Pas lu celui-là, juste commencé, et le côté boulevard façon Bouvard et Pécuchet m’a lassé. Pourtant alléchant : 2 amis voyagent dans un pays qui est l’Irlande. Mais bon. Rendu à la bibliothèque du bourg aux 2 châteaux. Juste le temps de piquer les première lignes.

Le voyage de Mercier et Camier, je peux le raconter si je veux, car j’étais avec eux tout le temps. Ce fut un voyage matériellement assez facile, sans mers ni frontières à franchir, à travers des régions peu accidentées, quoique désertiques par endroits. Ils restèrent chez eux, Mercier et Camier, ils eurent cette chance inestimable. Ils n’ eurent pas à affronter, avec plus ou moins de bonheur, des mœurs étrangères, une langue, un code, un climat et une cuisine bizarres, dans un décor n’ayant que peu de rapport, au point de vue de la ressemblance, avec celui auquel l’âge tendre d’abord, ensuite l’âge mûr, les avaient endurcis. Le temps, quoique souvent inclément (mais ils en avaient l’habitude), ne sortit jamais des limites du tempéré, c’est-à-dire de ce que peut supporter, sans danger sinon sans désagrément, un homme de chez eux convenablement vêtu et chaussé. Quant à l’argent, s’ils n’en avaient pas assez pour voyager en première classe et pour descendre dans les palaces, ils en avaient assez pour aller et venir, sans tendre la main. On peut donc affirmer qu’à ce point de vue les conditions leur étaient favorables, modérément. Ils eurent à lutter, mais moins que beaucoup de gens, moins peut-être que la plupart des gens qui s’en vont, poussés par un besoin tantôt clair, tantôt obscur.

Samuel BECKETT, Mercier et Camier