Depuis un moment je suis Norwich, et ses multiples entrées Sebald. Depuis un moment je me dit qu’il faudrait essayer Sebald. Il y a une quinzaine de jour, de passage chez mon libraire habituel une table Sebald à droite de la porte ; et les Anneaux de Saturne sur la table. Je feuillette, je suis tenté, pour lire dans le ventre du musée, avec vue sur Alechinsky.

Autrefois déjà, dans mon enfance, lorsque du fond de la sombre vallée j’observais ces oiseaux qui, à l’époque, volaient encore en grand nombre dans la clarté du jour déclinant, je m’imaginais que la cohésion du monde n’était assurée que par les lignes qu’ils traçaient dans l’espace aérien.

Et ma confusion était encore accentuée du fait que les panneaux de signalisation, aux embranchements et aux bifurcations, ainsi que je l’avais constaté en cours de route avec une irritation croissante ne portait aucune inscription mais uniquement, à la place des indications de lieux ou de distance, une flèche muette pointant dans telle ou telle direction. Si l’on suivait son instinct, on s’apercevait immanquablement au bout d’un moment que le chemin s’écartait toujours davantage du but que l’on visait.

W.G. Sebald, Les Anneaux de Saturne

 

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