Archive de Tag pour ‘Récit de voyage’.

Dans Le Jardin des Plantes, Simon propose une suite, disons, de poèmes en prose, il tente même quelques ‘mises en page’ du texte (c’est d’ailleurs cela qui m’y avait attiré avant tout). Ici, suite de prose-poèmes de voyage en Finlande.

archipel ARCI-PELAGO : primitivement non ces innombrables grains de terre semés mais au contraire la vaste mer

comme si le sens s’était inversé Contenant pour le contenu Grèce à l’envers (et de même les deux drapeaux l’un à croix blanche sur fond bleu l’autre à croix bleue sur fond blanc) Comme un positif photographique et son négatif sablier le haut en bas où le vide est plein langage retourné comme un gant les coutures ici devenant saillies

Claude SIMON dans Archipel et Nord

Comme nous préparons des ateliers d’écriture au musée, une collègue fait sur le voyage. Comme je me suis intéressé de près à tout cela (le récit de voyage en Italie chez Taine, Suarès et Giono), je lui demande de me prêter ses citations pour voir ; dont celle-ci qui parle à ma géo-graphie.

Cette esquisse est un ouvrage naturel. Chaque soir j’écrivais ce qui m’avait le plus frappé [...] Je n’ai presque rien changé à ces phrases incorrectes, mais inspirées par les objets qu’elles décrivent: sans doute beaucoup d’expressions manquent de mesure.

STENDHAL dans Rome, Naples et Florence en 1817

DSC02165Pour me servir de flux de vase en vase, sont venus des nuages – ai posé mes yeux en eux – me suis installée, et suis arrivée.
Je regarde, et me sens un peu déplacée.
Pour moi qui ne bouge pas, ou plus, qui n’ai jamais beaucoup bougé.
J’aimais les points – me poser à un endroit sur une carte, dans une ville, y rester le temps de me rendre familiers des coins de rue, des ouvertures sur des paysages de pierres, ou annexés aux pierres – l’arrivée au bord du Tage, et le banc où je m’assieds pour lire et rêver, avec dans mon dos la présence de l’immensité de la place, et puis la ville, les rues où j’ai marché et les gens côtoyés doucement sans que je leur appartienne, sans que je pénètre leur vie – une fenêtre qui me donnait, chaque fois que j’entrais dans la chambre, ou le matin après un grand geste pour repousser les lourds rideaux, les jardins de la Villa Borghèse, avec les bruits de la ville, doucement – une enfilade de briques un peu tristes dans un coin de l’East-end – l’eau d’un canal, à Bruges, un arbre qui se penche, et un clocher derrière une rangée de maisons .. Y rester, presque demeurer, pour que la ville, des tableaux, un marché (la soupe de poisson mangée debout sous une voute près du marché de Florence, ou les deux grandes halles en bas des ramblas, ou la verduria tassée au bord du canal dans une symphonie d’odeurs), une salle de concert, m’aient acceptée comme un tout petit élément étranger glissant à la surface, que nous nous soyons devenus bienveillants.
Mais, c’est vrai, j’aimais bien aussi, parfois, le mouvement qui m’y avait amenée : l’agacement cotonneux de l’autocar interminablement vers Calais et l’absurdité des ferrys – le train de nuit (et surtout pas les attentes sans fin dans les aéroports quand je pouvais l’éviter) vers Rome, ou Florence quand la ville était encore aimable, que l’on y voyait encore des italiens, ou la bien aimée Sienne sur ses collines – ou les ports marchands d’Alger et de Sète, dans le goût et l’odeur de la mer, avec le bas fond de la ville comme arrière plan.
Mes paysages sont de pierres, anciens, et pas très lointains – mais voilà qu’eux et moi nous avons posé un gros pavé dans le flux des lignes du monde.

Brigitte Célérier

C’est dans le cadre de“vases communicants” que Brigitte Célérier nous évoque çà & là depuis cette page.

Brigitte Célérier tient ‘Paumée (divagations)’, un blog qui se trouve ici et où j’ai : DU SAUT DES FRONTIERES

D’autres participants aux vases communicants :
Frédérique Martin
et Désordonnée
Anna de Sandre et Tor-ups
Tiers libre et la vie dangereuse
A Chat perché et Mahigan Lepage
C’était demain et Petite racine
36 poses et Arnaud Maisetti

La géographie c’est ce qu’on ne connaît pas parce qu’on n’en a pas fait pour soi-même territoire, les noms ne dessinent rien, pas de directions, pas de lignes ni possessions, ils ne sont pas nôtres encore,

La géographie en fait on s’en moque, c’est la répétition qui compte, les images qu’on ne saurait pas, à cette étape-là, remettre dans l’ordre, à peine si chaque fois qu’on les revoit on en arrive maintenant à se dire : cela déjà on l’a vu, cela déjà on le sait, et l’entassement de choses,

François BON in Paysage fer

———-§§§§§———-

La géographie est très présente chez F. Bon. Son Tiers livre se consacre en partie à la ville et à la façon qu’on a de vivre la ville et ses lieux.

Une de ses rubriques se nomme la géographie par lignes; j’y ai noté un jour :

Et : “La géographie en fait on s’en moque” (Paysage fer)

paysage ligne 21 mars 19:33, par François Bon, le blog|journal

oui, mais justement, à condition d’être promené dedans !

a t’il répondu.

Description d’un chemin


comment décrire?

comment raconter?

comment regarder?

sous la sécheresse des statistiques officielles,

sous le ronronnement rassurant des anecdotes mille fois

ressassées par les guides à chapeaux scouts,

sous la mise en place officielle de ces objets quotidiens

devenus objets de musée, vestiges rares, choses historiques,

images précieuses,

sous la tranquillité factice de ces photographies figées

une fois pour toutes dans l’évidence trompeuse de leur

noir et blanc,

comment reconnaître ce lieu?

restituer ce qu’il fut?

comment lire ces traces?

comment aller au-delà,

aller derrière

ne pas nous arrêter à ce qui nous est donné à

voir

ne pas voir seulement ‘ce que l’on savai t d’avance

que l’on verrait?


Comment saisir ce qui n’est pas montré, ce qui n’a pas

été photographié, archivé, restauré, mis en scène?

Comment retrouver ce qui était plat, banal, quotidien,

ce qui était ordinaire, ce qui se passait tous les jours?

c’est ce que l’on voit aujourd’hui

et l’on sait seulement que ce n’était

pas ainsi au début du

siècle

mais c’est cela qui nous est donné à voir

et c’est seulement cela que nous pouvons

montrer

Georges PEREC in Récits d’Ellis Island

Pendant un voyage on amasse au passage tout ce qu’on peut, chaque jour apporte du nouveau et on se hâte aussi d’y penser et de juger. Mais ici, on entre dans une très grande école, où un jour dit tant de choses, qu’on ne peut oser dire quelque chose sur lui. Oui, on ferait bien si, restant ici des années, on observait un silence pythagorique.
(Rome, 7 novembre1786)

GOETHE in voyage en Italie

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