Les lieux qu’ il se remémorait souvent lui paraissaient être des visions oniriques. Cette barre d’ immeubles où il avait vécu tout petit, avait-elle bien existé ? Et cette demeure bourgeoise dans un quartier tranquille de la ville, où il aimait, enfant, se rendre régulièrement ? Il se souvenait à présent qu’ à l’époque déjà, il passait beaucoup de temps à interroger sa présence dans ces lieux, doutant de leur réalité, comme si le contraste entre l’un et l’autre – l’immeuble de banlieue et la demeure bourgeoise – faisait de sa vie enfantine un songe auquel il assistait en spectateur curieux certes, mais intéressé surtout par la découverte d’ une machinerie cachée derrière les apparences, ou bien par l’existence naïvement présumée d’ un génie invisible qui l’ avait placé là, en ces lieux si différents, l’obligeant sans cesse à changer de rôle,

Laurent MARGANTIN in La main de sable

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