J’écoute la radio, comme ça, en finissant de manger, le midi. Cette semaine, c’est Verne, Jules, qui est au programme. Le poste me souffle qu’il est question d’une communication à la Société de Géographie, au début de 5 semaines en ballon. Donc je plonge dans l’ipad ou quelques Verne attendent (j’ai très peu lu Verne jusque-là). Je C /V l’extrait.

Il y avait une grande affluence d’auditeurs, le 14 janvier 1862, à la séance de la Société royale géographique de Londres, Waterloo place, 3. Le président, sir Francis M…, faisait à ses honorables collègues une importante communication dans un discours fréquemment interrompu par les applaudissements.
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Ils étaient là pourtant, nombreux, vieillis, fatigués, ces intrépides voyageurs que leur tempérament mobile promena dans les cinq parties du monde ! Tous, plus ou moins, physiquement ou moralement, ils avaient échappé aux naufrages, aux incendies. aux tomahawks de l’Indien, aux casse-têtes du sauvage, au poteau du supplice, aux estomacs de la Polynésie ! Mais rien ne put comprimer les battements de leurs coeurs pendant le discours de sir Francis M…, et, de mémoire humaine, ce fut là certainement le plus beau succès oratoire de la Société royale géographique de Londres. Mais, en Angleterre, l’enthousiasme ne s’en tient pas seulement aux paroles. Il bat monnaie plus rapidement encore que le balancier de « the Royal Mint [La Monnaie à Londres.]. » Une indemnité d’encouragement fut votée, séance tenante, en faveur du docteur Fergusson, et s’éleva au chiffre de deux mille cinq cents livres[Soixante-deux mille cinq cents francs.]. L’importance de la somme se proportionnait à l’importance de l’entreprise.

Plus loin je relève ce passage sur le regard. Important pour le géographe, le regard. Essentiel sûrement. Indispensable ? Toujours est-il qu’il faut se retourner, quand on voyage ; regarder le Duomo et les recoins de la gare Santa Maria Novella.

On raconte qu’un Anglais vint un jour à Genève avec l’intention de visiter le lac ; on le fit monter dans l’une de ces vieilles voitures où l’on s’asseyait de côté comme dans les omnibus : or il advint que, par hasard, notre Anglais fut placé de manière à présenter le dos au lac ; la voiture accomplit paisiblement son voyage circulaire, sans qu’il songeât à se retourner une seule fois, et il revint à Londres, enchanté du lac de Genève.
Le docteur Fergusson s’était retourné, lui, et plus d’une fois pendant ses voyages, et si bien retourné qu’il avait beaucoup vu. En cela, d’ailleurs, il obéissait à sa nature, et nous avons de bonnes raisons de croire qu’il était un peu fataliste, mais d’un fatalisme très orthodoxe, comptant sur lui, et même sur la Providence ; il se disait poussé plutôt qu’attiré dans ses voyages, et parcourait le monde, semblable à une locomotive, qui ne se dirige pas, mais que la route dirige.
« Je ne poursuis pas mon chemin, disait-il souvent, c’est mon chemin qui me poursuit. »