cependant bien belle en ce moment. Il fait une chaleur excessive, qui fait fleurir les vignes. Ah mon Dieu, quand aurais-je une petite terre, un petit château, un petit parc, une belle bibliothèque, et pourrai-je habiter cela sans ennuis en y logeant l’amour de ma vie;

lettre à Mme Hanska Saché, juin 1836

Néanmoins il en critique régulièrement les habitants, de façon crue dans ses lettres :

Oh si vous saviez ce que c’est que la Touraine !… On y oublie tout. Je pardonne bien aux habitants d’être bêtes, ils sont si heureux ! Or vous savez que les gens qui jouissent beaucoup sont naturellement stupides.

lettre à V. Radier, 1830

Avec à peine plus de rondeurs dans certains de ses romans, on les retrouve ces tourangeaux.

Quant à la fainéantise [des tourangeaux], elle est sublime et admirablement exprimée par ce dicton populaire : — Tourangeau, veux-tu de la soupe ? — Oui. — Apporte ton écuelle ? — Je n’ai plus faim. Est-ce à la joie du vignoble, est-ce à la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la France, est-ce à la tranquillité d’un pays où jamais ne pénètrent les armes de l’étranger, qu’est dû le mol abandon de ces faciles et douces mœurs. A ces questions, nulle réponse.

L’Illustre Gaudissart

Balzac profite de ses voyages pour observer les lieux, donc, mais aussi les personnes pour parfois les réutiliser dans ses romans. Entre autres, des connus, pensons à George Sand qui se retrouve de son plein gré dans la Félicité des Touches de Béatrix ; des proches, pensons à l’héroïne malheureuse de La Maison du chat qui pelote qui tient de sa sœur Laurence ; pensons aux italiens de Massimilia Doni

Portrait de Balzac en géo-graphe (4) : POURQU(O)I BALZAC VOYAGE ? – 2

Plus historien (et géographe) que romancier

S’il ne semble pas particulièrement priser le voyage, Honoré de Balzac en reconnait tout de même certains bienfaits. Il admet notamment que le voyage ouvre l’esprit à de nouveaux horizons. Lors d’un voyage à Aix les Bains, en 1832, Balzac écrit à son amie Zulma Carraud :

 le voyage m’agrandit les idées. (l. à Z. Carraud, 1832)

 

Balzac, dans son œuvre, dans ce qui deviendra au début des années 1840 La Comédie humaine, a le souci de se poser en historien des mœurs.

 L’auteur s’attend à d’autres reproches, parmi lesquels sera celui d’immoralité ; mais il a déjà nettement expliqué qu’il a pour idée fixe de décrire la société dans son entier, telle qu’elle est : avec ses parties vertueuses, honorables, grandes, honteuses, avec le gâchis de ses rangs mêlés, avec sa confusion de principes, ses besoins nouveaux et ses vieilles contradictions. Le courage lui manque à dire encore qu’il est plus historien que romancier, d’autant que la critique le lui reprocherait comme s’il s’adressait une louange à lui même […].

préface à l’édition Werdet de 1838 de La Femme supérieure

Décrire la société, ses personnes, et ses paysages.

Du coup il mémorise les lieux qu’il visite, il en nourrit son inspiration et transpose certains décors dans ses romans. Il observe jusqu’aux détails :

ici la frise d’un papier peint détail de la maison (pris à Saché et déposé dans la pension Vauquer du Le Père Goriot),

Rien n’est plus triste à voir que ce salon meublé de fauteuils et de chaises en étoffe de crin à raies alternativement mates et luisantes. Au milieu se trouve une table ronde à dessus de marbre Sainte-Anne, décorée de ce cabaret en porcelaine blanche ornée de filets d’or effacés à demi, que l’on rencontre partout aujourd’hui. Cette pièce, assez mal planchéiée, est lambrissée à hauteur d’appui. Le surplus des parois est tendu d’un papier verni représentant les principales scènes de Télémaque, et dont les classiques personnages sont coloriés. Le panneau d’entre les croisées grillagées offre aux pensionnaires le tableau du festin donné au fils d’Ulysse par Calypso. Depuis quarante ans cette peinture excite les plaisanteries des jeunes pensionnaires, qui se croient supérieurs à leur position en se moquant du dîner auquel la misère les condamne.

 

ici un linteau détail de la rue (à Guérande dans Béatrix),

Auprès de l’église de Guérande se voit une maison qui est dans la ville ce que la ville est dans le pays, une image exacte du passé […]. Au bout d’une ruelle silencieuse, humide et sombre, formée par les murailles à pignon des maisons voisines, se voit le cintre d’une porte bâtarde assez large et assez haute pour le passage d’un cavalier, circonstance qui déjà vous annonce qu’au temps où cette construction fut terminée les voitures n’existaient pas. Ce cintre, supporté par deux jambages, est tout en granit. La porte, en chêne fendillé comme l’écorce des arbres qui fournirent le bois, est pleine de clous énormes, lesquels dessinent des figures géométriques. Le cintre est creux. Il offre l’écusson des du Guaisnic aussi net, aussi propre que si le sculpteur venait de l’achever. (H. de Balzac, Béatrix)

 

ici une vieille maison qu’il situe à Saumur (Eugénie Grandet),

Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître et l’aridité des landes et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu’un étranger les croirait inhabitées, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l’appui de la croisée, au bruit d’un pas inconnu. Ces principes de mélancolie existent dans la physionomie d’un logis situé à Saumur, au bout de la rue montueuse qui mène au château, par le haut de la ville. Cette rue, maintenant peu fréquentée, chaude en été, froide en hiver, obscure en quelques endroits, est remarquable par la sonorité de son petit pavé caillouteux, toujours propre et sec, par l’étroitesse de sa voie tortueuse, par la paix de ses maisons qui appartiennent à la vieille ville, et que dominent les remparts. Des habitations trois fois séculaires y sont encore solides quoique construites en bois, et leurs divers aspects contribuent à l’originalité qui recommande cette partie de Saumur à l’attention des antiquaires et des artistes. Il est difficile de passer devant ces maisons, sans admirer les énormes madriers dont les bouts sont taillés en figures bizarres et qui couronnent d’un bas-relief noir le rez-de-chaussée de la plupart d’entre elles. Ici, des pièces de bois transversales sont couvertes en ardoises et dessinent des lignes bleues sur les frêles murailles d’un logis terminé par un toit en colombage que les ans ont fait plier, dont les bardeaux pourris ont été tordus par l’action alternative de la pluie et du soleil. Là se présentent des appuis de fenêtre usés, noircis, dont les délicates sculptures se voient à peine, et qui semblent trop légers pour le pot d’argile brune d’où s’élancent les œillets ou les rosiers d’une pauvre ouvrière. Plus loin, c’est des portes garnies de clous énormes où le génie de nos ancêtres a tracé des hiéroglyphes domestiques dont le sens ne se retrouvera jamais. Tantôt un protestant y a signé sa foi, tantôt un ligueur y a maudit Henri IV. Quelque bourgeois y a gravé les insignes de sa noblesse de cloches, la gloire de son échevinage oublié. L’Histoire de France est là tout entière.

 

ici la tour de la ville d’Issoudun (dans La Rabouilleuse)

Quand Richard construisit la Tour d’Issoudun, il la planta, comme il a été dit, sur les ruines de la basilique assise à la place du temple romain et du Dun Celtique. Ces ruines, qui représentaient chacune une longue période de siècles, formèrent une montagne grosse des monuments de trois âges. La tour de Richard-Coeur-de-Lion se trouve donc au sommet d’un cône dont la pente est de toutes parts également roide et où l’on ne parvient que par escalade. Pour bien peindre en peu de mots l’attitude de cette tour, on peut la comparer à l’obélisque de Luxor sur son piédestal. Le piédestal de la Tour d’Issoudun, qui recélait alors tant de trésors archéologiques inconnus, a du côté de la ville quatre-vingts pieds de hauteur. En une heure, la charrette fut démontée, hissée pièce à pièce sur la butte au pied de la tour par un travail semblable à celui des soldats qui portèrent l’artillerie au passage du Mont Saint-Bernard.

Portrait de Balzac en géo-graphe (3) : POURQU(O)I BALZAC VOYAGE ? – 1

Différentes choses amènent Balzac à se mettre en mouvement physique pour aller ailleurs, pour sortir de ses textes et de Paris.

Premiers voyages

L’un de ses premiers voyages est celui de Vendôme, en 1807. Il y est envoyé en pension dans un collège aux conditions drastiques.

à 6 ans 1/2, j’ai été envoyé à Vendôme, j’y suis resté jusqu’à 14 ans, en 1813, n’ayant vu que 2 fois ma mère.

Il se sent abandonné par sa mère, donc (et a gardé suite à cela des relations houleuses avec elle). Cet épisode de sa vie est à la base à son roman Louis Lambert (l’histoire d’un jeune homme aux aspirations philosophiques et malheureux au collège de Vendôme…). Enfermé dans ce collège, le protagoniste voyage plus en imagination qu’en réalité :

 « Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot ? »

Louis Lambert

 

Les voyages suivants seront pour aller à Bayeux, chez sa sœur Laure et à Fougères pour se documenter en vue de la rédaction des Chouans, le roman qui le lance en littérature.

La chose la plus anecdotique

Il y a la distraction

En ce moment, un voyage de deux mois en Belgique, je ne sais où, rafraîchirait ma cervelle embrasée, fatiguée, me rendrait des forces au ] retour, et je n’ai ni l’argent ni le temps nécessaires pour ] l’accomplir. Voilà cinq ans que je n’ai voyagé, et le voyage est ma seule distraction.

lettre à Théodore Dablin, 1830

Lorsqu’il est déplacé, voyagé, il arrive à Balzac de prendre le temps de jouer. Mettons Saché en Touraine, chez ses amis les Margonne, il s’annonce en joueur

Je me fais une fête de ces 2 jours de congé à Saché, je compte vous dépouiller de 1fr.50 au tric-trac de 100 fiches au wisth (sic).

lettre à Jean de Margonne, Passy, 9 juin 1847.

Mais cette destination est avant tout studieuse (il y travaille au Père Goriot, Illusion Perdues, César Birotteau…). Notons par ailleurs que Balzac n’est pas un grand joueur et que ses célèbres dettes sont des dettes d’affaires (il avait les lubies, nous le verrons, mais pas le talent pour ces choses là).

 

La chose la plus laborieuse

 

Il y a la recherche du calme et de l’éloignement de Paris, de ses sollicitations et des créanciers.

Fais répondre à tous ceux qui viendront te demander de l’argent que je suis en voyage et que je serai de retour au 15 août.

Lettre à Mme Balzac, Saché, 6 juillet 1832

Écrire dans une petite chambre situé au cœur d’un débris de château dans le creux d’un vallon solitaire qu’il quitte à regret, voilà une autre bonne raison de retrouver sa Touraine natale, ou de se rendre chez des amies/amantes à Angoulême (La Poudrerie) ou à Issoudun chez Zulma Carraud, à La Bouleaunnière, près de Nemours chez Laure de Berny.

« Votre lettre est venue me trouver en Touraine, où j’ai été me réfugier pour achever trois ouvrages que je dois donner avant de pouvoir voyager ; je ne suis qu’à une soixantaine de lieux de vous… n’est-ce pas tentant ?… N’étaient les travaux commencés et dont témoignera la goutte de café tombée sur cette page, je serais déjà à la Poudrerie. »

lettre à Zulma Carraud – Saché, 2 juillet 1832

Il ne s’empêchait pas, lors de ses déplacements, de travailler hors de ces « bureaux » plus ou moins officiels. Comme ses personnages sont souvent la combinaison de plusieurs personnes, ses manuscrits sont la combinaison de plusieurs lieux d’écriture. D’autant que par ses épreuves corrigées parfois multiples et par ses reprises (à même les ouvrages) nombreuses et espacées dans le temps, peu de textes finis ont été écrits, composés, corrigés au même endroit. Un extrait de lettre à Madame Hanska évoque cela. Balzac doit faire face à des personnes qui se reconnaissent dans des personnages du Lys dans la vallée.

Ne dit-on pas que j’ai peint madame Visconti ? Voilà à quels jugements nous sommes exposés. Vous savez que j’avais les épreuves à Vienne, et ce portrait a été écrit à Sache, corrigé à la Bouleaunière, avant que j’eusse vu madame de Visconti.

Lettre à Madame Hanska, 1er octobre 1836

Balzac fuit les créanciers et les mondanités lorsqu’il vient en province. Ce calme est aussi l’éloignement des révolutions. En 1830 comme en 1848, alors que Paris s’agite et le déconcentre, Balzac séjourne à Saché. Il résume tout ce qui l’empêche d’écrire (seuls les créanciers ne sont pas évoqué) dans une lettre : rue / politique / spectacles / amis.

Je pars pour Saché, parce que, quoi qu’on fasse, les agitations de la rue et de la politique agissent sur vous, à Paris ; on n’y a pas le calme de l’esprit, malgré le calme des lieux ; il faut sortir, on va au spectacle, on voit des amis sur le boulevard, on cause, on entend le rappel, on s’inquiète ! à Saché, rien de tout cela. Je serai devant ma besogne, sans distraction.

lettre à ? Vendredi [2 juin] 1848

D’où sa volonté de s’éloigner régulièrement de la capitale pour par exemple se retrouver moine de la littérature à Saché.

je suis venu me réfugier  ici au fond d’un château comme dans un monastère […].

lettre à Z. Carraud, 1831

Portrait de Balzac en géo-graphe (2) : Balzac et le voyage

(résumé des épisodes suivants)

J’ai tout vu en amateur et en poète

Voyage de Paris à Java

Disons le voyage. Être en mouvement vers ailleurs, ou, être ailleurs.

Balzac voyage, pour retrouver Mme Hanska, l’amour de [s]a vie ; pour affaires ; pas pour se documenter particulièrement pour ses romans, même s’il place dans certains romans des voyages qu’il vient de faire : Guérande dans Béatrix, Le Croisic dans Un drame au bord de la mer, la Grande Chartreuse dans Le Médecin de campagne… Peut-être, un des rares, pour Le Dernier chouan ou la Bretagne en 1800, il se déplace à Fougères, chez l’ami Pommereul, pour se documenter. Peut-être qu’aussi pour Le Député d’Arcis, il y va à Arcis. Pour les affaires donc, pour celles des autres (l’Italie pour le compte de la Comtesse (et amante) Guidoboni-Visconti), pour les siennes, vers la Sardaigne et une mine d’argent qu’il voudrait exploiter (mais finalement non) en passant par la Corse de l’admiré Napoléon.

Ce qui fait voyager Balzac, ce sont les femmes, le plus souvent. Les amies telle Zulma Carraud qu’il retrouve à Angoulême ou Issoudun, les autres amantes ou les prétendues (respectivement Mme de Berny en Touraine puis en bateau sur la Loire jusqu’à Nantes, Mme de Castrie en Suisse) et surtout Mme Hanska pour laquelle il traverse plusieurs fois l’Europe, vers le Nord et Saint-Pétersbourg (en bateau notamment à travers les mers septentrionales du continent, vers Berlin ou Vienne, vers la Suisse (plusieurs fois les amants se retrouvent à la barbe de M. Hanski cocu), vers l’est et Wierzchownia (une dizaine de jours de voyage alternant trains et voitures à cheval).

Si Balzac voyage, il n’écrit ni ne décrit ses voyages (mais il réutilise ce qu’on appellera des micros-voyages comme celui qu’il fait faire à Felix dans Le Lys dans la vallée). De Venise 3 lignes pour dire que c’est beau, en gros, par exemple. Juste un voyage vers l’aimée, la Lettre sur Kiew restée inédite à l’époque. Et une affabulation, le Voyage de Paris à Java (où il n’est bien entendu jamais allé).

Il faisait si beau, que pour ne pas donner de soupçons, je vais flâner dans le paysage […].

Un début dans la vie

Portrait de Balzac en géo-graphe (1) : Ouverture

Honoré de Balzac (1799-1850) est connu pour ses grands romans (Le Père Goriot, Eugénie Grandet, La Peau de chagrin ou encore Le Colonel Chabert), est aussi souvent connu pour sa Comédie humaine (qui regroupe à peu près l’ensemble de ses romans et nouvelles). Tout cela est très parisien et un peu provincial ; très peu d’exotisme là-dedans (entendons de façon très restrictive par exotisme le fait de franchir les frontières du pays). Si l’on cherche ces outre-frontières, il faut principalement descendre dans le classement de la Comédie humaine, aller du côté des numéros 100 à 130, dans les Études philosophiques (alors la Norvège, l’Italie, l’Allemagne…), ou alors carrément sortir de cette Comédie humaine, aller dans les ouvrages satellites (alors Java ou l’Ukraine).

Balzac n’est pas connu comme un écrivain voyageur, donc. Pourtant l’époque est à la mode du récit de voyage. Beaucoup d’écrivains s’y frottent, -au XIXè siècle la plupart des écrivains français ont relaté dans certaines de leurs œuvres leurs souvenirs de voyages- dont certains écrivains proches de Balzac. Théophile Gautier (1811-1872, probablement un des meilleurs amis de Balzac) publie par exemple Voyage en Espagne en 1843, Zigzags, en 1845, contient Un Tour en Belgique, ainsi qu’un Voyage pittoresque en Algérie en 1845, L’Orient, Voyage en Russie, Voyage en Italie… Honoré de Balzac compte sur lui pour l’accompagner en Italie, justement en 1837 et écrire un pendant italien au Voyage en Belgique. Finalement, Gautier est retenu par ses obligations de critique et ne fait pas le voyage. George Sand est elle aussi adepte du genre, parfois plus lointain et relativement dramatique (Un hiver à Mallorque (1842), parfois voyages immédiats (Promenades autour d’un village (1857), Parfois voyageuse déplacée et contrainte (Journal d’un voyageur pendant la guerre (1871). Pour n’en citer que trois. Notons aussi que les ainés ont relaté eux aussi leur voyages : Stendhal (Rome, Naples et Florence, 1817), Lamartine (Voyage en Orient, 1835).

Genre en vogue et rémunérateur ; mais littérature facile, peut penser Balzac.

D’ailleurs, suivons Marie-Eve Thérenty, « Le seul personnage d’écrivain voyageur dans La Comédie humaine est Chodoreille (Les Comédiens sans le savoir) », personnage moqué. «  Cet écrivain-voyageur au nom ridicule, est […] entraîn[é] [par Bixiou] dans un parcourt labyrinthique à travers Paris grâce à quelques compliments creux qui fonctionnent comme autant d’appâts (« ton livre est plein de mots », « c’est écrit »).[i] »

Une certaine idée balzacienne du récit de voyage

Balzac ne souscrit pas à cette mode. Dans son seul récit de voyage réel (très tardif par ailleurs, puisqu’écrit à la fin des années 1840) il annonce en ouverture :

« Si je n’avais pas des choses extrêmement curieuses à vous écrire, je ne prendrais pas la peine de vous adresser une lettre et de vous parler d’un de mes voyages. On a, dans ces derniers temps, tellement abusé de l’idée, du fait voyage, que j’avais résolu de ne jamais rien publier, de même que je ne disais rien des pays que j’ai visités : d’abord pour ne pas être vulgaire, puis pour ne pas parler de moi, le je étant le pronom le plus ennuyeux que je sache pour un lecteur ; ensuite, je suis extrêmement gai, rieur, et le public ne croit jamais ceux qui écrivent à la façon de l’exquis abbé Galiani… »

Lettre sur Kiew

Donc Balzac n’écrit pas de récits de voyages, ne semble pas particulièrement aimer voyager.

Au fait ! Au fait ! au but du voyage ; gommons le déplacement, semble-t-il dire dans son unique récit de voyage terminé et imaginaire, Le voyage de Paris à Java, qui est surtout, contrairement à ce qu’annonce le titre, un voyage à Java, ou disons un voyage par là-bas (car Balzac et l’approximation de la géographie lointaine).

– Permettez-moi de supprimer toutes les niaiseries empreintes de personnalité par lesquelles mes devanciers commencent leurs relations. Pour abréger, lancez-vous sur-le-champ à travers l’Océan et les mers d’Asie, franchissez les espaces sur un brick assez bon voilier, et venons rapidement au fait : à Java, à mon île de prédilection… Si vous vous y plaisez, si mes observations vous intéressent, vous aurez économisé les ennuis de la route.

Voyage de Paris à Java

Pour lui le voyage ne constitue pas une priorité et semble être un peu la roue de secours de la diligence. Et puis le voyage n’est pas compatible avec l’écriture ; “Ce qui l’empêche de voyager est le manque d’argent, et ce qui l’empêche d’écrire est le voyage.”[i] Donc

Je voyage quand il m’est impossible de réveiller mon cerveau abattu, quand je reviens, je m’enferme et je travaille nuit et jour […].

lettre à Mme Hanska, 19 juillet 1837

Pourtant Balzac a beaucoup voyagé. Il a pris l’habitude de de fuir Paris et ses soucis professionnels, de rendre visite à des amis en province ou pour partir à l’étranger (Italie, Suisse, Allemagne, Ukraine…).

 ————–

[i] M.-E. Thérenty, Itinéraires d’écrivains et récits de voyage dans La Comédie humaine, pourquoi Balzac n’a t’il pas écrit de récit de voyage ? (M.-. Thérenty), dans Balzac voyageur, 2004.

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :