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LES LIGNES DU MONDE – géographie & littérature(s)

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Martin HEIDEGGER & la planification de l’espace

Mid-di. Je fais la lecture à voix haute aux mouches qui bourdonnent derrière moi dans la vigne vierge. Elles n’en ont cure. De même la collègue, si elle m’entend, qui doit se demander pourquoi (et avec qui) je parle d’espace, de Kant, de représentations et de subjective. Mais -grand soleil- j’en profite pour reprendre le petit livre de Martin Heidegger lu et annoté il y a bien 5 ou 7 ans. Quand je me tiens ici […], simultanément, je suis déjà là-bas […] dans un monde. Et dans le temps, ajoutons, car si je suis ici -chez Rabelais- à lire Heidegger, mon esprit est dans la chambre pantinoise où j’ai lu ce texte. De lieu à lieu, de La Devinière à Pantin, espace-(&)-temps.

La sculpture codétermine la planification de l’espace. Manifestement, cela tient au fait qu’elle a un rapport insigne à l’espace et que, d’une certaine manière, elle se comprend comme une confrontation avec lui.

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Et pourtant : Qu’est l’espace ? Que signifie la confrontation de l’artiste avec l’espace ? Qui doit nous donner réponse à ces questions ? On fera valoir qu’à ce sujet l’artiste lui-même est le plus averti. Il accomplit une confrontation avec l’espace.

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Au sens grec, l’espace est vu à partir du corps, comme son lieu, comme le contenant du lieu. Chaque corps possède toutefois son – propre – lieu, un lieu qui lui est conforme.

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Kant interprète cet espace, encore et toujours vu en fonction du corps physique, comme un mode par lequel l’homme […] représente par avance les objets qui l’affectent. L’espace devient pure forme de l’intuition qui précède toute représentation d’objets donnés de manière sensibles. L’espace n’existe pas en soi, il est une forme subjective de l’intuition de la subjectivité humaine .

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L’homme n’est pas délimité par la surface de son prétendu corps (Körper). Quand je me tiens ici, alors, en tant qu’homme, je me tiens seulement ici pour autant que, simultanément, je suis déjà là-bas près de la fenêtre et cela veut dire dehors, dans la rue et dans cette ville, bref dans un monde.

 

Martin HEIDEGGER, remarques sur art – sculpture – espace

 

Alessandro BARICCO et la fin du monde

Je finis le livre de Cadiot (il y a un lien en escalier dans mon esprit, si ! si !). – j’ai une idée – j’explore mes notes&parses et je sans le chercher je trouve cela, que je n’avais pas exploité ici. A l’époque, j’ai introduit la citation comme ceci : Et dans la voiture, écouté Soie de Baricco ; les pistes dans le désordre peut-être (facétie de l’auto-radio) mais entendu tout le texte, certains passages même 2 fois. A l’époque, le monde pas rond, visiblement :

— Et il est où, exactement, ce Japon ?

Baldabiou leva sa canne de jonc en l’air et la pointa par-delà les toits de Saint-Auguste.

— Par là, toujours tout droit. Dit-il.

— Jusqu’à la fin du monde.

Et sa fin :

— Elle est comment la fin du monde ? lui demanda Baldabiou.

— Invisible.

Jean-Philippe TOUSSAINT & le lieu rêvé

Je m’intéresse de près au football. Un peu à la littérature aussi. (L’autre remplaçant progressivement l’un). Du coup je me fait offrir le livre de Jean-Philippe Toussaint Football. J’y trouve 2 extraits -l’un sur le lieu d’écriture, l’autre sur le génie du lieu) qui ont leur place sur ce site. Sans football, néanmoins ces extraits.

Mais non, c’est à la littérature, et uniquement à la littérature, que j’avais l’intention de me consacrer cet été. J’ai toujours été à la recherche d’un lieu clos, coupé du monde, chaud, rassurant, un lieu rêvé qui a pu prendre l’image d’une salle de bain dans mon premier livre, mais qui ne pouvait plus être maintenant que la littérature elle-même. c’est dans la littérature que j’avais l’intention de me retirer cet été, et de m’y résumer, de me confondre.

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La vue, en face de moi, est immuable dans la grande pièce de la maison de Barcaggio, les deux fauteuils bleu turquoise et le petit jardin, dans l’axe de mon regard, qu’on aperçoit à travers la fenêtre. C’est ici que j’écris, quand je suis en Corse, dans cette pièce qui était autrefois la salle de classe de l’école communale (la maison était l’ancienne école du village), et j’ai le sentiment que l’atmosphère est encore imprégnée de certaines images de mes livres, comme si la pièce avait gardé la mémoire secrète des heures de travail passées ici. Sans être superstitieux, je crois que les lieux peuvent dégager des ondes bénéfiques, que certains lieux sont plus propices que d’autres à l’amour ou à la création artistique, en raison d’un passé aboli qui continue de les habiter, comme si des traces immatérielles de leur histoire flottait encore dans l’atmosphère. Aux ondes invisibles qui proviennent ainsi de jeune écoliers Corses qui étudiaient dans cette pièce à la fin des années 50, s’ajoute donc ici, depuis que j’y écris moi-même, des vestiges impalpable des images de mes livres. Je lève les yeux de mon ordinateur, et déjà, doucement, dans la pièce, je vois la place Saint-Sulpice apparaître lentement, qui se lève dans mon esprit comme un décor de théâtre venu du passé qui se met à investir la pièce de sa présence muette point.

Mahigan LEPAGE & nulle part au centre

Il y a un moment, je me suis baladé dans le Canada de Mahigan Lepage, dans ses Coulées, dans son autogéographie humaine et physique. J’y repère de larges extraits évoquant le passage de la ville à ses alentours, le desserrement ou resserrement du tissu urbain, la discontinuité causée par le fleuve. Je suis particulièrement sensible -moi qui abhorre les villages-rue et aime à chercher un centre qui s’élargit autour d’une place- à l’idée d’être enveloppé par le village : La rectitude du village empêchait que l’on s’y sentir nulle part au centre, nulle part enveloppé. Je voulais lui demander depuis un moment ces extraits, à Mahigan, flemme de recopier, et voilà que je découvre la saisie vocale sur le téléphone moderne, alors, face au plis du terrain chinonais je déclame le texte et le téléphone prend note.

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Pierre SENGES & le nouveau monde

Bientôt, nous accueillons Pierre Senges pour une lecture au musée, alors je me renseigne, pour ne pas dire j’en lis un maximum. J’ai déjà arpenté Fragments de Lichtenberg, parcouru ses Environs et mesures, j’ai emprunté 3 ouvrages à la bibliothèque, posé Etudes de silhouettes sur l’étagère des livres à lire. Je me renseigne donc. Et je m’aperçois que la géographie, les cartes, cela l’intéresse pas mal, l’auteur.

Pour les besoins de la cause (Rabelais / XVIème siècle…) je m’attache à La Réfutation majeure ; qui tend à prouver que le nouveau monde est une imposture. « Ciel nous sommes découverts » dirent les indiens en 1492 ! « Ah non ouf ! nous ne sommes qu’une chimère ! » leur permet d’ajouter ici le confesseur de Charles Quint.

 

Cartographie : la version alternative de la naissance de l’Amérique.

Pour faire le portrait de ce pays nouveau, les ateliers de cartographes dessinent à main levée des côtes qui n’ont pas grand-chose de fantaisiste hormis le fait de regarder notre monde de profil depuis l’autre bord et de paraître nous toiser. Faire naître des îles sur le papier est un jeu grisant : je m’u suis livré à mon tour pour apprécier l’ivresse que procure la tromperie, et celle d’une aventure en haute mer, à si peu de frais, se prolongeant dans le tracé minutieux de golfes et de collines, de ports naturels, de pointes, de caps, de deltas, de marais, d’ossuaires et de rocs peuplés de poules grises ; il suffisait d’y faire gambader des corsaires. Les cartographes n’en restent pas là : mais font naître aussi les indigènes sur ces portions de terre, en dessinent la figure d’après le visage des Guanches de Canaries ou de ces ukrainiens poussés de force jusqu’à Gênes ; […].

La France :

[…] dès les premiers temps la France est restée placide : peut-être parce que ce pays est peuplé de sceptiques et de raisonneurs ou d’arbres secs insensibles aux charmes de l’imagination […]. Ou bien parce que ce pays de clercs et de militaires –des soudards qui ont de la vertu à revendre – est à ce point préoccupé par l’Italie, où ils trouvent leur propre Eldorado, leurs déserts, leurs villes légendaires et des quartiers à piller, des mères supérieures à éventrer pour agrémenter les livres d’histoires. (p. 47)

L’ouest :

L’ouest serait l’exact contraire de l’orient perdu, honni d’être perdu, il serait le seul lieu libre, pour l’instant, peuplé seulement de fantômes dont l’Europe embarrassée ne sais plus que faire sur son propre sol. Ils ont choisi le couchant, destination courageuse mais logique, comme si un prophète prédisait à ses semblables que Dieu leur offrait de vivre dans le futur, en quittant le passé. (p. 67)

Voyager :

Il faudra se résigner à l’idée que l’accostage est le propre de l’homme, ainsi que les voyages au long cours du moment que l’on ramène l’épice et l’or […]. (p. 181)

Géographies merveilleuses :

Vous le savez, sire, vous sur qui le soleil ne se couche jamais (et s’il le fait, ce n’est pas pour obéir aux lois naturelles du cosmos, mais bien pour s’incliner devant votre autorité): les promoteurs du monde nouveau n’ont pas envisagé d’emblée une seule terre le plus loin possible, le miracle aurait été trop difficile à croire. Ils ont préféré avancer prudemment par étapes, en dispersant comme des pierres à gué plusieurs îles dans l’Océan, les îles de Saint-Brendan, les îles Hespérides, et les îles Fortunées entre autres, qui serviraient de relais à leurs caravelles ou à nos imaginations, de proche en proche, toujours plus à l’ouest.

En guise d’histoires merveilleuses, on s’était contenté jusqu’alors de la geste de Marco, Mattéo et Nicolo Polo qui partaient au levant échanger des devises contre des légendes. Ces hommes intéressés savaient se montrer assez curieux à leurs moments perdus, quand les transactions mollissaient, pour jeter un œil sur les montagnes alentour, quitte à les repeindre en indigo; ils voyaient des monstres sortis d’un bassin et des mœurs complexes d’hommes sombres, recroquevillés sur leurs bêches, racornis mais remplis d’un folklore qui nous ignore; ceux-là faisaient des farces dont les Polo ne pouvaient pas rire. À cette époque, les voyageurs annonçaient ouvertement leurs ambitions, et le faisaient dans des registres comptables, partaient sur les navires, déjà, avec les bouliers au lieu du sextant, qui s’affolaient une fois passés certains méridiens, comme si d’autres étoiles présidaient a leurs comptes. On se contentait de ces marchands, partis avec des ustensiles, revenus avec de la soie et une nouvelle description de la sirène, de l’oiseau Roc qui recouvre une ville entière de son aile, et probablement des terres du prêtre Jean aperçues a bâbord, au loin, dans la brume et dans la précipitation, ceci expliquant cela. Ils savaient donner aux rois de ces pays des allures suffisamment crédibles pour nos banquiers, merveilleuses pour tous les autres, qui ne craignaient pas de voir leurs biens disparaître en pleine tempête, préféraient au contraire écouter des récits un rien exagérés, ici même, à leurs tables, en partageant leur vin, avec une familiarité retrouvée de compatriotes […]. (p.73-74)

Imaginer des cartes :

Dans les ateliers de Waldseemüller notamment : on y rassemble des poètes retirés de leurs auberges et de leur ivrognerie, à qui on abandonne comme par mansuétude le delirium tremens, pour que de leurs fièvres naissent toujours d’autres bestiaires, qu’il faudra cataloguer, d’autres sirènes, qu’il faudra situer sur la carte, d’autres genres de crabes dont on fera les occupants têtus de certaines îles. Les Waldseemüller enferment dans des études semblables à des réfectoires une poignée de ces alcooliques au dernier stade de leur initiation, accompagnés d’un ou deux scribes seulement, parfaitement lucides, faisant figure de souches tandis qu’une ronde de joyeux s’étourdit, se précipite, reprend vie, hurle et cogne les verres – scribes en habits d’huissiers indifférents au bonheur comme au malheur, la pointe de la plume sur le bord du papier : pour noter s’ils les entendent le divagations des hommes ivres, pour deviner la cohérence dans le désordre et la pertinence dans tout ce qui se rue sens dessus dessous, hors de ces bouches parfois avec le flot de leurs propres Stupéfiants. Sous un même toit ct sur une table confondue avec le pont d’un navire, les ivrognes ont vite fait de se croire en route, selon un cap connu d‘eux seuls. Il n’en sort parfois rien, parfois des descriptions de pays fabuleux, mais il faut attendre alors que l’alcool se dilue, subisse a coup sûr dans le serpentin de leurs intestins une second: distillation, il faut attendre que la furie cède la place à un certain flegme, à deux doigts de l’évanouissement. A ce moment seulement, les hommes ivres communiant dans l’amour universel des soûlards, les yeux aux plafonds, commencent à inventer des plages de sable a pente douce par lesquelles ils accèdent a des îles inédites et des pays de cocagne, où ils saluent des hommes enfiévrés et repus, leurs semblables, sans coup férir de part et d’autre ravissent des nudités blanches, rouges ou noires, aux seins plus nombreux et variés que les fruits de ces régions ou que toute une flore faite essentiellement de pétales, de calices et de pulpe selon les espèces. Parfois, si l’alcool tourne, et selon le degré de fermentation, les hommes rassemblés dans l’étude n’ont la force que d’imaginer des naufrages, des tempêtes, des creux de vagues, pour justifier non seulement leurs déséquilibres, mais finalement la maladie; les vomissements et la noyade, l’absence complète de butins.

D’autres ateliers (à Florence ou ailleurs) œuvrent dans la fébrilité avec une précision d’artiste stucateur, une précision de spécialiste et d’orfèvre, une précision un peu cruelle comme le sont parfois les plus hautes habiletés quand elles s’adressent aux gens du commun. On y trouve des cartographes – ceux-là n’ont voyagé qu’a la surface d’autres cartographies, ils y ont suivi des lignes et deviné près des côtes la présence de monstres indispensables aux voyages, ils y ont appris à quoi ressemble un littoral, comment il se découpe et a quels endroits il cède la place aux eaux de mer on a celles des fleuves. On y trouve des prêtres tenus de relire pour la millième fois leurs Écritures, entre les lignes, puis entre ces interstices-là, afin de trouver la preuve ou la prophétie d’un mundus novus, la présence de terres nouvelles et de peuples hors des nôtres, enfin si possible un chemin écrit menant de la Galilée jusqu’aux supposées Indes occidentales : les plus malins parviennent à faire dériver Jonas jusqu’aux Açores et Noé, avant que le Déluge ne rende indiscernable une terre d’une autre terre, jusqu’à ces archipels incongrus, pour y sauver le singe, l’antilope, le tigre et le perroquet, recueillir un échantillon de ce qui, aux antipodes, soi-disant, correspond à notre faune, mais se maintient la tête en bas: l’inverse d’un bœuf, l’inverse d’une loutre. (p.77-79)

Pierre Senges, La Réfutation majeure

Annie ERNAUX & sa maison & Cergy

Cela fait un moment que je me dis qu’il faut aborder ce Vrai lieu ; simplement parce qu’il y a le mot lieu associé au nom Ernaux. Voilà chose faite.

J’ai un peu lu Annie Ernaux, pas mal même. Un jour trouvant 2€ dans la rue, je vais dans une librairie du Quartier Latin, je vise la collection Folio 2€ je prends L’Occupation. C’est comme cela que je suis entré dans cette œuvre ; grâce à un don anonyme.

Dans ce Vrai lieu, elle nous évoque sa maison, les alentours, son lieu d’écriture, le paysage qu’elle a sous les yeux. Comme Butor, comme d’autres, elle dit ne pouvoir écrire que dans son lieu dédié, privilégié.

 

[à propos de sa maison de Cergy]

[…] Je ne peux pas écrire en dehors de cette maison, jamais, ni dans une chambre d’hôtel, ni dans n’importe quelle autre résidence. C’est comme si seule cette maison, en m’entourant, permettait ma descente dans la mémoire, mon immersion dans l’écriture.

[…] Par-dessus tout, ce que j’aime dans cette maison, c’est l’espace. L’espace intérieur, et encore plus, l’espace extérieur, cette grande vue sur la vallée de l’Oise et les étangs de Cergy-Neuville. La vue change tout le temps, la lumière n’est jamais la même sur les étangs. La lumière qui va jusqu’à Paris puisque d’ici on distingue la tour Eiffel. Le soir je la vois illuminée. À la fois proche et loin. Je crois que ça correspond bien à ce que je ressens vis-à-vis de Paris, peut-être même par rapport à ma place dans le monde. Paris au fond […] je n’y entrerais jamais…

•••

[à propos de de Cergy]

J’entends dire aussi [que Cergy] est un non-lieu, pas du tout, c’est un lieu qui a déjà une histoire, et qui s’accroît des histoires des gens.

Simplement, tout passe ici plus vite qu’ailleurs […]. C’est une ville en perpétuelle évolution, jamais définitive. A cause de ces changements rapides, il semble que je suis davantage encline à noter ce qui va disparaître, ces visages, ces instants. Parce qu’au fond, tant que je n’ai pas écrit sur quelque chose, ça n’existe pas.

Annie ERNAUX, Le vrai lieu (entretiens avec Michelle Porte)

Virginie GAUTIER & le sentiment géographique 4 : Le lac, c’est le contraire d’une île

Il y a quelques mois-1an, Virginie Gautier m’a invité dans le cadre de sa résidence à Grand Lieu (44). J’ai, à cette occasion, composé un texte sur la dimension géographique de ses différents livres. Nous nous sommes promené sous la pluie, avons vu le lieu, avons discuté, regardé des dessins. J’ai essayé de copier ses dessins, ses lignes du monde, lignes-forces du paysage ; je n’y suis pas arrivé de façon satisfaisante (on a toujours tendance à en faire trop, des lignes). Et puis, fin 2015, le livre arrive, hâte de lire ce qu’elle a retenu de ce paysage, content d’y retrouver les dessins (et un protagoniste peintre Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir) aussi. Livre touffu, un peu comme une végétation luxuriante. Et la géographie : vues aériennes / espace vécu – espace sensible / discontinuités / île / regarder – dessiner / centre-périphérie (sous l’angle du bruit décroissant).

 

Un jour de plus achevé, basculé si facilement. Jour maigre sur un fil fragile et la longue nuit qui s’installe. Territoires d’enfance où l’ombre peut faire basculer l’arbre entier en figure dramatique. Les petits ont fui parce qu’ils auront vu ou imaginé quelques choses effrayantes, cousu sur le bord extrême l’inaperçu du monde.

Vu du dessus ce sont des terres cultivées, des villages qui se resserrent puis s’amenuisent autour d’une tache aux tracés imprécis. Frottements des marges, des bordures. Jeu des franges mouvantes. Un grand vide au milieu. Respiration possible exprimée en saisons. Le lac gonfle à l’automne, se creuse, s’amplifie. Prend une grande inspiration.

[…]

Le lac, c’est le contraire d’une île, une contre-île. Un vide entouré d’un plein. Le surgissement d’un vide au milieu du paysage. Espace en négatif, infini dans un monde fini. Il échappe toujours aux uns et aux autres.

[…]

Fixer un point pour tomber doucement dans le paysage. Comme l’eau, faire couler la pensée hors du regard avant de dessiner. D’enregistrer sur des dizaines de dessins les attitudes passagères, toujours changeantes, du paysage. Le peintre court avec ses doigts après la vitesse du regard. Vitesse à laquelle les toutes petites choses vivent et meurent, s’ouvrent et se déploient.

[…]

Ses perceptions se resserrent et s’écartent, s’approchent et se séparent. Dessiner, se dit-il, est nécessaire pour affiner le voir, l’amener à la conscience de cette profusion. Mais rien dans l’infinité des formes, des lumières, des couleurs, ne peut se dénombrer, ni même se contenir. Rien n’est réductible à ce qu’il exprime. Rien, se dit-il, qui n’ait été en même temps mille fois tenté.

[…]

Il y a toujours une périphérie, cette dégradation lente de la lumière, des bruits, dans une moindre mesure. Cet écartement en cercles concentriques, vers les arbres, le fond du terrain, la nuit complète.

[…]

Virginie GAUTIER, Ni enfant, ni rossignol

RABATÉ, PRUDHOMME, BUTOR, GRACQ & le paysage en train

On a une (et quelques autres : Jean Huuuugues Anglade… qui donne son nom au ciné du coin) gloire locale : Pascal Rabaté. Alors forcément on trouve ses BD à la bibliothèque du bourg aux deux châteaux. La semaine dernière j’emprunte Vive la marée, récit passant (on passe d’un personnage à l’autre de case en case, difficile à expliquer). J’y trouve une case de 2 personnages en train d’être en train, vers la mer. L’un, entre pâté et rillettes fait cette réflexion qui me fait écho à Gracq et Butor. J’ai interviouvé Michel Butor il y a quelques années, nous avions parlé de la façon de regarder le paysage en fonction des transports.

Rabate_Prudhomme

Vive la marée (Prudhomme et Rabaté)

(Moi) – Julien Gracq disait à propos du voyage en train :« Enfant, dans un wagon, je n’imaginais pas être autrement qu’à la fenêtre à regarder ce qui se passait. Je retenais bien, je notais des différences assez subtiles et je les gardais en mémoire ». Cela reprend la façon que vous aviez de regarder le paysage en train ?

(M. Butor) – Oui. Mais alors le paysage en train, on le voit défiler latéralement. Il défile d’un bout à l’autre de la fenêtre. Quand on est en voiture, le paysage vous arrive par devant. Ce n’est pas du tout pareil. Quand on est en voiture, la vision de face fait qu’on entre dans le paysage. Alors évidemment on regarde surtout la route, et avec la route il y a toutes sortes de choses. En général, c’est ma femme qui conduit. J’ai conduit un peu mais très mal. Alors c’est elle qui conduit, moi je suis à côté. Et je regarde le paysage, j’en profite. Le paysage m’arrive comme ça, c’est tout à fait autre chose. Dans le train, c’est latéral. Quand on est derrière dans une voiture, on regarde aussi latéralement. C’est deux mouvements du paysage profondément différents. En ce qui concerne l’avion, quand on a la chance d’être près d’un hublot, on voit le paysage en bas, on a le sentiment d’être très au-dessus et on voit le paysage un peu comme une carte de géographie. C’est le même sentiment, c’est une carte de géographie mais qui est en vrai. Quand on va en avion à basse altitude, on a encore une autre façon de percevoir le paysage.

Quelques éclaircissements sur la relation de Michel Butor à la géographie.

Entretien avec Michel Butor

sur le site Cybergéo

Florence (et Amiens…)

Rabelais

Rabelais se rend plusieurs fois en Italie. Lors de l’un de ses voyages, il se passe à Florence. La date de ce séjour semble aléatoire, comme beaucoup d’éléments de la vie de l’écrivain. Alors certains cherchent, font des suppositions par rapport à l’oeuvre, en l’occurence Le Quart livre.

Dans l’édition de 1548, Epistemon parle de 12 anni fa (1), dans l’édition de 1552, petit changement, Epistemon dit il y a 20 ans (2). Si l’on suit Mireille Huchon (Rabelais, Gallimard) et Epistemon (projetant donc la vie de Rabelais dans ses oeuvres) cela fait référence soit au second voyage de Rabelais en Italie (1), soit au premier voyage de Rabelais en Italie (2).

Quoi qu’il en soit on y retrouve l’anecdote du moine d’Amiens trouvant que, franchement, c’est mieux Amiens que Florence :

Vrayement vous me reduisez en memoire, ce que ie veidz & ouy en Florence, il y…

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