Le bouquin qu’on t’a filé, tiens je suis sûre que ça va t’intéresser. Bouquin d’artiste, entrée dans la création et les interrogations alentours, géographiques parfois. Lieu (souvenir de la peur qui provoque un détour à vie) & paysage (un trait de séparation ciel / terre, si cela était si simple de dessiner un paysage !).

[L’auteur, marqué par un ivrogne campé sur la place de son village d’enfance fait de l’arbre dudit ivrogne un lieu banni.]

Le pied de l’arbre où il s’était tenu devenait pour moi un no man’s land ; un lieu intouchable, à ne pas franchir, fait de rien, d’humus et de peur, sans doute détenteur d’un mystère féroce, d’un pouvoir tel que l’ivrogne l’avait enfoui là pour l’éternité.

Quand nous aurons apprivoisé ce lieu, que nos empreintes seront lisibles, bien communiées, bien en dedans, alors je nicherai, comme enfant je le faisais sous la paille des clapiers, la plus secrète de mes histoires, l’or de la boue.

Difficulté maintenant de cultiver le paysage. Évidemment, une feuille rectangulaire, un trait horizontal, le ciel et la terre et c’est fait ! Mais ce n’est jamais comme cela, il résiste, s’encave, se rebiffe, s’immobilise de ses fers et je n’en peux plus rien tirer. J’exècre les paysages qui se rebellent, j’y vois comme des images fourbes.

Jean-Gilles BADAIRE, Je ne lave jamais mes dessins