Archive de Tag pour ‘voyage’.
Avec un poto des années géo, on voulait faire une BD appelée NitNit, parodie de qui vous savez. Bon je ne sais plus si c’était vraiment sérieux, toujours est-il qu’on ne l’a pas fait. Et c’est pas plus mal, pour pas se fâcher avec les intransigeants (euphémisme) de Moulinnessarre Inc. corporation. Mais je brave le capitalisme pour mettre cette petite carte des voyages de NitNit, le petit bonhomme de RG.
Comme je récupère cette citation de Michaux qui me plaît, comme il n’y a pas de source, et comme j’essaie de vérifier un peu, je m’aperçois que, peut-être, les 2 dernières lignes sont collées, rapportée. Une citation très incertaine, donc.
J’écris pour me parcourir
Peindre
Composer
Ecrire
Me parcourir
Car c’est de chemins qu’il s’agit
de voyages
Henri Michaux, Passages (1950)
Comme j’ai laissé un peu de coté ces pages depuis quelques temps, je m’y remets. Je fouille dans le dossier Butor de l’ordinateur. Jacques Roubaud donne des noms à ses ordinateurs (Mandy si je me souviens bien). Il faudrait que j’en trouve un aussi, doux pour alternative à “Allez Pépère” ou “Merde, tu te magnes un peu” qui ne le font pas aller plus vite. Bref je trouve dans Pépère ce texte tiré je ne sais plus d’où.
ITINÉROGRAPHIE pour Roberto Altmann
Dans un pays qui a les dimensions d’un royaume d’autrefois, le marcheur aventureux rassemble au matin quelques provisions, monnaies, instruments, cartes au besoin, puis s’embarque en son mouvement souple pour répondre aux sollicitations du lieu. A chaque chant d’oiseau il pourra tourner à droite; à la première motocyclette il faudra par exemple monter une pente, à la seconde redescendre. Les inscriptions joueront un rôle décisif suivant le nombre de leurs mots, de leurs lettres s’il n’en est qu’un, le fait qu’ils commencent par une voyelle ou une consonne. Alors il ramassera un caillou, cueillera une fleur, prélèvera une branche, prendra une photo ou un croquis, écrira un mot sur un carnet, sur sa main ou sur une pierre, ou toute une phrase, toute une page, disposera les signes d’une piste qu’il retrouvera peut-être le lendemain, ou huit jours, ou un an plus tard. Sur le territoire qu’il explore ainsi par un entrelacs de chemins toujours inattendus, il dépose pour lui-même toutes sortes de marques disant : rentre chez toi, ou bien; ne rentre pas chez toi ce soir, mange le plus tôt ou le plus tard possible, ramène la récolte et range-la, ou bien inscris son catalogue sur ton carnet et disperse-la, ou abandonne-la ici près d’autres laissées autrefois, sans rien inscrire, ou bien inscris ce qui reste de ce trésor d’antan, dessine-le, photographie-le, peins-le, ou rentre chez toi pour le décrire, le peindre, le photographier ou le dessiner, ou l’horizon encore, ou les nuages, ou les rencontres, ou les mots, les images, les souvenirs ou tout ce qui vient à l’idée.
Ainsi le pays devient peu à peu livre à innombrables pages qui se feuillettent elles-mêmes en pages innombrables, et l’itinérant lui-même phrase qui se faufile entre les lignes et les signes, parfum qui répond aux couleurs qui répondent aux sons qui répondent aux parfums dans un livre-atelier qui a les dimensions non seulement d’un royaume d’autrefois, mais du voyage futur.
Michel BUTOR
(vrac de notes sur Abstraction au voyage d’Isabelle Butterlin)
« Il faut fournir un effort invraisemblable pour s’imaginer devenu point minuscule »
Lieu et traversée de l’espace ; Quel est votre lieu ? Comment le définissez-vous ? ; Qu’est-ce que l’espace entre deux lieux ? ; A force de répétition (du voyage) on s’intéresse de plus en plus aux détails, on précise/affine sa vue, ses observations, sa perception ; Abstraction du paysage par masses vertes ou ocres, en fonction ; Il y a le voyage et le but du voyage, peut-on les désolidariser ? ; Le voyage obligatoire et répétitif se transforme en trajet, en parenthèse, se perd alors l’excitation caractéristique au voyage ; Comment définiriez-vous un lieu ? ; Quel est votre lieu idéal ? De quoi se compose-t’il ? ; Wagon : non lieu ? Comme une gare… ; La géographie physique soumet au train des mouvements qu’il nous répercute, faisant tendre nos muscles pour garder un semblant de verticalité ; Wagon : lieu relatif.
Lu après tous (de la blogosphère) L’Incendie du Hilton. Y ai placé quelques marques(-ta-page) en bordereau déchiré & noté villes ou gares. De la gare comme lieu-promesse. Je pense comme l’universel dans l’ailleurs.
Ce que nous aimons, ce sont les gares qui témoignent de l’idée de voyage. Elles sont comme la part organique d’une conquête, avec ce qu’il faut de nourriture proposée, de salles où s’asseoir ou dormir, et la promesse, aux tableaux et affichages, qu’on pourrait se réveiller dans une ville où tout aurait changé, la langue, les gens, le ciel – sauf cela, justement, qui fait qu’on sait toujours se débrouiller dans une gare.
François BON dans L’Incendie du Hilton
Comme nous préparons des ateliers d’écriture au musée, une collègue fait sur le voyage. Comme je me suis intéressé de près à tout cela (le récit de voyage en Italie chez Taine, Suarès et Giono), je lui demande de me prêter ses citations pour voir ; dont celle-ci qui parle à ma géo-graphie.
Cette esquisse est un ouvrage naturel. Chaque soir j’écrivais ce qui m’avait le plus frappé [...] Je n’ai presque rien changé à ces phrases incorrectes, mais inspirées par les objets qu’elles décrivent: sans doute beaucoup d’expressions manquent de mesure.
STENDHAL dans Rome, Naples et Florence en 1817
J’ai tenté il y a quelques temps un ensemble de citations de Balzac sur la géographie. Mais l’entrée la plus intéressante, semble-t’il, est par le voyage, rarement de très grands voyages dans l’œuvre de Balzac ; mais tout de même, cette petite phrase trouvée par une collègue, petite phrase un peu désabusée…
J’ai voyagé , j’ai vu qu’il y avait partout des plaines ou des montagnes : les plaines ennuient, les montagnes fatiguent ; les lieux ne signifient donc rien. Quant aux mœurs, l’homme est le même partout : partout le combat entre le pauvre et le riche est établi, partout il est inévitable ; il vaut donc mieux être l’exploitant que d’être l’exploité ;
Honoré DE BALZAC in Gobseck
A voir sur ce thème : LES EUROPEENS SELON HONORE DE BALZAC
De Californie aux Ardennes j’étais parti & revenu, et Jacob m’avait dit à mon retour que « personne-dans-son-entourage-ni-même-lui » n’avait compris le sens de ce périple qui, erratiquement leur semblait-il, m’avait conduit à Charleville-Mézières & à San Francisco, à Los Angeles & Taxco, et dont j’étais revenu la tête pleine de lieux & climats télescopés … En guise de réponse j’avais tenté de lui expliquer mon vertige & cette sensation étrange, paradoxale, de n’être plus nulle part, et l’espèce de dépossession qui en résultait, mais l’avait-il compris?
Frédéric-Yves JEANNET in La lumière naturelle
Le voyage se fait dans l’espace. Le voyage est traversée de l’espace. Je relève dans Louis Lambert de Balzac : « Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot ? » Je pense : un mot est un voyage. Un mot appelle d’autres mots, un mot est un ensemble de mots. Un mot est un ensemble de voyages.
Il est un lieu qui m’est chair, un endroit où tout repose et où tout se crée. Un espace où j’aime me perdre et me retrouver : ces « Lieux imaginaires » (Alberto Manguel)
Ces mots que je lis ici sur Auto-géo-graphie-s, là-bas dans ce TiersLivre ou ailleurs encore via feedly et ali.
Ces mots..
Je pourrais vous sortir un florilège de citations venues de ce « pays des Arzélettres » (M. G. Dantec) pour vous écrire combien cela m’importe.
Ainsi de Mallarmé pour qui « le monde existe pour aboutir à un livre » ou encore de ce proverbe chinois « Ouvre un livre, il t’ouvrira » ou de Paul Auster pour qui « les livres ont changé notre façon de voir le monde, d’appréhender les choses de la vie ».
Il me semble alors, qu’en écho répond Cesare Pavese « Quand nous lisons, nous ne cherchons pas des idées neuves, mais des idées déjà pensées, par nous, à qui la page imprimée donne le sceau d’une confirmation. Les paroles des autres qui nous frappent sont celles qui résonnent dans une zone déjà nôtre – que nous vivons déjà – et la faisant vibrer nous permettent de saisir de nouveaux points de départ au dedans de nous. », in Le Métier de Vivre.
Ces livres que je lis, ces citations que je note scrupuleusement dans un carnet, je les fais miens lorsque je suis dedans, comme on entre en librairie ou dans une bibliothèque. Je m’y sens chez moi et tout autant ailleurs. Chaque lecture m’est un voyage, une introspection, à la manière d’Enrique Vila-Matas, pour qui « Voyager est, avant tout, une atmosphère, une expérience de la solitude, un sentiment extrêmement discret de mélancolie et de solitude », in Le Voyage Vertical.
Ma littérature m’exile, m’isole et me promène vers des espaces que je ne connaissais pas jusqu’alors.
Bien que ces pages me soient encore inconnues, je ne suis jamais perdue, parce que je reconnais ces lettres, je ressens ces écrits.. j’y suis, dans ces espaces de pleins et de déliés, de blancs et de paragraphes – et j’y coule des heures heureuses qui effacent ce temps qui nous est conté.
Ainsi, j’ai suivi mon envie, puisque je suis née dans les livres, de me rendre à Nantes, pas comme Montano « venu à Nantes pour voir [s'il pouvait] oublier un peu [qu'il était] un malade de littérature. » (Enrique Vila-Matas, in Le Mal de Montano.), mais plutôt pour découvrir le métier de libraire au pays de Jules Verne.
De rencontres en lectures, de voyages en livre aux voyages, ma barque m’a menée là où je suis aujourd’hui, aux portes d’un nouvel espace, le mien, pour pouvoir proposer, sur les routes et les chemins, des livres, dans une librairie ambulante.
Là, point de frontière.
Des lieux (imaginaires ou pas), des voyages (réels ou livresques), une passion Vila-Matas : merci à Jeanne pour ce joli texte qui a trouvé tout naturellement sa place ici dans le cadre de “vases communicants“.



