Tu vois, j’essaie de lire des romans, mais souvent c’est dur. Les déferlantes, je me suis arrêté après la scène de la tempête, en gros. Même Balzac des fois, alors je me rabats sur ses romans courts. Ces jours-ci je me suis réconcilié avec le genre avec Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants de M. Enard et avec La Centrale d’E. Filhol, donc.

Qu’est-ce qui rompt l’espace naturel ? L’estuaire, la falaise morte, le marais. La falaise comme témoignage d’une ancienne ligne de rivage perdue à l’intérieur des terres. Est-ce que les habitations troglodytes dans la falaise – la trace de ces habitations rompent l’espace naturel? Et la vigne; les canaux, jusqu’aux vestiges du bocage en partie démantelé? Où commence, où finit cet espace? Concrètement, il n’y a plus rien de naturel ici, hors les bancs de sable au milieu du fleuve – et encore. La main de l’homme est partout. Dans ce paysage entièrement façonné, mais qui s’ouvre encore par nature démesurément à l’horizontale, avec si peu de repères verticaux les pylônes dans leur ancrage ne choquent pas, et leur tête plantée à trente-cinq mètres du sol au-dessus des treillis métalliques donne l’échelle.

Elisabeth FILHOL, La Centrale

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