Archive de Tag pour ‘Nathanael Gobenceaux’.

Le voyage se fait dans l’espace. Le voyage est traversée de l’espace. Je relève dans Louis Lambert de Balzac : « Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot ? » Je pense : un mot est un voyage. Un mot appelle d’autres mots, un mot est un ensemble de mots. Un mot est un ensemble de voyages.

Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?

Le paysage est l’homme ; « le paysage n’est pas fait pour être regardé, mais insertion de l’homme dans le monde » ; « Naturellement. C’est très important. Ca aide à s’en souvenir et aussi beaucoup à regarder sur le moment même. La photographie est quelque chose qui se passe en un temps très bref. On vise à travers l’appareil et on cherche. Puis il y a un moment où ça y est, c’est ça ! » dit Michel BUTOR ; « Naturellement, c’est trop bref pour qu’il y ait un discours conscient, c’est impossible. Mais il y a un énorme travail qui se fait là-dedans, et qui se voit très bien dans les photographies ensuite. « C’est fou ce que ce photographe a vu en cet instant » » poursuit-il. La photographie est le paysage par excellence, il y a un point de vue, un sens de vue, un cadrage. Mais la photographie n’est pas le paysage ; le paysage est les cinq sens en action, l’odeur du purin, le léger vent d’ouest, les oiseaux printaniers qui gazouillent, le chewing-gum à la menthe du moment, la chanson de William Sheller qui trotte dans la tête.

Traverser l’espace. Etre en mouvement. Entrer dans le paysage, le franchir jusqu’au paysage suivant. S’aperçoit-on d’ailleurs qu’on change de paysage ? Tous les paysages du monde ne formeraient-ils pas un seul et même grand paysage aux transitions subtiles ? Faire Comme Julien Gracq, prendre le grand chemin qui relie les paysages entre eux. Au hasard : « La route plonge et zigzague dans le pli creusé de la forêt et soudain se transforme en une rue pavée en lit de torrent » Les romantiques savaient les paysages ; Friedrich ; avec du Moi en eux, comme dans tout paysage. Gracq était une sorte de romantique allemand après l’heure ; « un peu quand même, non ? ». Finalement, le paysage est le lien entre l’espace et le lieu ; il est l’un et l’autre ; perspective spatiale et ancrage.

o De lieu en lieu, chacun tisse son itinéraire.

o L’homme fait les lieux, les lieux font l’homme.

o Il y a un itinéraire mental qui fait que les hommes vivent les lieux par leur savoir et leur imagination avant de s’y rendre (ou de ne pas s’y rendre).

o Le lieu est par lui-même, il est unique et évolue par ce qu’il est.

o Chaque lieu est le centre d’un monde.

o Le lieu n’est que parce que nous y sommes (réellement ou en pensée).

o Les lieux sont des poupées gigognes : on change d’échelle et un nouveau lieu apparaît.

o Délocaliser : c’est enlever d’un lieu et non pas enlever un lieu (ce qui serait une entreprise difficile).

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Loran Bart

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