Pas prévu à ce point. Surprise de rentrer autant dans ce livre, Béton armé. Curiosité d’abord pour le récit de voyage, puis happé par l’écriture, les idées, l’émotion. Sauter en retours de la Chine à la Suisse. Dès les premières pages aussi s’insèrent & s’installent les marques pages. Hétéroclisme timbre autrichien / billets d’entrées au château d’Azay-le-Rideau ou à la maison Renan à Tréguier / pub banette & tour de France / carte com’ du salon du chocolat. Pour rappeler ça :

Un géographe a intitulé, un jour, son livre L’horizontal et le vertical. Je ne me rappelle plus ce qu’il y a dedans, mais l’écho est ici.

La stupeur se dissipe. La ville se dresse. Paysage vertical d’éléments inertes, signes de pouvoir. Paysage horizontal de matières vivantes, expressions d’un désir. Mises côte à côte, les parties de cet ensemble forment un décor. Il n’a aucun sens.

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L’homme fait les lieux, les lieux (re)font l’homme.

Gens ordinaires déformés par le gigantisme des lieux.

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Je suis ce que je vois. Je change à chaque instant.

Les chinois s’émerveillent devant la réalité, une réalité vue à travers un œil de mouche dont chaque facette contient la même miniature, légèrement déformée. Il n’y a pas de vision d’ensemble. Il y a en chaque homme, à chaque instant, le kaléidoscope des choses à sa portée.

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le lieu existe sans moi.

Le plan d’une ville est une coupe du cerveau de l’humanité. Les lieux qu’il montre, les places et les boulevards, ces espaces de réalité tangible sont aussi ceux où se produisent les choses qu’on ne voit pas […]. Cette pulsation de la matière se perçoit partout à Shanghai. La ville est traversée par un remous sensuel et magnétique.

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Béton armé, Philippe Rahmy