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Ma pensée à la forme du paysage
Je suis des lieux, je suis une expérience
Nous sommes, sommes de lieux, topologies
Le monde est la somme des projections de nos mondes intérieurs
Les lieux nous sont ce que nous en percevons
Dans l’emboitement désordonné de la ville
Quels espaces agissent sur mon être sensible ?
Je suis là, au monde, parce que le monde m’émeut
écouter le territoire, entrer dans l’incommensurable de l’espace
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vracs d’après lectures de Donner lieu au monde : LA POÉTIQUE DE L’HABITER, A. Berque, A. de Biase et P. Bonnin (dir), Editions Donner lieu
Si ça fait un moment que je n’y touche pas, à ce site, je n’en recense pas moins des citations. L’autre jour, un peu marre de Balzac, las de Flaubert ou de Proust, pour changer je lis, dans le grand salon de Saché, Les Cathédrales de France, d’Auguste Rodin.
J’y pioche :
Ce qui est beau dans le paysage, c’est ce qui est beau en architecture, c’est l’air, c’est ce que personne n’apprécie : la profondeur. Elle séduit l’âme et l’envoie où elle veut.
A. Rodin, Les Cathédrales de France
La maison de Tante Léonie, qu’ils ont appelé ça. La Léonie du roman qui en réalité se nommait tante Elisabeth.
PROUST.
Pas trop lu.
Juste commencé La Recherche le temps de goûter le passage de la Madeleine ; et de voir qu’une madeleine, c’est un paysage.
Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là); et avec la maison, la ville, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.
Marcel Proust, Du Côté de chez Swann
Est-ce que ça marche avec un Pepito dans un bol de lait ?
Toujours à récupérer des passages dans La Leçon de la Sainte-Victoire, (il faut bien que je lui rende le livre, quand même !), je me laisse guider par mes notes et petits papiers indicatifs : par là : les plans, l’observation du paysage :
Souvent, il y a quelque chose de particulier à observer sur des surfaces éloignées: ces arrière plans, aussi uniformes soient-ils, changent aussitôt que dans l’espace libre au premier plan un oiseau, par exemple, s’envole. Les surfaces reculent et prennent forme de façon sensible; l’air entre elles et l’œil devient palpable. Ce qui est devenu sans objet à force d’être connu ou lié à un endroit précis, à force d’être appelé par son nom, le voilà qui pour une fois se situe à bonne distance; c’est « mon objet» avec son vrai nom.
Peter HANDKE, La Leçon de la Sainte Victoire
(vrac de notes sur Abstraction au voyage d’Isabelle Butterlin)
« Il faut fournir un effort invraisemblable pour s’imaginer devenu point minuscule »
Lieu et traversée de l’espace ; Quel est votre lieu ? Comment le définissez-vous ? ; Qu’est-ce que l’espace entre deux lieux ? ; A force de répétition (du voyage) on s’intéresse de plus en plus aux détails, on précise/affine sa vue, ses observations, sa perception ; Abstraction du paysage par masses vertes ou ocres, en fonction ; Il y a le voyage et le but du voyage, peut-on les désolidariser ? ; Le voyage obligatoire et répétitif se transforme en trajet, en parenthèse, se perd alors l’excitation caractéristique au voyage ; Comment définiriez-vous un lieu ? ; Quel est votre lieu idéal ? De quoi se compose-t’il ? ; Wagon : non lieu ? Comme une gare… ; La géographie physique soumet au train des mouvements qu’il nous répercute, faisant tendre nos muscles pour garder un semblant de verticalité ; Wagon : lieu relatif.
Pour me servir de flux de vase en vase, sont venus des nuages – ai posé mes yeux en eux – me suis installée, et suis arrivée.
Je regarde, et me sens un peu déplacée.
Pour moi qui ne bouge pas, ou plus, qui n’ai jamais beaucoup bougé.
J’aimais les points – me poser à un endroit sur une carte, dans une ville, y rester le temps de me rendre familiers des coins de rue, des ouvertures sur des paysages de pierres, ou annexés aux pierres – l’arrivée au bord du Tage, et le banc où je m’assieds pour lire et rêver, avec dans mon dos la présence de l’immensité de la place, et puis la ville, les rues où j’ai marché et les gens côtoyés doucement sans que je leur appartienne, sans que je pénètre leur vie – une fenêtre qui me donnait, chaque fois que j’entrais dans la chambre, ou le matin après un grand geste pour repousser les lourds rideaux, les jardins de la Villa Borghèse, avec les bruits de la ville, doucement – une enfilade de briques un peu tristes dans un coin de l’East-end – l’eau d’un canal, à Bruges, un arbre qui se penche, et un clocher derrière une rangée de maisons .. Y rester, presque demeurer, pour que la ville, des tableaux, un marché (la soupe de poisson mangée debout sous une voute près du marché de Florence, ou les deux grandes halles en bas des ramblas, ou la verduria tassée au bord du canal dans une symphonie d’odeurs), une salle de concert, m’aient acceptée comme un tout petit élément étranger glissant à la surface, que nous nous soyons devenus bienveillants.
Mais, c’est vrai, j’aimais bien aussi, parfois, le mouvement qui m’y avait amenée : l’agacement cotonneux de l’autocar interminablement vers Calais et l’absurdité des ferrys – le train de nuit (et surtout pas les attentes sans fin dans les aéroports quand je pouvais l’éviter) vers Rome, ou Florence quand la ville était encore aimable, que l’on y voyait encore des italiens, ou la bien aimée Sienne sur ses collines – ou les ports marchands d’Alger et de Sète, dans le goût et l’odeur de la mer, avec le bas fond de la ville comme arrière plan.
Mes paysages sont de pierres, anciens, et pas très lointains – mais voilà qu’eux et moi nous avons posé un gros pavé dans le flux des lignes du monde.
Brigitte Célérier
C’est dans le cadre de“vases communicants" que Brigitte Célérier nous évoque çà & là depuis cette page.
Brigitte Célérier tient ‘Paumée (divagations)’, un blog qui se trouve ici et où j’ai : DU SAUT DES FRONTIERES
D’autres participants aux vases communicants :
Frédérique Martin et Désordonnée
Anna de Sandre et Tor-ups
Tiers libre et la vie dangereuse
A Chat perché et Mahigan Lepage
C’était demain et Petite racine
36 poses et Arnaud Maisetti
Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?
Le paysage est l’homme ; « le paysage n’est pas fait pour être regardé, mais insertion de l’homme dans le monde » ; « Naturellement. C’est très important. Ca aide à s’en souvenir et aussi beaucoup à regarder sur le moment même. La photographie est quelque chose qui se passe en un temps très bref. On vise à travers l’appareil et on cherche. Puis il y a un moment où ça y est, c’est ça ! » dit Michel BUTOR ; « Naturellement, c’est trop bref pour qu’il y ait un discours conscient, c’est impossible. Mais il y a un énorme travail qui se fait là-dedans, et qui se voit très bien dans les photographies ensuite. « C’est fou ce que ce photographe a vu en cet instant » » poursuit-il. La photographie est le paysage par excellence, il y a un point de vue, un sens de vue, un cadrage. Mais la photographie n’est pas le paysage ; le paysage est les cinq sens en action, l’odeur du purin, le léger vent d’ouest, les oiseaux printaniers qui gazouillent, le chewing-gum à la menthe du moment, la chanson de William Sheller qui trotte dans la tête.
Même pour son travail, il préférait le dessin à la photographie car ce n’est qu’ainsi que le paysage lui devenait compréhensible sous tous ses aspects; à chaque fois il était surpris par la quantité de formes qui se révélaient, même dans une étendue à première vue tout à fait monotone. De plus, une région ne lui devenait proche que lorsqu’il la dessinait ligne à ligne, de manière aussi fidèle que possible, sans les schématisations et omissions habituelles de sa discipline scientifique – alors, en toute bonne conscience, il pouvait dire y être allé.
Peter HANDKE in Lent retour
Traverser l’espace. Etre en mouvement. Entrer dans le paysage, le franchir jusqu’au paysage suivant. S’aperçoit-on d’ailleurs qu’on change de paysage ? Tous les paysages du monde ne formeraient-ils pas un seul et même grand paysage aux transitions subtiles ? Faire Comme Julien Gracq, prendre le grand chemin qui relie les paysages entre eux. Au hasard : « La route plonge et zigzague dans le pli creusé de la forêt et soudain se transforme en une rue pavée en lit de torrent » Les romantiques savaient les paysages ; Friedrich ; avec du Moi en eux, comme dans tout paysage. Gracq était une sorte de romantique allemand après l’heure ; « un peu quand même, non ? ». Finalement, le paysage est le lien entre l’espace et le lieu ; il est l’un et l’autre ; perspective spatiale et ancrage.




