La nouvelle façon de lire, sur liseuse, c’est la lecture par mots clefs : je tape un mot dans la loupe de recherche et hop. Comme je sais que Tournier aime Balzac (même s’il écrit des âneries sur lui) : pof : Balzac. Pareil avec les mots espace, lieu, paysage etc… Parfois ça ne donne pas, mais parfois ça donne, comme ici ça (et, bol, ça mélange même Balzac & le paysage) :

Il en va de même des pays et des paysages. Sans l’œil qui les regarde, existeraient-ils ?

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Littérature et photographie. Ouverture du diaphragme. Plus le diaphragme est fermé, plus la profondeur de champ est grande, c’est-à-dire plus le paysage est net en profondeur. Au contraire un diaphragme ouvert cerne l’objet sur lequel le point est mis et laisse tout le reste dans le flou. Stendhal : 3,5. Balzac : 16. Car les personnages de Balzac nous sont donnés comme inséparables d’un milieu complexe, d’un décor, d’antécédents, etc. (c’est-à-dire avec une grande profondeur de champ impliquant un diaphragme fermé), alors que ceux de Stendhal se détachent nettement sur fond flou, sur néant (sans profondeur de champ, diaphragme ouvert).

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Un visiteur américain assis dans le jardin regarde autour de lui et dit : « Non, on ne pourrait pas être ici aux USA. Je ne peux pas dire pourquoi, mais ces arbres, ce mur, ces maisons, non, impossible aux USA. » J’ai éprouvé un peu partout cette impression dans le monde. Un paysage bavarois ou japonais, en l’absence de tout détail « typique », peut-être par une certaine atmosphère – mais qu’est-ce que ça veut dire ? – tranche absolument sur l’équivalent français.

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Ordinateur = miroir. Alors que l’écran de la télévision reflète le monde extérieur.

Michel TOURNIER, Journal extime