Je m’intéresse de près au football. Un peu à la littérature aussi. (L’autre remplaçant progressivement l’un). Du coup je me fait offrir le livre de Jean-Philippe Toussaint Football. J’y trouve 2 extraits -l’un sur le lieu d’écriture, l’autre sur le génie du lieu) qui ont leur place sur ce site. Sans football, néanmoins ces extraits.

Mais non, c’est à la littérature, et uniquement à la littérature, que j’avais l’intention de me consacrer cet été. J’ai toujours été à la recherche d’un lieu clos, coupé du monde, chaud, rassurant, un lieu rêvé qui a pu prendre l’image d’une salle de bain dans mon premier livre, mais qui ne pouvait plus être maintenant que la littérature elle-même. c’est dans la littérature que j’avais l’intention de me retirer cet été, et de m’y résumer, de me confondre.

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La vue, en face de moi, est immuable dans la grande pièce de la maison de Barcaggio, les deux fauteuils bleu turquoise et le petit jardin, dans l’axe de mon regard, qu’on aperçoit à travers la fenêtre. C’est ici que j’écris, quand je suis en Corse, dans cette pièce qui était autrefois la salle de classe de l’école communale (la maison était l’ancienne école du village), et j’ai le sentiment que l’atmosphère est encore imprégnée de certaines images de mes livres, comme si la pièce avait gardé la mémoire secrète des heures de travail passées ici. Sans être superstitieux, je crois que les lieux peuvent dégager des ondes bénéfiques, que certains lieux sont plus propices que d’autres à l’amour ou à la création artistique, en raison d’un passé aboli qui continue de les habiter, comme si des traces immatérielles de leur histoire flottait encore dans l’atmosphère. Aux ondes invisibles qui proviennent ainsi de jeune écoliers Corses qui étudiaient dans cette pièce à la fin des années 50, s’ajoute donc ici, depuis que j’y écris moi-même, des vestiges impalpable des images de mes livres. Je lève les yeux de mon ordinateur, et déjà, doucement, dans la pièce, je vois la place Saint-Sulpice apparaître lentement, qui se lève dans mon esprit comme un décor de théâtre venu du passé qui se met à investir la pièce de sa présence muette point.