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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Michel Butor et le livre-monde

Michel Butor et le livre-monde / 2 – LES GRANDS TRAITS DU PROJET « BUTORIEN » (2).

La démarche de Michel Butor est une démarche d’appréhension et de description du monde. Il veut dépasser son statut d’occidental, il rêve d’interculturalité et de transculturalité. M. Butor pratique une écriture qui voit le monde et notre rapport au monde se transformer. Cette écriture devient une réflexion sur la condition humaine des années 1950 – 2000 alors que le monde devient de plus en plus accessible. Il recherche des formules pour rendre compte de cette condition mondialisée de l’homme et expérimente des formes littéraires en rapport avec son expérience du monde, du territoire, des autres cultures, et par rapport à un temps qui est celui de la mondialisation et de l’interactivité. Cela ne se limite pas à une forme d’écriture mais engendre aussi des signatures typographiques et des essais graphiques pour rendre sensible des lieux et des rapports entre les lieux. M. Butor est engagé dans une condition contemporaine d’écrivain qui n’est plus l’écrivain enraciné dans un lieu et enclavé dans un genre, c’est un écrivain qui essaie de rendre compte d’une expérience de déterritorialisation – démarche aux antipodes de celle de l’écrivain régionaliste. « On notera la volonté butorienne d’incorporer à l’écriture les moyens techniques offerts par le monde contemporain : audio-visuels en l’occurrence qu’il s’agisse de la radio, de la chaîne stéréo, du cinéma, de la télévision, le zapping… »[1]  Cela fait référence à ses œuvres radiophoniques et stéréophoniques, mais on pourrait ajouter maintenant Internet à cette liste.

Ses expériences d’écriture accompagnent donc les changements de notre relation au monde. Il esquisse un nouveau rapport au monde, une nouvelle façon de le parcourir qui se développe depuis les années 1950 – L’itinéraire disparaît pour laisser place à des lieux – et évoque pleinement la mobilité qui est une des conditions nouvelles de l’homme moderne. « La recherche de Butor se veut planétaire, tournée vers le plus lointain passé (aborigènes, indiens Zunis) comme vers une possible représentation de l’avenir (système fouriériste, La Rose des vents, publié comme en écho aux utopies de Mai 68 durant lequel Butor a présidé quelques comités d’écrivains revendicatifs). » [2] Butor compose ainsi une « figure étonnamment moderne, celle du curieux. »[3]


[1] Teulon-Nouailles B., Michel Butor un oiseau migrateur (l’écriture en voyage), Butorweb.

[2] Ibid précédente

[3] M. Gazier, In Télérama n°2183, 13 nov. 1991

Michel Butor et le livre-monde / 2 – LES GRANDS TRAITS DU PROJET « BUTORIEN » (1).

LES GRANDS TRAITS DU PROJET « BUTORIEN » de retranscription du monde. Comme le dit M. Spencer, le projet de Michel Butor est de « transformer la façon dont nous voyons et racontons le monde »[2]. Par ailleurs, Michel Butor entretient une relation particulière avec la planète, relation qu’il imaginerait volontiers holistique : « […] tous les textes de Butor procèdent de la même passion méthodiquement assumée : celle de devenir son propre contemporain ou, ce qui revient au même, citoyen du monde à part entière. »[3] Michel Butor se sent concerné par le Monde et par sa diversité, c’est ce qui le fait aller voir les Aborigènes d’Australie ou les Indiens d’Amérique du Nord pour les rencontrer et raconter une certaine relation qu’ils entretiennent avec la Terre, pour étudier la façon dont les lieux antipodiques peuvent être mis en relation : « De là chez Butor une défense et illustration passionnée des marginalités et un dialogue des cultures avec son corollaire : le parti très tôt affirmé d’envisager le monde non plus exclusivement de Paris, New York ou Genève, mais à l’inverse, selon une perspective réciproque et multipolaire qui prescrit, pour éviter l’hégémonie de tel ou tel centre, de tisser des réseaux entre foyers, de multiplier les canaux de toutes sortes, – bref : de conjoindre le Génie du lien au Génie du lieu»[4]


[1] Le Sidaner J. M., Michel Butor voyageur à la roue, Encre, Paris, 1979.

[2] Spencer M., Site, citation et collaboration chez Michel Butor, Sherbrooke, Canada, 1986. (p.15)

[3] Dallenbäch In Avant propos in Dallenbäch L. (dir.), Butor aux quatre vents, José Corti, Paris, 1997. (p.20)

[4] Ibid précédente

Michel Butor et le livre-monde / 1 – MICHEL BUTOR EN VOYAGEUR.

MICHEL BUTOR EN VOYAGEUR. En parallèle à ses activités d’enseignant et d’écrivain, Michel Butor voyage soit de façon professionnelle (pour participer à des colloques ou donner des conférences), soit de façon exploratoire. Il parcourt ainsi le monde, voyage sur les cinq continents.  Il se rend ainsi comme professeur invité au Japon, en Australie, aux Etats-unis, donne des conférences au Brésil, en Chine, au Pérou, en Russie, au Burkina Faso. Il est nommé professeur à Minieh (en Egypte), à Salonique, à Nice, à Genève. Il effectue des voyages personnels (non contraint par un impératif professionnel) en Allemagne, Zimbabwe, Ethiopie, Asie du Sud-Est, Espagne, Italie…

Ces déplacements qui l’entraînent dans la plupart des pays de monde lui fourniront la matière des cinq volumes de Génie du lieu, , Boomerang, Transit, Gyroscope. D’Amérique du Nord il rapporte deux livres fondamentaux : Mobile, 6 810 000 litres d’eau par seconde. Si des livres ont été le résultat d’un certain nombre de ces voyages, beaucoup d’autres équipées sont restées sans véritables suites ou à peine évoquées (les pays d’Europe de l’Est, d’Afrique Noire).

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