Lecture de la semaine, concentration dans la pièce la plus fraiche. La Féerie générale me fait penser aux Anneaux de Saturne de Sebald. L’un et l’autre « placent un savoir ». Mais si Sebald se prend au sérieux, universitaire (j’ai eu tendance à vouloir sauter la science pour ne garder que son récit de voyage), Emmanuelle Pireyre s’amuse (et nous par la même occasion).

Aussi, elle nous évoque la ville

Villes génériques

Si vous observez différentes villes du dessus pendant une durée suffisante, dit l’architecte Rem Koolhaas, vous conclurez que certaines ne bougent presque pas quand d’autres au contraire se déploient sur la terre comme de la matière, comme un produit homogène qu’on étale en couche épaisse. Dans ces villes-là, les constructions s’ajoutent indéfiniment aux constructions ; nouveaux bâtiments et nouvelles rues s’étalent jusqu’à ce qu’un obstacle les force à s’arrêter, bord de mer, fumerolles d’un volcan. Les solutions qui ne marchent pas y sont aussitôt abandonnées, les bâtiments qui n’ont plus d’utilité sont détruits. À la place se réétale une nouvelle matière de ville, plus réaliste, mieux adaptée. Comme ces solutions réalistes et adaptées peuvent être les mêmes partout sur la terre et dépendent peu des spécificités locales, Rem Koolhaas appelle cette matière de ville la ville générique. Les villes asiatiques sont de bons exemples de villes génériques, tandis que les villes d’Europe rechignent à procéder de cette manière : une pincée de ville générique est simplement saupoudrée par endroits, sur nos aéroports, nos entrées de ville, quelques-uns de nos timides centres commerciaux. Lorsqu’une ville européenne a l’idée de rénover l’un de ses quartiers, elle aura plutôt tendance à hésiter ; elle se concentre et réfléchit. La ville européenne mettra un temps conséquent à imprimer puis délivrer le papier du permis de construire, et se transforme donc à un rythme lent et mesuré, le rythme de la tortue administrative à qui il vient l’envie de descendre à la rivière. La tortue emprunte le sentier et s’en va de son petit pas sérieux. En chemin, elle rencontre un tronc d’arbre couché en travers du sentier. Elle s’interroge, se demande quelle est la meilleure solution face à cet obstacle, pèse le pour et le contre, puis estime pour diverses raisons qu’elle ne devrait pas l’enjamber. Alors elle fait le tour par le feuillage en philosophant.

Emmanuelle Pireyre, Féerie générale

les montagnes comme point de vue

Les montagnes sont des lieux formidables ; on voit toutes choses du dessus, on comprend comment telle route relie tel village à tel village, on a l’impression de bien s’orienter, d’être champion en géographie. Ce sont de purs engins de bonheur.

Emmanuelle Pireyre, Féerie générale

le paysage

Une fois que vous êtes là, le paysage vous prend en charge, vous impose ses manières de voir et vous entraîne dans sa spirale de bonheur.

Emmanuelle Pireyre, Féerie générale

l’opposition paysage / lieu repère

On négligeait le paysage parce que l’attention se portait sur un détail prodigieux ou un autre […]

Emmanuelle Pireyre, Féerie générale