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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Lignes entretenues

RABATÉ, PRUDHOMME, BUTOR, GRACQ & le paysage en train

On a une (et quelques autres : Jean Huuuugues Anglade… qui donne son nom au ciné du coin) gloire locale : Pascal Rabaté. Alors forcément on trouve ses BD à la bibliothèque du bourg aux deux châteaux. La semaine dernière j’emprunte Vive la marée, récit passant (on passe d’un personnage à l’autre de case en case, difficile à expliquer). J’y trouve une case de 2 personnages en train d’être en train, vers la mer. L’un, entre pâté et rillettes fait cette réflexion qui me fait écho à Gracq et Butor. J’ai interviouvé Michel Butor il y a quelques années, nous avions parlé de la façon de regarder le paysage en fonction des transports.

Rabate_Prudhomme

Vive la marée (Prudhomme et Rabaté) Lire la suite

François RANNOU & l’espace (sensible) de la page

rapt. Ensemble de textes. Des vignettes de villes Lisbonne, Barcelone, Dublin, Berlin…. Des textes à (pour)suivre de page en page, tantôt lecture verticale, tantôt lecture horizontale, avec mots articulation pour passer de l’une à l’autre.

Alors.

Un jour fin d’année 2013, Facebook, vers 10h30 du matin, j’ai envoyé ce message à François Rannou :

Cher Monsieur Rannou,

juste un petit mot pour dire que je viens de lire votre rapt, je ne suis pas un bon critique littéraire, mais votre livre, notamment en tant que géo-graphe, m’a particulièrement touché, tant par son fond que par sa forme. J’ai aimé chercher mon chemin de mots dans ce texte qui parfois m’a fait penser à une sorte de scrabble. Des mises en page qui m’ont fait écho à celles de Michel Butor dans nombre de ses poèmes. Ce n’est pas si souvent (à ma connaissance du moins) que les auteurs jouent véritablement avec la mise en page et les niveaux de lectures comme ici. C’est une belle lecture !

RannouRapt1

…l’écho…

De temps en temps, quand la lecture est belle et que l’auteur est accessible, j’aime envoyer un petit mot. Parfois cela accroche une discussion, voir plus.

François Rannou – Merci chaleureusement à vous ! merci pour vos mots et ce que vous dites est juste et me touche. Oui, pour moi, l’espace = l’horizon et la géographie (extérieure & intérieure se répondent se confrontent). J’aime travailler aussi avec d’autres horizons et notre monde m’intéresse tant.

L’écriture, telle qu’elle se présente chez moi, est en fait un paysage et une recherche d’espace liée au réel visible évidemment, un horizon traçable et divers qui s’articule par plans : pans de vue et d’ouïe, situation des voix = situation des corps et gestes qui en découlent et nécessitent de se repérer.

Le rapport à la description et au visible est à la base de mon travail.

RannouRapt2Loran Bart – La géographie sensible.

François Rannou – J’en ai d’ailleurs parlé de façon concrète récemment lors d’un atelier d’écriture numérique où était explorée l’écriture des sensations et comment le livre électronique pouvait en rendre compte aujourd’hui : écriture et connaissances/regard, rapports texte images, sons, vidéos et comment tout cela est traversée de temps : en soi, hors de soi, mémoire physique et « culturelle ». Le temps est une roue.

Oui géographie sensible.

Loran Bart – Je me suis rapidement tourné vers l’étude de textes littéraires en géographie lors de mes études. Justement pour étudier cette influence du sens sur la perception de l’espace. Ce que j’ai bien retrouvé dans rapt, aussi.

(Les 2 extraits sont tirés de RAPT, éditions La Termitière / La Nerthe)

Jean GIONO & l’emboîtement d’échelles dans Balzac

Comme je recherches des docs pour préparer une activité pour les lycéens, je tombe sur une entrevue avec Jean Giono. Il est pas piqué des hannetons, le Jean ! Il adore détester Balzac, même, le Jean ! Bien entendu je mets  l’article sur Balzac (par de petites portes). Puis j’y reviens en géographe : dans l’entrevue il y a ce petit passage sur l’emboîtement des échelles, comme disent les géographes.

Balzac commence par te décrire la France. Dans la France il te décrit une province, dans une province il te décrit une vallée, dans la vallée il te décrit le château, dans le château il te décrit un escalier ; l’escalier arrive à un palier, sur le palier il y a des portes; il te décrit les portes, et puis après il te décrit une chambre, et on rentre dans la chambre et le roman est fini. C’est généralement à ce moment-là que le roman de Stendhal commence.

Jean GIONO

Trouvé (en France, en Touraine, à Saché, dans la bibliothèque du musée, dans le placard de gauche, dans le rayon des années Balzaciennes,) dans L’année Balzacienne 2011, dans l’article Le Balzac de Giono

Peter HANDKE & les lieux du livre

Période Handke qui se prolonge. Déception des carnets, mais pas de ces entretiens. Très portés sur la géographie au début.

Dans le livre, les lieux, pour le lecteur, sont toujours autres, et plus vastes, et aussi plus fructueux, que si on l’emmène là en lui disant, comme lors d’un pèlerinage ou un voyage guidé, voici l’arbre ou … cela me gêne. Chacun, quand il a lu quelque chose, en a l’image en soi, et il se réjouit de cette image. Mais le modèle est toujours décevant, et plutôt importun, aussi. – Ou alors le lecteur trouve lui-même, il se met en quête et part à la recherche.

Peter HANDKE dans Espaces intermédiaires

Michel BUTOR & le lieu d’écriture

Pendant des années j’ai été obligé d’avoir un lieu fixe pour écrire, d’être installé; à tel point que lorsque je déménageais, ce qui m’est arrivé bien souvent, j’avais besoin de plusieurs semaines avant de pouvoir m’y remettre. Il était essentiel pour moi de neutraliser le lieu; autrement il m’ absorbait trop; j’étais fasciné. Cela n’avait pas trop d’inconvénients, car ma mémoire fonctionnait suffisamment pour que les idées demeurent en réserve dans ma tête. Avec les années, c’est devenu plus difficile; par compensation, j’ai eu besoin de moins en moins de temps pour me tailler un espace d’écriture dans un nouveau lieu.

Michel BUTOR in échanges, carnets 1986

Kenneth WHITE & la localisation de la pensée

Dans ce mot «géopoétique» est contenue l’idée que l’on peut localiser la pensée, relier territoire et pensée, nature et culture. Si notre culture et notre civilisation sont à l’heure actuelle tellement creuses, c’est justement parce que nous avons perdu ces liens. Il s’agit donc d’essayer de lier la pensée plus exigeante au lieu le plus fort, le plus intense matériellement.

Kenneth WHITE in Entretien avec Gilles Farcet, in Le Poète cosmographe

Frédéric-Yves JEANNET & le livre-lieu

« Quant à votre question sur le livre (Au dessous du volcan de M. Lowry, en l’occurence) comme intercesseur par rapport au lieu, et à la vie même du lecteur, je ne voudrais rien généraliser, mais je crois que le rôle de la littérature peut être capital (cela dépend aussi de l’importance qu’on lui accorde, bien sûr) et dans le cas de ce livre, ce lieu et cette expérience précise, il l’a été pour moi, puisqu’il a décidé en partie (l’autre part, c’est la rencontre d’étudiants mexicains avec lesquels je partageais un appartement à Londres) de mon départ pour le Mexique, et donc du reste de ma vie, qui en a découlé. Mais ce sont aussi bien sûr certaines qualités propres à ce lieu qui m’ont conduit à l’adopter ensuite pour y vivre, y construire ma maison, parce qu’il me convenait – car d’autres livres que j’ai aimés, qui comptent beaucoup pour moi, comme « Ulysse » de Joyce ou « A la recherche du temps perdu » par exemple, n’ont pas eu le même effet sur moi: je ne me suis pas installé à Dublin et n’y suis même jamais allé, pas plus qu’en Normandie. »

Frédéric-Yves JEANNET, Correspondance

Kenneth WHITE & la poésie & le monde

la poésie ne sera pas seulement l’affaire du moi (le tiroir du privé), ni une affaire de mots, spécialité de technologues linguistiques, mais une affaire de monde. Il s’agit de l’articulation d’un monde.

Kenneth WHITE in Le Poète comographe

Michel BUTOR & le lieu

Un jour, près des Voirons, début novembre, le 3 ou le 4 je crois, un week-end, j’ai branché le dictaphone (dont la petite taille l’épate), et je déroule mes questions, et j’écoute ses réponses, dont celle-ci sur le lieu.

Un lieu, c’est une donnée tout à fait générale. C’est l’endroit où on se trouve. Où on se trouve soit même, ou bien l’endroit où se trouvent d’autres personnes. C’est toujours l’endroit où se trouvent des gens. Même si ce sont des déserts. Si ce sont des déserts, les gens… D’abord il y a des gens qui vivent dans les déserts. Et même les déserts où personne ne vit, nous les connaissons à cause des gens qui vivent à côté et qui de temps en temps vont à l’intérieur. Donc c’est toujours lié à la question générale de l’habitation si vous voulez. L’espace lui-même, l’espace interplanétaire est un lieu parce que nous commençons à y aller et puis parce que nous le regardons, nous l’étudions.

Michel BUTOR in http://www.cybergeo.eu/index9952.html

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