Il y a les rencontres. Les bonnes. Celles qui poussent un peu plus loin. Là triple : forme & fond & style (voir RAPT et l’intervalle). Ici la mise est un peu moindre, presque sage à côté des 2 sus-cités. L’ici-lieu-librairie. Dédicace De lieu en lieu, une certaine géographie. L’ici-livre (un qui disparaît).

le livre alors ouvre hors piste une route où en soi tout autour de soi la terre brûle vraiment

-l’écobuage promet ainsi une

belle moisson d’inconnu.

Cette phrase fondamentale

« les pieds ici, les yeux ailleurs »

Puisque le regard porte puisque le regard tire puisque le regard toujours devance de son temps d’avance. L’esprit finalement n’est jamais ici ; déjà là-bas.

Et les livres-rues / les rues-livres. Nous ne voyageons jamais seul ; nous voyageons avec nos références dans la ville-librairie

finalement, après m’être vu répondre qu’on ne l’avait pas, que vous savez jeune homme la poésie ne se vend guère, que c’est un ouvrage inconnu difficile à obtenir (sic !), je vais, comme fréquemment le samedi, passer l’après-midi chez Calligrammes

– la Librairie au plus

complet sens du terme – où l’expérience de la lecture pouvait s’effectuer avec une intensité rare.
il y est, c’est certain. mon trajet est chaque fois le même. parcours rituel en somme qui fait que mon corps se prépare déjà à entrer dans les livres, les rues de la ville connues par cœur m’offrent des repères où certaines existences apparemment sans reflet peuvent se lire, si l’on sait, à travers le filtre de certaines œuvres – l’itinéraire balzacien d’André Desplouze le droguiste, la ligne de vie faulknérienne de la fille Citarel la pharmacienne, la trajectoire nervalienne de la fille du marchand de vin, la simplicité rutilante du vendeur de loterie, cul-de-jatte en tricycle au guidon pédalier …  je longe les rayons d’une drôle de librairie à ciel ouvert où tout prend soudain plus de relief, où le matériel n’est plus séparé du spirituel par une ordonnance spéciale du temps traversé – c’est un chemin d’éveil !

François RANNOU, la Librairie