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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Les mots-monde de Michel BUTOR

Michel Butor et le livre-monde / 1 – MICHEL BUTOR EN VOYAGEUR.

MICHEL BUTOR EN VOYAGEUR. En parallèle à ses activités d’enseignant et d’écrivain, Michel Butor voyage soit de façon professionnelle (pour participer à des colloques ou donner des conférences), soit de façon exploratoire. Il parcourt ainsi le monde, voyage sur les cinq continents.  Il se rend ainsi comme professeur invité au Japon, en Australie, aux Etats-unis, donne des conférences au Brésil, en Chine, au Pérou, en Russie, au Burkina Faso. Il est nommé professeur à Minieh (en Egypte), à Salonique, à Nice, à Genève. Il effectue des voyages personnels (non contraint par un impératif professionnel) en Allemagne, Zimbabwe, Ethiopie, Asie du Sud-Est, Espagne, Italie…

Ces déplacements qui l’entraînent dans la plupart des pays de monde lui fourniront la matière des cinq volumes de Génie du lieu, , Boomerang, Transit, Gyroscope. D’Amérique du Nord il rapporte deux livres fondamentaux : Mobile, 6 810 000 litres d’eau par seconde. Si des livres ont été le résultat d’un certain nombre de ces voyages, beaucoup d’autres équipées sont restées sans véritables suites ou à peine évoquées (les pays d’Europe de l’Est, d’Afrique Noire).

Les mots-monde de Michel Butor [ITINEROGRAPHIE]

Comme j’ai laissé un peu de coté ces pages depuis quelques temps, je m’y remets. Je fouille dans le dossier Butor de l’ordinateur. Jacques Roubaud donne des noms à ses ordinateurs (Mandy si je me souviens bien). Il faudrait que j’en trouve un aussi, doux pour alternative à « Allez Pépère » ou « Merde, tu te magnes un peu » qui ne le font pas aller plus vite. Bref je trouve dans Pépère ce texte tiré je ne sais plus d’où.

ITINÉROGRAPHIE pour Roberto Altmann

Dans un pays qui a les dimensions d’un royaume d’autrefois, le marcheur aventureux rassemble au matin quelques provisions, monnaies, instruments, cartes au besoin, puis s’embarque en son mouvement souple pour répondre aux sollicitations du lieu. A chaque chant d’oiseau il pourra tourner à droite; à la première motocyclette il faudra par exemple monter une pente, à la seconde redescendre. Les inscriptions joueront un rôle décisif suivant le nombre de leurs mots, de leurs lettres s’il n’en est qu’un, le fait qu’ils commencent par une voyelle ou une consonne. Alors il ramassera un caillou, cueillera une fleur, prélèvera une branche, prendra une photo ou un croquis, écrira un mot sur un carnet, sur sa main ou sur une pierre, ou toute une phrase, toute une page, disposera les signes d’une piste qu’il retrouvera peut-être le lendemain, ou huit jours, ou un an plus tard. Sur le territoire qu’il explore ainsi par un entrelacs de chemins toujours inattendus, il dépose pour lui-même toutes sortes de marques disant : rentre chez toi, ou bien; ne rentre pas chez toi ce soir, mange le plus tôt ou le plus tard possible, ramène la récolte et range-la, ou bien inscris son catalogue sur ton carnet et disperse-la, ou abandonne-la ici près d’autres laissées autrefois, sans rien inscrire, ou bien inscris ce qui reste de ce trésor d’antan, dessine-le, photographie-le, peins-le, ou rentre chez toi pour le décrire, le peindre, le photographier ou le dessiner, ou l’horizon encore, ou les nuages, ou les rencontres, ou les mots, les images, les souvenirs ou tout ce qui vient à l’idée.

Ainsi le pays devient peu à peu livre à innombrables pages qui se feuillettent elles-mêmes en pages innombrables, et l’itinérant lui-même phrase qui se faufile entre les lignes et les signes, parfum qui répond aux couleurs qui répondent aux sons qui répondent aux parfums dans un livre-atelier qui a les dimensions non seulement d’un royaume d’autrefois, mais du voyage futur.

Michel BUTOR

Les mots-monde de Michel Butor [ATLAS]

ATLAS (M. Butor) « Un atlas, c’est un livre qui est pour moi magique. C’est-à-dire que j’ouvre l’atlas et je me promène là-dedans. J’aime beaucoup les atlas modernes mais j’aime aussi beaucoup les atlas anciens. J’aime me promener dans la géographie du XIXè siècle ou du XXè siècle. Je n’ai pas beaucoup d’atlas, mais j’en ai quelques-uns ici et je les feuillette souvent. J’ai très souvent besoin d’identifier la place d’un lieu. En regardant où était l’endroit, je vais me promener un peu ailleurs. »

Du paysage (2)

Le paysage est l’homme ; « le paysage n’est pas fait pour être regardé, mais insertion de l’homme dans le monde » ; « Naturellement. C’est très important. Ca aide à s’en souvenir et aussi beaucoup à regarder sur le moment même. La photographie est quelque chose qui se passe en un temps très bref. On vise à travers l’appareil et on cherche. Puis il y a un moment où ça y est, c’est ça ! » dit Michel BUTOR ; « Naturellement, c’est trop bref pour qu’il y ait un discours conscient, c’est impossible. Mais il y a un énorme travail qui se fait là-dedans, et qui se voit très bien dans les photographies ensuite. « C’est fou ce que ce photographe a vu en cet instant » » poursuit-il. La photographie est le paysage par excellence, il y a un point de vue, un sens de vue, un cadrage. Mais la photographie n’est pas le paysage ; le paysage est les cinq sens en action, l’odeur du purin, le léger vent d’ouest, les oiseaux printaniers qui gazouillent, le chewing-gum à la menthe du moment, la chanson de William Sheller qui trotte dans la tête.

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