DSC02165Pour me servir de flux de vase en vase, sont venus des nuages – ai posé mes yeux en eux – me suis installée, et suis arrivée.
Je regarde, et me sens un peu déplacée.
Pour moi qui ne bouge pas, ou plus, qui n’ai jamais beaucoup bougé.
J’aimais les points – me poser à un endroit sur une carte, dans une ville, y rester le temps de me rendre familiers des coins de rue, des ouvertures sur des paysages de pierres, ou annexés aux pierres – l’arrivée au bord du Tage, et le banc où je m’assieds pour lire et rêver, avec dans mon dos la présence de l’immensité de la place, et puis la ville, les rues où j’ai marché et les gens côtoyés doucement sans que je leur appartienne, sans que je pénètre leur vie – une fenêtre qui me donnait, chaque fois que j’entrais dans la chambre, ou le matin après un grand geste pour repousser les lourds rideaux, les jardins de la Villa Borghèse, avec les bruits de la ville, doucement – une enfilade de briques un peu tristes dans un coin de l’East-end – l’eau d’un canal, à Bruges, un arbre qui se penche, et un clocher derrière une rangée de maisons .. Y rester, presque demeurer, pour que la ville, des tableaux, un marché (la soupe de poisson mangée debout sous une voute près du marché de Florence, ou les deux grandes halles en bas des ramblas, ou la verduria tassée au bord du canal dans une symphonie d’odeurs), une salle de concert, m’aient acceptée comme un tout petit élément étranger glissant à la surface, que nous nous soyons devenus bienveillants.
Mais, c’est vrai, j’aimais bien aussi, parfois, le mouvement qui m’y avait amenée : l’agacement cotonneux de l’autocar interminablement vers Calais et l’absurdité des ferrys – le train de nuit (et surtout pas les attentes sans fin dans les aéroports quand je pouvais l’éviter) vers Rome, ou Florence quand la ville était encore aimable, que l’on y voyait encore des italiens, ou la bien aimée Sienne sur ses collines – ou les ports marchands d’Alger et de Sète, dans le goût et l’odeur de la mer, avec le bas fond de la ville comme arrière plan.
Mes paysages sont de pierres, anciens, et pas très lointains – mais voilà qu’eux et moi nous avons posé un gros pavé dans le flux des lignes du monde.

Brigitte Célérier

C’est dans le cadre de“vases communicants » que Brigitte Célérier nous évoque çà & là depuis cette page.

Brigitte Célérier tient ‘Paumée (divagations)’, un blog qui se trouve ici et où j’ai : DU SAUT DES FRONTIERES

D’autres participants aux vases communicants :
Frédérique Martin
et Désordonnée
Anna de Sandre et Tor-ups
Tiers libre et la vie dangereuse
A Chat perché et Mahigan Lepage
C’était demain et Petite racine
36 poses et Arnaud Maisetti

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