Différentes choses amènent Balzac à se mettre en mouvement physique pour aller ailleurs, pour sortir de ses textes et de Paris.

Premiers voyages

L’un de ses premiers voyages est celui de Vendôme, en 1807. Il y est envoyé en pension dans un collège aux conditions drastiques.

à 6 ans 1/2, j’ai été envoyé à Vendôme, j’y suis resté jusqu’à 14 ans, en 1813, n’ayant vu que 2 fois ma mère.

Il se sent abandonné par sa mère, donc (et a gardé suite à cela des relations houleuses avec elle). Cet épisode de sa vie est à la base à son roman Louis Lambert (l’histoire d’un jeune homme aux aspirations philosophiques et malheureux au collège de Vendôme…). Enfermé dans ce collège, le protagoniste voyage plus en imagination qu’en réalité :

 « Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot ? »

Louis Lambert

 

Les voyages suivants seront pour aller à Bayeux, chez sa sœur Laure et à Fougères pour se documenter en vue de la rédaction des Chouans, le roman qui le lance en littérature.

La chose la plus anecdotique

Il y a la distraction

En ce moment, un voyage de deux mois en Belgique, je ne sais où, rafraîchirait ma cervelle embrasée, fatiguée, me rendrait des forces au ] retour, et je n’ai ni l’argent ni le temps nécessaires pour ] l’accomplir. Voilà cinq ans que je n’ai voyagé, et le voyage est ma seule distraction.

lettre à Théodore Dablin, 1830

Lorsqu’il est déplacé, voyagé, il arrive à Balzac de prendre le temps de jouer. Mettons Saché en Touraine, chez ses amis les Margonne, il s’annonce en joueur

Je me fais une fête de ces 2 jours de congé à Saché, je compte vous dépouiller de 1fr.50 au tric-trac de 100 fiches au wisth (sic).

lettre à Jean de Margonne, Passy, 9 juin 1847.

Mais cette destination est avant tout studieuse (il y travaille au Père Goriot, Illusion Perdues, César Birotteau…). Notons par ailleurs que Balzac n’est pas un grand joueur et que ses célèbres dettes sont des dettes d’affaires (il avait les lubies, nous le verrons, mais pas le talent pour ces choses là).

 

La chose la plus laborieuse

 

Il y a la recherche du calme et de l’éloignement de Paris, de ses sollicitations et des créanciers.

Fais répondre à tous ceux qui viendront te demander de l’argent que je suis en voyage et que je serai de retour au 15 août.

Lettre à Mme Balzac, Saché, 6 juillet 1832

Écrire dans une petite chambre situé au cœur d’un débris de château dans le creux d’un vallon solitaire qu’il quitte à regret, voilà une autre bonne raison de retrouver sa Touraine natale, ou de se rendre chez des amies/amantes à Angoulême (La Poudrerie) ou à Issoudun chez Zulma Carraud, à La Bouleaunnière, près de Nemours chez Laure de Berny.

« Votre lettre est venue me trouver en Touraine, où j’ai été me réfugier pour achever trois ouvrages que je dois donner avant de pouvoir voyager ; je ne suis qu’à une soixantaine de lieux de vous… n’est-ce pas tentant ?… N’étaient les travaux commencés et dont témoignera la goutte de café tombée sur cette page, je serais déjà à la Poudrerie. »

lettre à Zulma Carraud – Saché, 2 juillet 1832

Il ne s’empêchait pas, lors de ses déplacements, de travailler hors de ces « bureaux » plus ou moins officiels. Comme ses personnages sont souvent la combinaison de plusieurs personnes, ses manuscrits sont la combinaison de plusieurs lieux d’écriture. D’autant que par ses épreuves corrigées parfois multiples et par ses reprises (à même les ouvrages) nombreuses et espacées dans le temps, peu de textes finis ont été écrits, composés, corrigés au même endroit. Un extrait de lettre à Madame Hanska évoque cela. Balzac doit faire face à des personnes qui se reconnaissent dans des personnages du Lys dans la vallée.

Ne dit-on pas que j’ai peint madame Visconti ? Voilà à quels jugements nous sommes exposés. Vous savez que j’avais les épreuves à Vienne, et ce portrait a été écrit à Sache, corrigé à la Bouleaunière, avant que j’eusse vu madame de Visconti.

Lettre à Madame Hanska, 1er octobre 1836

Balzac fuit les créanciers et les mondanités lorsqu’il vient en province. Ce calme est aussi l’éloignement des révolutions. En 1830 comme en 1848, alors que Paris s’agite et le déconcentre, Balzac séjourne à Saché. Il résume tout ce qui l’empêche d’écrire (seuls les créanciers ne sont pas évoqué) dans une lettre : rue / politique / spectacles / amis.

Je pars pour Saché, parce que, quoi qu’on fasse, les agitations de la rue et de la politique agissent sur vous, à Paris ; on n’y a pas le calme de l’esprit, malgré le calme des lieux ; il faut sortir, on va au spectacle, on voit des amis sur le boulevard, on cause, on entend le rappel, on s’inquiète ! à Saché, rien de tout cela. Je serai devant ma besogne, sans distraction.

lettre à ? Vendredi [2 juin] 1848

D’où sa volonté de s’éloigner régulièrement de la capitale pour par exemple se retrouver moine de la littérature à Saché.

je suis venu me réfugier  ici au fond d’un château comme dans un monastère […].

lettre à Z. Carraud, 1831

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