Provins. Y revenir. Ou pas. Ou de loin en loin. Que reste-il des bases. Régulièrement j’éprouverai ce besoin de revisiter « mes bases », comme pour m’assurer de leur existence, [Le lieu n’est plus quand je n’y suis plus] de la mienne, [je suis fait de tous les lieux que j’ai fréquenté] et de l’inanité de ma nostalgie. [le doux souvenir des lieux de l’enfance, lieux formateurs] écrit-il page 52. Un lieu, nous le fuyons. Le lieu, nous le cherchons ; parfois nous le trouvons.

Une ville à deux versants
Haute et basse, m’obsède
Tout m’y est arrivé
Et depuis je décline
Sur tous les tons la tristesse
Qu’elle m’a refourguée.

Rue des Marais, Album L’horizon

Nous passons le reste de l’été dans un hameau en bordure de Bretagne. C’est l’endroit qui rattrape le reste, l’école, Provins, bien qu’ici aussi le temps soit en retard […]. Une mémoire y court, qui n’écrase pas, et je n’imagine pas aimer autant un autre lieu.

J’ai décidé de partir tôt le matin pour arpenter les lieux. Je veux qu’au contact de la réalité mes souvenirs aient le temps de retrouver une consistance que les années ont pu leur ôter. […] En m’invitant, la ville me signifie qu’elle a pris acte de mon existence, indépendamment d’elle.

Je crains que le temps ne me manque pour revoir tous les lieux, comme s’il s’agissait d’établir une topographie définitive de mon passé, de superposer une fois pour toutes le souvenir à une réalité arrêtée […].

Me revient une phrase, lue en couverture d’un manga de Kazuo Kamimura : « Ce qui marque le plus une personne, ce ne sont pas tant ses expériences passées que les paysages dans lesquels elle a vécue. »

Dominique ANE, Y revenir