Il y a quelques mois-1an, Virginie Gautier m’a invité dans le cadre de sa résidence à Grand Lieu (44). J’ai, à cette occasion, composé un texte sur la dimension géographique de ses différents livres. Nous nous sommes promené sous la pluie, avons vu le lieu, avons discuté, regardé des dessins. J’ai essayé de copier ses dessins, ses lignes du monde, lignes-forces du paysage ; je n’y suis pas arrivé de façon satisfaisante (on a toujours tendance à en faire trop, des lignes). Et puis, fin 2015, le livre arrive, hâte de lire ce qu’elle a retenu de ce paysage, content d’y retrouver les dessins (et un protagoniste peintre Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir) aussi. Livre touffu, un peu comme une végétation luxuriante. Et la géographie : vues aériennes / espace vécu – espace sensible / discontinuités / île / regarder – dessiner / centre-périphérie (sous l’angle du bruit décroissant).

Un jour de plus achevé, basculé si facilement. Jour maigre sur un fil fragile et la longue nuit qui s’installe. Territoires d’enfance où l’ombre peut faire basculer l’arbre entier en figure dramatique. Les petits ont fui parce qu’ils auront vu ou imaginé quelques choses effrayantes, cousu sur le bord extrême l’inaperçu du monde.

Vu du dessus ce sont des terres cultivées, des villages qui se resserrent puis s’amenuisent autour d’une tache aux tracés imprécis. Frottements des marges, des bordures. Jeu des franges mouvantes. Un grand vide au milieu. Respiration possible exprimée en saisons. Le lac gonfle à l’automne, se creuse, s’amplifie. Prend une grande inspiration.

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Le lac, c’est le contraire d’une île, une contre-île. Un vide entouré d’un plein. Le surgissement d’un vide au milieu du paysage. Espace en négatif, infini dans un monde fini. Il échappe toujours aux uns et aux autres.

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Fixer un point pour tomber doucement dans le paysage. Comme l’eau, faire couler la pensée hors du regard avant de dessiner. D’enregistrer sur des dizaines de dessins les attitudes passagères, toujours changeantes, du paysage. Le peintre court avec ses doigts après la vitesse du regard. Vitesse à laquelle les toutes petites choses vivent et meurent, s’ouvrent et se déploient.

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Ses perceptions se resserrent et s’écartent, s’approchent et se séparent. Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir, l’amener à la conscience de cette profusion. Mais rien dans l’infinité des formes, des lumières, des couleurs, ne peut se dénombrer, ni même se contenir. Rien n’est réductible à ce qu’il exprime. Rien, se dit-il, qui n’ait été en même temps mille fois tenté.

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Il y a toujours une périphérie, cette dégradation lente de la lumière, des bruits, dans une moindre mesure. Cet écartement en cercles concentriques, vers les arbres, le fond du terrain, la nuit complète.

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Virginie GAUTIER, Ni enfant, ni rossignol