Voyages & affaires

 

Tout au long de sa vie, Balzac n’est pas à court d’idées pour (essayer de) gagner de l’argent (retenons le mémorable projet de plantation d’ananas à … Sèvres). Pratiquement jamais, cependant, ces idées ne lui feront gagner de l’argent.

Deux idées notables sont liées à ses voyages.

Une mine d’argent en Sardaigne

Balzac peut se déplacer avec l’intention de faire des affaires ou de régler celles des autres. Régler celle des Guibodini-Visconti (l’amante) par exemple l’emmène en Italie plusieurs fois.

L’un de ces voyages (celui de 1838) a aussi pour but d’acheter une mine d’argent en Sardaigne. L’idée est peut-être bonne, mais Balzac se fait doubler.

 

Le voyage :

départ le 15 mars – 6 juin : Marseille, Toulon (le 21), Ajaccio (23 mars – 4 (?) avril), Sardaigne, Gênes (21 avril), Turin, Milan, rentre par le Mont-Cenis.

Le voyage n’est pas complètement perdu puisque, de passage par la Corse, il a visité la maison de l’admiré Napoléon, à Ajaccio. Il y fait quelques corrections sur le grand homme.

J’ai beaucoup souffert, surtout sur mer, mais me voici dans la ville natale des Napoléons. […] Je suis allé voir la maison de Napoléon, et c’est une pauvre baraque. D’ailleurs j’y ai rectifié plusieurs erreurs.

lettre à Mme Hanska, Ajaccio, 26 mars 1838

Des traverses de chemins de fer en Ukraine

En voyage, nouveaux pays & paysages, les idées foisonnent. Lors de son premier trajet vers Ukraine (en 1847), il observe d’immenses forêts. Arrivé, il suggère une affaire à son beau-frère. Explication confuse mais argumentée.

Ma chère soeur

[…] en ce moment, la France où il se fait une immense consommation de bois de chêne pour les traverses des chemins de fer, manque presque de bois de chêne, […]. Cela posé, ces messieurs qui ont 20 000 arpents de bois de chêne de haute futaie peuvent vendre 60 000 pieds de chêne de 10 mètres de hauteur qui auraient en moyenne 15 pouces de diamètre à la base et 10 pouces à l’endroit où l’on coupe la poutre par le petit bout. Il faudrait calculer le prix que l’on pourrait donner de chaque pièce au propriétaire en calculant : 1° le transport de Brody à Cracovie (80 lieues) et 2° le fret des chemins de fer de Cracovie à Paris, y compris le passage du Rhin à Cologne et de l’Elbe à Magdebourg, car sur ces 2 fleuves les ponts-viaducs n’étant pas faits à Cologne et se faisant à Magdebourg exigent 2 transbordements. […] si l’acquisition première est de 10 f. par exemple et que les frais soient de 20 f. pour le transport (je pose des chiffres pour expliquer mon raisonnement) que la poutre revienne à 30 f., la question est de savoir ce que valent à Paris 60 000 pièces de bois de chêne de 30 pieds de longueur […] Dis à ton mari qu’il aura à l’administration du chemin de fer du Nord tous les renseignements possibles, sur le fret des 4 chemins de fer, qui sont au bout les uns des autres et qui vont de Paris à Cracovie […]. Il faut me répondre cathégoriquement [sic] sur cette affaire qui si elle pouvait n[ous] donner seulement 5 fr. de bénéfice par poutre et 2 fr. par traverse, tous frais faits, serait une fortune de 420 000 fr. Cela vaut la peine d’y penser, car cela serait les dots de tes filles. 

lettre à Laure Surville, Wierzchownia, 8bre [1847]

Exploiter les forêts pour faire des traverses de chemins de fer, l’idée n’est pas mauvaise dans cette Europe où ce moyen de transport encore nouveau se développe.

Nos neveux ne sauront jamais à quels ennuis les tronçons de chemins de fer auront exposé leurs pères, eux qui trouverons une Europe toute ferrée et arrangée comme un piano ; car en se mettant au bout d’une touche, le chemin de fer lancera, comme le musicien lance une note, au but du voyage.

(Lettre sur Kiew)