Tiens, je ne sais plus ce qui m’a donné l’envie de lire Paludes. Pas Beigbeder en tous cas. Bon je lis cette prose un peu précieuse, XIXè, je me laisse attraper par elle. Et y découvre l’intérêt pour le voyage et les paysages du narrateur ; voir la savoureuse citation sur la serrure et le paysage.

–  Entre tous, les grands paysages plats m’attirent, – les landes monotones, – et j’aurais fait de longs voyages pour trouver des pays d’étangs, mais j’en trouve ici qui m’entourent.

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– mais vous me comprendrez assurément en songeant à tout l’énorme paysage qui passe à travers le trou d’une serrure dès que l’œil se rapproche suffisamment de la porte. Tel, qui ne voit ici qu’une serrure, verrait le monde entier au travers s’il savait seulement se pencher.

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– […] mais l’important c’est de quitter Paris ; on ne sort des cités que par des moyens énergiques, des express ; le difficile, c’est de franchir les banlieues. » Je me levai pour marcher et pour m’exciter : « Que de stations avant la vraie campagne ! À chacune, du monde descend ; c’est comme s’ils tombaient au début de la course ; les wagons se vident. – Voyageurs ! où sont les voyageurs ? – Ceux qui restent encore, ils vont à des affaires ; et les chauffeurs et les mécaniciens, eux, qui vont jusqu’au bout, ils restent aux locomotives. D’ailleurs, au bout, il y a une autre ville. – Campagnes ! où sont les campagnes ?
– Cher ami, dit Hubert marchant aussi, tu exagères : les campagnes commencent où finissent les villes, simplement. »

Je repris :
« Mais, cher ami, précisément, elles n’en finissent pas, les villes ; puis, après elles, c’est la banlieue… Tu me parais oublier la banlieue – tout ce qu’on trouve entre deux villes. Maisons diminuées, espacées, quelque chose de plus laid encore… de la ville en traînasses ; des potagers ! Et des talus bordent la route.

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« La perception commence au changement de sensation ; d’où la nécessité du voyage. »

André GIDE, Paludes