Archive de Tag pour ‘regard’.
Toujours à récupérer des passages dans La Leçon de la Sainte-Victoire, (il faut bien que je lui rende le livre, quand même !), je me laisse guider par mes notes et petits papiers indicatifs : par là : les plans, l’observation du paysage :
Souvent, il y a quelque chose de particulier à observer sur des surfaces éloignées: ces arrière plans, aussi uniformes soient-ils, changent aussitôt que dans l’espace libre au premier plan un oiseau, par exemple, s’envole. Les surfaces reculent et prennent forme de façon sensible; l’air entre elles et l’œil devient palpable. Ce qui est devenu sans objet à force d’être connu ou lié à un endroit précis, à force d’être appelé par son nom, le voilà qui pour une fois se situe à bonne distance; c’est « mon objet» avec son vrai nom.
Peter HANDKE, La Leçon de la Sainte Victoire
En attendant de reprendre Mon année dans la baie de personne, je gravis la Sainte-Victoire accompagné du regard de Peter HANDKE sur le monde. Pas souvent de grands voyages extraordinaires chez Handke, des petits plutôt, et des paysages surtout. Je crois qu’on ne parle jamais de cet auteur du côté de chez les géographes…
Je manquais plutôt de gratitude envers les peintres de tableaux ; car ce que je croyais être le superflu avait plus d’une fois servi à guider mon regard et bien des choses étaient devenues images à la source de l’imaginaire et de la vie.
Peter HANDKE, La leçon de la Sainte-Victoire
(vrac de notes sur Abstraction au voyage d’Isabelle Butterlin)
« Il faut fournir un effort invraisemblable pour s’imaginer devenu point minuscule »
Lieu et traversée de l’espace ; Quel est votre lieu ? Comment le définissez-vous ? ; Qu’est-ce que l’espace entre deux lieux ? ; A force de répétition (du voyage) on s’intéresse de plus en plus aux détails, on précise/affine sa vue, ses observations, sa perception ; Abstraction du paysage par masses vertes ou ocres, en fonction ; Il y a le voyage et le but du voyage, peut-on les désolidariser ? ; Le voyage obligatoire et répétitif se transforme en trajet, en parenthèse, se perd alors l’excitation caractéristique au voyage ; Comment définiriez-vous un lieu ? ; Quel est votre lieu idéal ? De quoi se compose-t’il ? ; Wagon : non lieu ? Comme une gare… ; La géographie physique soumet au train des mouvements qu’il nous répercute, faisant tendre nos muscles pour garder un semblant de verticalité ; Wagon : lieu relatif.
E nello scrivere ho il desiderio di far vedere le cose. Così come con la scrittura vorrei far sentire il brusio del mondo…
In In viaggio con Butor, Michele Marziani
Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?
La géographie c’est ce qu’on ne connaît pas parce qu’on n’en a pas fait pour soi-même territoire, les noms ne dessinent rien, pas de directions, pas de lignes ni possessions, ils ne sont pas nôtres encore,
…
La géographie en fait on s’en moque, c’est la répétition qui compte, les images qu’on ne saurait pas, à cette étape-là, remettre dans l’ordre, à peine si chaque fois qu’on les revoit on en arrive maintenant à se dire : cela déjà on l’a vu, cela déjà on le sait, et l’entassement de choses,
François BON in Paysage fer
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La géographie est très présente chez F. Bon. Son Tiers livre se consacre en partie à la ville et à la façon qu’on a de vivre la ville et ses lieux.
Une de ses rubriques se nomme la géographie par lignes; j’y ai noté un jour :
Et : “La géographie en fait on s’en moque” (Paysage fer)
paysage ligne 21 mars 19:33, par François Bon, le blog|journal
oui, mais justement, à condition d’être promené dedans !
a t’il répondu.
Description d’un chemin
comment décrire?
comment raconter?
comment regarder?
sous la sécheresse des statistiques officielles,
sous le ronronnement rassurant des anecdotes mille fois
ressassées par les guides à chapeaux scouts,
sous la mise en place officielle de ces objets quotidiens
devenus objets de musée, vestiges rares, choses historiques,
images précieuses,
sous la tranquillité factice de ces photographies figées
une fois pour toutes dans l’évidence trompeuse de leur
noir et blanc,
comment reconnaître ce lieu?
restituer ce qu’il fut?
comment lire ces traces?
comment aller au-delà,
aller derrière
ne pas nous arrêter à ce qui nous est donné à
voir
ne pas voir seulement ‘ce que l’on savai t d’avance
que l’on verrait?
Comment saisir ce qui n’est pas montré, ce qui n’a pas
été photographié, archivé, restauré, mis en scène?
Comment retrouver ce qui était plat, banal, quotidien,
ce qui était ordinaire, ce qui se passait tous les jours?
c’est ce que l’on voit aujourd’hui
et l’on sait seulement que ce n’était
pas ainsi au début du
siècle
mais c’est cela qui nous est donné à voir
et c’est seulement cela que nous pouvons
montrer
Georges PEREC in Récits d’Ellis Island
Trouvé dans dans Beatrix de Balzac, cette citation de LA FONTAINE : …les lieux honorés par les pas, éclairés par les yeux…
Très beau titre d’un livre que je n’ai pas lu. L’époque librairie, je commandais plein de livres de sciences humaines ; un jour celui-ci, un beau titre géographique, la table des matières par contre ne m’a pas attirée plus que ça, si je me souviens bien.
L’espace prend la forme de mon regard
Hubert REEVES, Points seuil
Après m’être penché sérieusement sur Michel BUTOR, je me suis incliné sur George PEREC, direction le rayon des P de la bibliothèque de banlieue de résidence de l’époque où je trouve entre autres ces Récits d’Ellis Island et cette reflexion sur ce qu’on le partrimoine visuel.
C’est ce que l’on voit aujourd’hui
Et l’on sait seulement que ce n’était
pas ainsi au début du
sièclemais c’est cela qui nous est donné à voir
et c’est seulement cela que nous pouvons
montrer(Georges PEREC in Récits d’Ellis Island, p.45)


