DE LA CULTURE LITTÉRAIRE

DES GÉOGRAPHES

OU
L’USAGE DE LA CITATION LITTÉRAIRE
DANS LE DICTIONNAIRE
LES MOTS DE LA GÉOGRAPHIE

(Nathanaël Gobenceaux – 2006)

Brunet R., Ferras R., Théry H., BRUNET Roger (dir.), 1993, Les mots de la géographie, Paris, Reclus et la documentation française

Introduction

Si les géographes n’ont pas toujours été à l’aise avec l’utilisation de la littérature comme objet géographique, on peut néanmoins dire qu’ils ont le plus souvent su en faire un usage minimal notamment à travers l’utilisation de l’exergue et de la citation. Il faut cependant préciser qu’il ne semble pas que l’usage de la citation fasse partie du bagage du géographe classique. En effet, ni Elisée Reclus, ni Paul Vidal de la Blache, ni les autres auteurs géographiques du tournant du XXè siècle ne font un usage visible de cet outil. Sans avoir fait de recherches exhaustives sur cette question, on peut relever qu’on trouve des citations dans les ouvrages des années 50, on pense ici à l’ouvrage de Jean-François Gravier où l’on trouve une citation en exergue à chaque chapitre, dont notamment une de Jean Cocteau. Dans la géographie contemporaine, l’usage de l’exergue semble être devenu un exercice relativement courant. Si tous les géographes ne le pratiquent pas, on peut toutefois en trouver fréquemment en tête d’ouvrage ou en tête de chapitre. On retrouve par exemple cela dans des livres contemporains comme La face de la Terre des Pinchemel, L’espace, une vue de l’esprit de Hervé Régnault, mais aussi chez Charles Pierre Péguy, Augustin Berque ou encore de façon cette fois-ci plus systématique, dans un certain nombre d’ouvrages de Jacques Lévy, pour ne citer que ces exemples, l’utilisent volontiers. Mais cela se limite souvent à un exergue placé en début de chapitre ou d’ouvrage. L’usage de la citation littéraire dans le corps du texte semble quant à lui, si ce n’est un peu exceptionnel, du moins relativement rare. Il paraît parfois se limiter aux auteurs travaillant sur la littérature (ce qui est pour eux un cas de force majeure). A ce que j’ai donc pu voir lors d’une approche certes un peu rapide mais que je pense quand même représentative de l’approche textuelle en géographie, la Géographie Universelle et le dictionnaire Les mots de la géographie, tous deux dirigés par Roger Brunet, semblent être des cas un peu à part dans l’usage du texte littéraire par les géographes. Et plus encore dans le second ouvrage où les citations fourmillent véritablement.
C’est ce dernier livre que nous allons aborder dans cet exposé, tout d’abord en faisant le point sur la relation des géographes au texte à travers la citation et l’exergue, puis en abordant dans un second temps une approche en partie quantitative et en voyant pour certains mots proprement géographiques quel est l’usage fait du texte littéraire.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de préciser ce que j’entends par « textes littéraires cités ». En effet, je ne me suis pas arrêté sur toutes les citations et exergues. J’ai choisi de ne retenir que celles provenant de textes dits soit d’écrivains contemporains, soit d’auteurs classiques dont on peut reconnaître le caractère littéraire de l’écriture. Je pense par exemple ici à des auteurs comme Rousseau, Montesquieu ou Diderot qui, s’ils ont pu écrire des romans, ont aussi écrit des essais. J’ai pris en compte ce type de livres (L’esprit des lois… ) ainsi que par exemple les citations tirées de L’homme et la Terre d’Elisée Reclus. Par contre, je n’ai pas pris en compte les citations de scientifiques contemporains.

Partie I – La relation des géographes au texte : la citation, l’exergue

À première vue, il ne semble pas évident de trouver des rapports entre la géographie et la littérature. Pourtant, et bien que peu explorée, cette relation existe et mériterait qu’on lui accorde plus d’attention. En effet, et comme le dit Jean Bastié en présentation du volume Géographie et littérature de Michel Chevalier, « ce sujet pose un vrai problème de fond : un écrivain, par la description d’un paysage ou l’évocation d’une scène, peut-il contribuer à la connaissance et à la compréhension géographique du Monde comme d’ailleurs un peintre par ses tableaux ? »
On doit donc « rechercher dans la littérature une source documentaire utilisable par notre discipline » poursuit Michel Chevalier, et ce malgré les fréquentes réticences (ou négligences) émises par les géographes.
Dans le cadre de ce travail, deux types d’utilisations du texte littéraire vont nous intéresser : la citation et l’exergue. Commençons par donner une définition de ces mots à travers celles proposées par le dictionnaire Larousse.Les citations sont  les paroles ou passages empruntés à un auteur ou à quelqu’un qui fait autorité. L’exergue, quant à elle, est une phrase mise en évidence, à qui on accorde une importance particulière afin de faciliter l’explication de ce qui suit.

Le dictionnaire des mots de la géographie donne lui aussi son avis sur la question dans sa présentation. S’il utilise l’exergue en tout début d’ouvrage (deux phrases encadrent la présentation du livre), c’est néanmoins sur la citation que l’auteur de la présentation  se justifie : « les citations [mentionnées dans les articles] viennent bien plus de la littérature générale que de géographes eux-mêmes : cela seul permet, en effet, de situer un langage. Ce n’est pas en s’enfermant dans le vocabulaire spécialisé et les textes de ceux qui le manient qu’on le comprend le mieux […] » (p.7).  Il s’explique là en précisant que ce recours à la citation évite au géographe de « tourner en rond » autour de son vocabulaire et que ces citations vont contribuer à une meilleure compréhension des propos. Puis il poursuit quelques pages plus loin « les citations retenues dans les articles sont le fruit aléatoire de lectures personnelles des auteurs et non d’une recherche dans les classiques dictionnaires de citations » (p.12).
Eu égard à cela, on peut émettre l’hypothèse que les citations proposées ici vont finalement refléter en quelque sorte la culture des géographes qui font la géographie contemporaine. On peut dire que ce qui est sous-entendu dans ces deux citations est que, comme l’évoque Jean-Louis Tissier dans l’Encyclopédie de géographie , « la littérature est utilisée comme support pédagogique ». Valery Larbaud va plus loin même que l’horizon pédagogique en soumettant que les citations élargissent l’horizon intellectuel : « le fait même que cela, ce vers, cette phrase entre guillemets vient d’ailleurs, élargit l’horizon intellectuel que je trace autour du lecteur. C’est un appel ou un rappel, une communication établie […]. »  (cité dans le même article de J.L. Tissier). On peut relever la double dimension de la communication dont parle ici Larbaud. La première est la communication entre l’auteur et le lecteur, la seconde est la communication entre le texte et la citation normalement inhérente à ce procédé ; en effet, une citation doit toujours avoir si ce n’est une fonction illustrative du texte, du moins un rapport étroit avec ce texte qu’elle est censée venir enrichir. On peut dire la même chose de cette double communication à propos de l’exergue. Enfin, comme l’évoque encore J. L. Tissier, « citer en exergue, c’est pratiquer le jeu de la distinction et celui de la relation ». En effet un exergue se distinguera du reste du texte par sa mise en page particulière. Cependant, pour revenir à ce que disait Larbaud, les guillemets distinguent, certes d’une façon moins visible, mais distinguent quand même la citation du reste du texte.  Comme l’écrit toujours J. L. Tissier (à propos de la géographie universelle), « l’exposé de la connaissance croise ainsi, en de multiples occasions, de courts énoncés extraits de la littérature universelle ». C’est le cas aussi dans le dictionnaire Les mots de la géographie.
Avant de nous pencher effectivement sur ces courts énoncés, on peut encore faire parler J. L. Tissier qui dit que « l’exergue dessine, autant qu’un horizon intellectuel, une ambition culturelle ». C’est cette ambition culturelle que nous allons essayer de faire émerger dans la seconde partie de cet exposé en nous penchant sur le cas du dictionnaire Les mots de la géographie.

Partie II- Une approche des références littéraires dans Les mots de la géographie

a. La présentation du dictionnaire ou la mise en exergue

Tout d’abord, on se doit de revenir sur la longue présentation que l’on trouve dans cet ouvrage. Non seulement cette présentation revient sur le cas de la citation qui est présente tout au long du dictionnaire, mais elle offre aussi des cas de mise en exergue très intéressants.
La première citation mise en exergue arrive dès avant la présentation. Ce sont les premiers mots du livre : « Donner un sens plus pur aux mots de la tribu » (Mallarmé). Cette phrase soulève ce qui est l’objectif de tout dictionnaire. Elle semble même avoir été écrit pour être mis en exergue de tous les dictionnaires. En effet, on peut ici noter deux éléments. Le premier est « donner un sens plus pur aux mots », c’est là l’objectif d’un dictionnaire. Puis Mallarmé parle de « tribu », tout langage parlé ou écrit est basé sur des mots et sur le sens qu’on leur donne. Il permet alors à une communauté, une « tribu » de communiquer. Tout cela est bien évidemment ce que souhaite R. Brunet, la tribu étant ici celle de la communauté des géographes.
La deuxième citation mise en exergue se trouve en fin de présentation. C’est la citation de l’humoriste contemporain Guy Bedos (que l’on considérera ici comme une citation littéraire) : « En tout cas dans cette affaire, on aura fait des progrès en géographie ». Cette phrase annonce non plus l’objectif, comme la précédente, mais le résultat de l’entreprise de ce dictionnaire. On peut d’ailleurs noter qu’elle est reprise dans une des notices du dictionnaire.
Enfin, la troisième citation mise en exergue se trouve en amont de la lettre A (et donc de tout le dictionnaire !). C’est la seule lettre à avoir son exergue. Après avoir eu une citation littéraire classique (Mallarmé) et celle d’un humoriste contemporain, on peut remarquer que celle-là est tirée d’une bande dessinée de la série Philémon par Fred. Comme pour les deux précédentes, on peut remarquer la pertinence du choix de ce « court énoncé » pour introduire un dictionnaire de géographie parce qu’elle fait la liaison entre la lettre A et la géographie justement. Voici donc cette citation sur le thème de la carte :
« Ici se trouve l’Amérique, là l’Europe et entre ces deux continents, l’océan Atlantique. Eh bien nous sommes ici sur le A.
– Vous voulez dire que cette île a la forme d’un A ?
– Elle n’a pas la forme d’un A, c’est le A.
– Mais voyons, euh, ces lettre n’existent pas… elles ne figurent sur la carte que pour…
– justement ! »
(Fred, Philémon et les naufragés du « A »).

Ces trois citations provenant d’univers tout à fait différents préfigurent en partie la volonté d’ouverture des références littéraires envisagées par l’ouvrage, celui-ci ne se contentant pas comme le firent longtemps les manuels scolaires de citations prises dans les « classiques ».

b. La citation incluse dans le texte : récurrences et diversité des sources

Afin d’avoir une idée de ce que sont les sources, « fruits aléatoires des lectures » , sans faire une approche quantitative rigoureuse, j’ai relevé les références littéraires paraissant dans les notices des mots correspondant à la lettre A. Comme Philémon, nous allons donc être sur le A. Toutefois un survol de l’ensemble du dictionnaire me laisse penser que les références que l’on va voir ici reflètent assez bien celles de l’ouvrage entier.

voici  une énumération dans l’ordre d’apparition des auteurs de références littéraires utilisées (entre parenthèse apparaît le nombre de fois où l’auteur a été mentionné) :
Baudelaire (2), Voltaire (5), V. Hugo (12), M. Scève, G. Perec (4), Prévert, Gide (2), E. Reclus (3), Calvino (4), Rabelais (2), Ronsard (2), Ch. Cros (2), J. Attali, G. Brassens, J. Du Bellay, A. de Lamartine, Stendhal (3), A. De Vigny, Segalen, Echenoz (3), De Heredia, Gogol (3), Pouchkine (2), Vercors, Montaigne (3), Montesquieu (5), Diderot (2), Laforgue (3), Gœthe, J. L. Borges, U. Eco, H. Michaux (2), Stevenson, W. Whitman (2), P. Morand, G. Bachelard, J. Gracq (2), G. Flaubert, Racine, R. Queneau, La Fontaine (2), De Custine, Lewis Carroll (2), Cervantès, Shakespeare (2), Pouchkine, la Bible, Dante, Rimbaud, Erasme, Ch. de Troyes, H. Heine, J. Richepin, P. Verlaine, Darwin, A. Jarry, Petrone, De Nerval, R. Desnos…

De cette liste on peut commencer par faire quelques observations. La première serait que les auteurs classiques sont très largement représentés (Baudelaire, Rabelais, Stendhal, Gogol, Erasme, Shakespeare, Cervantès…) même si les auteurs plus récents sont bien présents aussi (Gracq, Perec, Eco, Echenoz…). La deuxième remarque que l’on peut faire est qu’on retrouve une bonne part d’auteurs étrangers (ici on en relève 17 sur 60, soit presque un tiers). Ensuite on peut relever que qu’on retrouve à la fois des romanciers, des poètes, des essayistes, mais aussi des récits de voyages (Stevenson, Voyage avec un âne à travers les Cévennes) et même un chanteur (Brassens). Enfin, on peut dire aussi un mot sur l’occurrence des écrivains, il semble que ce soit Victor Hugo qui ait un avantage certain (il apparaît 12 fois) devant Voltaire, Montesquieu, Perec et Calvino. On peut noter que ces deux derniers sont souvent très appréciés des géographes grâce notamment à leurs livres respectifs Espèces d’espaces et Les villes invisibles. On peut repérer d’autres ouvrages fréquemment cités comme La légende des siècles de V. Hugo, L’homme et la Terre de E. Reclus, ou encore L’esprit des lois de Montesquieu.
Dans un de ses autres ouvrages, en l’occurrence Champs et contrechamps, R. Brunet évoque deux écrivains contemporains qu’il aime citer, à savoir J. Echenoz et E. Orsenna, qu’il considère comme les plus géographes des romanciers.

c. Les mots des géographes et les citations qui les accompagnent

Il existe un certain nombre de mots dont on peut dire qu’ils appartiennent aux géographes. Si ces derniers n’en n’ont pas l’exclusivité, on peut néanmoins dire qu’ils sont incontournables pour la science géographique. Certains sont des mots que se sont appropriés les géographes, d’autres sont quasiment seulement à l’usage des « initiés ». Ce dictionnaire fait un large tour d’horizon des mots intéressants ou susceptibles d’intéresser les géographes. Certains sont tout à fait classiques comme espace, lieu, échelle, paysage…, d’autres peuvent paraître plus incongrus dans le contexte proposé ici (huron, paysage d’âme…). Nous allons ici nous attacher à voir quel est l’usage fait des citations littéraires à l’intérieur des notices des mots, d’évoquer des différences d’utilisation entre les mots classiques de la géographie et les autres.

On peut d’abord noter que malgré le très grand nombre de citations, toutes les définitions proposées ici n’en possèdent pas. Nous allons commencer avec trois mots à forte connotation géographique qui justement n’ont pas de citation dans leurs notices, il s’agit d’aménagement, de géologie et d’industrie. A l’inverse, un mot comme huron va entraîner beaucoup de citations, certes assez faciles à trouver chez Voltaire ou Rousseau. On pourrait penser que les mots à proprement parler géographiques se prêteraient moins à une mise en relation avec des textes littéraires, mais ce n’est pas le cas. On peut citer ici le mot géomorphologie pour lequel on trouve deux citations, une de V. Segalen : « Mais sur les coupes de tes croupes, par les rimes de tes cimes, / les créneaux /Béant en tes rejets synclinaux, / Et par les laisses de tes chaînes, par les cadences d’avalanches »  (Thibet), et une de Saint-John Perse : « La terre mouvante dans son âge et son très haut langage – plissements en cours et charriages, déportements en Ouest et dévoiements sans fin, et sur ses nappes étagées comme barres d’estuaires et déferlements de mer, l’incessante avancée de sa lèvre d’argile » (Chronique). On retrouve dans ces textes des mots comme coupes, synclinaux, comme plissements venant en effet illustrer justement le terme et témoignant d’une culture géomorphologique au moins minimale des auteurs.
On peut continuer en voyant les grands mots de l’écriture géographique. Le cas de région est intéressant car il découpe en quelque sorte en deux sa définition, une partie possédant des citations (la région comme « quelque part » : « Croire que l’on va dans l’âpre et haute région[…] / c’est le plus effrayant précipice du rêve » (V.Hugo, La légende des siècles) ou « L’aube […] tirant le jour des régions infimes » (M. Scècve, Délie) puis dès que l’on aborde les explications plus géographiques du terme, les citations disparaissent. On peut ensuite deviner que d’autres mots essentiels vont avoir plus de fortune littéraire.
C’est en effet ce qui se passe pour espace, on y retrouve des fragments de textes de Madame de Staël, de Schiller, Bachelard, Perec (forcément !) Mallarmé, Tchouang-Tseu, Gœthe, Hugo, Ronsard… Les citations présentées pour ce mot évoquent principalement l’espace comme place, comme étendue à dominer ou pas : « On s’est battu pour de minuscules morceaux d’espace » (Perec, Espèce d’espace), « l’espace comme un grand baiser / Qui fou de naître pour personne / Ne peut jaillir ni s’apaiser » (Mallarmé, Eventail). Il est aussi inévitablement associé au temps : « Espace et temps ne sont que forme d’intuition, car avec toi , aimée, ce coin semble infini » (Gœthe, Les quatres saisons). Mais un peu comme pour la région, dès que l’on aborde l’espace terrestre, l’espace géographique, les citations se font beaucoup plus rares.
Pour le lieu, on retrouve finalement peu de citations au vu de la longueur de la notice. On relève des extraits tirés de V. Hugo, Corneille, Montaigne (« c’est n’estre en aucun lieu que d’estre partout », Essais), Stendhal (« jadis des lieux charmants m’ont incité à prendre la plume », La Chartreuse de Parme)…, On retiendra aussi La Fontaine :  « On tient toujours du lieu d’où on vient » qui évoque la chôra chère à A. Berque.
La notions d’échelle est quant à elle aussi relativement bien illustrée par notamment les textes de R. Daumal tiré du Mont Analogue ou de J. Gracq tiré du Rivage des Syrtes mais aussi de La Fontaine ou Victor Hugo qui évoque A. Moles et les coquilles (les différents niveaux de référence) de l’espace à travers différents niveaux : « L’œuf, le nid, la maison, la patrie, l’univers » (Notre Dame de Paris).
Enfin, et pour terminer avec cette approche des notices dites géographiques, on ne peut pas ne pas étudier ce qui est pour le mot géographie. C’est une très longue notice de plus de quatre pages. On retrouve de façon non exhaustive des citations d’un certain nombre d’auteurs, G. Perec, Erasme, Rabelais, Isabel Allende, A. Begag (le ministre-écrivain ?), Borges, De Maistre… On citera plus particulièrement Jules Verne  qui nous donne un des traits de caractère (encore valable aujourd’hui) du géographe : « tout est curieux à l’œil du géographe » (Les enfants du capitaine Grant), Paul Eluard qui dans son livre Les yeux fertiles (là encore un des attributs du géographe me semble-t-il) dit : « les géographies solennelles des limites humaines », ce qui est commenté par les auteurs du dictionnaire comme étant le décors du terrain de nos jeux. Et enfin le scepticisme de Bernardin de Saint-Pierre envers la géographie : « Il voulut […] s’instruire dans la géographie pour se faire une idée du pays où elle débarquait […] mais il ne trouva pas de goût dans l’étude de la géographie, qui, au lieu de nous décrire la nature de chaque pays, ne nous en présentait que les divisions politiques ». Il semble que cela soit un véritable reproche de l’auteur envers la géographie qui écrit cela à la fin du XVIIIè siècle. Il faut dire aussi que cet écrivain était de tendance plutôt naturaliste.

Conclusion

Pour conclure, on peut reprendre tout d’abord les auteurs cités dans la notice géographie car ils illustrent bien les tendances relevées dans ce dictionnaire et certaines caractéristiques  qui peuvent illustrer les relations qu’entretiennent les géographes avec la littérature.
Premièrement, on peut noter qu’on trouve inévitablement G. Perec dont le livre Espèces d’espaces, véritable livre littérature à connotation géographique est peut-être une des premières entrées des géographes dans la littérature. Cet auteur se rapproche aussi par certains points, de la littérature, comme Eluard, Prévert ou Queneau, cités eux aussi dans ce dictionnaire et dont on peut considérer qu’ils ont une approche en partie géographique. On peut leur adjoindre aussi J. L. Borges qui avec ses textes sur l’échelle 1:1 et ses poèmes est aussi directement imprégné de géographie. Je rajouterais ici I. Calvino, dont le livre Les villes invisibles est aussi un outil très intéressant pour le géographe (C. Hancock le cite d’ailleurs en exergue de chaque chapitre dans la publication de sa thèse).
On trouve aussi une seconde tendance, celle des auteurs classiques comme Erasme, De Maistre, Rabelais, Ronsard, Shakespeare ou Cervantès. S’ils semblent moins directement liés à la géographie, on peut toutefois dire qu’ils ont été des observateurs attentifs et pertinents de leurs temps respectifs. En cela ils intéressent le géographe contemporain. Ce sont eux qui sont le plus cité ici.
On Pourrait aussi citer les auteurs-voyageurs tels Stendhal qui a parcouru  l’Europe, H. Michaux qui s’est rendu en Amérique Latine et en Asie ou encore Segalen, lui aussi très apprécié ici.
Pour finir, on peut citer une dernière fois J. L. Tissier : « Ce dispositif savant de stratégie textuelle [l’exergue] constitue une arme nouvelle, sa prolifération risquerait de lui faire perdre son efficacité, qui est dans l’appel d’attention ». En transposant cela à la citation, c’est en effet une question qu’on peut ce poser à propos de ce dictionnaire.
Ce travail reste somme toute une évocation rapide de l’usage qui peut-être fait du texte littéraire par les géographes, il tend néanmoins à montrer que ce travail mériterait d’être approfondi.

Notes

1 Cette présentation n’est pas signée, mais on peut justement soupçonner que R. Brunet y a grandement participé.
2 c’est dans le chapitre 13, Géographie et littérature que l’on retrouve l’un des principaux avis de géographes sur les questions des citations et des exergues
3 Citation extraite de la présentation des Mots de la Géographie

Bibliographie

Brunet R., Ferras R., Théry H., BRUNET Roger (sous la direction de), 1993, les mots de la géographie, Paris, Reclus et la documentation française
Brunet R., 1997, Champs et contre champs, Paris, Belin
Chevalier M., 2001, Géographie et littérature, Paris, Société de géographie.
Hancock C., 2003, Paris et Londres au X siècle, Paris, CNRS Editions
Tissier J. L., 1992, Géographie et littérature in Bailly A., Ferras R. et Pumain D. (dir), Encyclopédie de géographie, Paris, Economica, pp 217-239.

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