Archive de Tag pour ‘lieu’.
Je mets des signets dans la liseuse (j’y lit Proust, discipliné je commence par le tome de début).
Je retrouve les signets dans la liseuse, je relève celui-ci, où le lieu sauve.
j’étais plus dénué que l’homme des cavernes; mais alors le souvenir–non encore du lieu où j’étais, mais de quelques-uns de ceux que j’avais habités et où j’aurais pu être -venait à moi comme un secours d’en haut pour me tirer du néant d’où je n’aurais pu sortir tout seul; je passais en une seconde par-dessus des siècles de civilisation, et l’image confusément entrevue de lampes à pétrole, puis de chemises à col rabattu, recomposaient peu à peu les traits originaux de mon moi.
Comme j’ai bidouillé ce texte, à partir de celui du vase communicant avec Anthony Poiraudeau, je le synthétise à Balzac, refais quelques petits passages et voilà :
Une visiteuse qui vient de Saumur, évoque Saumur, « vous savez que la maison d’Eugénie Grandet existe vraiment dans cette ville ! » … Balzac est géographe, il décrit, épuise les lieux, parfois ! souvent ! toujours ? … Sans Sandeau probablement pas de George Sand, et sans Sand, pas de Beatrix, de Muse du département ni de Gambara ou de Massimillia Doni, ce qui aurait légèrement amputé La Comédie humaine de l’ami Balzac. Par contre, d’Eugénie G., si, probablement … il y a une idée géographique … « J’ai tâché de donner une idée des différentes contrées de notre beau pays. Mon ouvrage a sa géographie comme il a sa généalogie et ses familles, ses lieux et ses choses, ses personnes et ses faits » explique-t’il dans l’Avant-propos … Le juste milieu, ou le milieu juste, celui ontologique. L’être au monde. L’Être au monde … Chercher le Lieu, son Lieu … Eugénie G. est écrit dans le courant des 1830’, sous le début de la Monarchie de Juillet de Louis-Philippe, lui aussi est enclin au Juste milieu, mais pas celui géographique … Le lieu, qui est un concept fondamental de la géographie, occupe notamment une place centrale dans l’œuvre d’H2B … Quand j’explique Balzac et son projet, j’aime insister sur le versant scientifique de cette œuvre, cet ubac, l’histoire des mœurs et la géographie … « Les derniers événements de cette histoire ayant dépendu de la disposition des lieux où ils se passèrent, il est indispensable d’en donner ici une minutieuse description, sans laquelle le dénoûment serait d’une compréhension difficile. » écrit-il dans Les Chouans … Le lieu est de l’histoire … De la fenêtre du 2è étage je montre le paysage du Lys « De la fenêtre, l’œil embrassait la vallée depuis la colline où s’étale Pont-de-Ruan, jusqu’au château d’Azay, en suivant les sinuosités de la côte opposée que varient les tours de Frapesle, puis l’église, le bourg et le vieux manoir de Saché dont les masses dominent la prairie. En harmonie avec cette vie reposée et sans autres émotions que celles données par la famille, ces lieux communiquaient à l’âme leur sérénité. » … Une partie de la définition du « lieu » concerne l’épaisseur culturelle qui influe sur la construction de l’identité d’un homme ou d’un groupe humain. Dans cette conception, le lieu « dépend des choses, les choses en dépendent » … Fouillant dans mes notes relevées de-ci de-là, je repère cette citation tirée de La Femme de trente ans : « Aussi rien n’est-il comparable, dans le cours de la Loire, au riche panorama que la Touraine présente alors aux yeux du voyageur. Le triple tableau de cette scène, dont les aspects sont à peine indiqués, procure à l’âme un de ces spectacles qu’elle inscrit à jamais dans son souvenir ; et, quand un poète en a joui, ses rêves viennent souvent lui en reconstruire fabuleusement les effets romantiques. »
(ce textes est un extrait de Dom Mar qui se développe sur BALZAC par de petite portes)
Comme chaque début de mois, désormais, ça vase ici et là. De chôra (virtuelle) en khôra (virtuelle, aussi) Anthony (P.) est là. Et moi là-bas, sur son Futiles et graves.
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Notes à propos de l’épaisseur du nord
« Or, cet “infini” est matière. »
Éric Dardel, L’Homme et la terre, p.9
Le nord est une notion abstraite, issue d’une compréhension de l’espace comme étendue homogène, mesurable et quantifiable. Le nord n’en implique pas moins concrètement les lieux dans leur matérialité, leur singularité et leurs contingences.
Chaque lieu du monde a un nord, alors le nord est partout.
On peut dire qu’il est un lieu, nommé pôle, où convergent tous les trajets en direction du nord, et donc qu’un lieu dispose d’une place supérieurement nordique dans le dispositif septentrional. Ce lieu, pôle, ne tire pas ce statut singulier d’une irrégularité qui lui serait propre, mais d’une compréhension quantitative de l’espace supposé homogène.
Ainsi, le nord n’a pas de lieu. Lire la suite »
Comme le vent “zoum zoum” dans les branches, je suis là à naviguer, j’hésite à mettre encore du Handke, je trouve ce poème de Guillevic sur un site de poésie : mais, l’espace, est-ce du plein ou du vide ?
Quand nous sommes
Dans un même lieu,
Pas éloignés l’un de l’autre,Quand entre nous l’espace
Est plein de toi, de nous,Mérite-t-il encore
Le nom d’espace ?Eugène GUILLEVIC
Comme j’ai laissé un peu de coté ces pages depuis quelques temps, je m’y remets. Je fouille dans le dossier Butor de l’ordinateur. Jacques Roubaud donne des noms à ses ordinateurs (Mandy si je me souviens bien). Il faudrait que j’en trouve un aussi, doux pour alternative à “Allez Pépère” ou “Merde, tu te magnes un peu” qui ne le font pas aller plus vite. Bref je trouve dans Pépère ce texte tiré je ne sais plus d’où.
ITINÉROGRAPHIE pour Roberto Altmann
Dans un pays qui a les dimensions d’un royaume d’autrefois, le marcheur aventureux rassemble au matin quelques provisions, monnaies, instruments, cartes au besoin, puis s’embarque en son mouvement souple pour répondre aux sollicitations du lieu. A chaque chant d’oiseau il pourra tourner à droite; à la première motocyclette il faudra par exemple monter une pente, à la seconde redescendre. Les inscriptions joueront un rôle décisif suivant le nombre de leurs mots, de leurs lettres s’il n’en est qu’un, le fait qu’ils commencent par une voyelle ou une consonne. Alors il ramassera un caillou, cueillera une fleur, prélèvera une branche, prendra une photo ou un croquis, écrira un mot sur un carnet, sur sa main ou sur une pierre, ou toute une phrase, toute une page, disposera les signes d’une piste qu’il retrouvera peut-être le lendemain, ou huit jours, ou un an plus tard. Sur le territoire qu’il explore ainsi par un entrelacs de chemins toujours inattendus, il dépose pour lui-même toutes sortes de marques disant : rentre chez toi, ou bien; ne rentre pas chez toi ce soir, mange le plus tôt ou le plus tard possible, ramène la récolte et range-la, ou bien inscris son catalogue sur ton carnet et disperse-la, ou abandonne-la ici près d’autres laissées autrefois, sans rien inscrire, ou bien inscris ce qui reste de ce trésor d’antan, dessine-le, photographie-le, peins-le, ou rentre chez toi pour le décrire, le peindre, le photographier ou le dessiner, ou l’horizon encore, ou les nuages, ou les rencontres, ou les mots, les images, les souvenirs ou tout ce qui vient à l’idée.
Ainsi le pays devient peu à peu livre à innombrables pages qui se feuillettent elles-mêmes en pages innombrables, et l’itinérant lui-même phrase qui se faufile entre les lignes et les signes, parfum qui répond aux couleurs qui répondent aux sons qui répondent aux parfums dans un livre-atelier qui a les dimensions non seulement d’un royaume d’autrefois, mais du voyage futur.
Michel BUTOR
Institut de géographie de Paris. J’écoute le géographe, il dit en substance (de mes souvenirs) que Michel BUTOR est l’écrivain de la mondialisation, celui qui l’accompagne depuis 1/2 siècle et en rend compte. Butor évoque les lieux, mais les lieux dans l’espace, dans leurs sites et situations (distinguer site et situation est une des premières choses qu’on apprend en fac de géo), des lieux dans leur évolution au sein de ce monde nouveau.
La thématique de l’espace est évidemment centrale dans [l]a production romanesque [de Michel Butor] que l’on songe à l’importance de l’immeuble de Passage de Milan ou à celle, mythique dans notre littérature contemporaine, du compartiment dans lequel se dèroule La Modification ; sa réflexion critique et ses lectures creusent volontiers ce thème dans les œuvres littéraires et artistiques; plus nettement encore son écriture s’est trouvée transformée des recherches qu’il a consiguées dans les textes de la série du Génie du Lieu et dans ceux qui rendent compte d’espaces particuliers: Venise, les Etats-Unis d’Amérique, ou les chutes du Niagara. L’Espace est ainsi dans l’oeuvre de Michel Butor un thème et un problème.
Raphaël MONTICELLI dans Approche du continent Butor
Lu après tous (de la blogosphère) L’Incendie du Hilton. Y ai placé quelques marques(-ta-page) en bordereau déchiré & noté villes ou gares. De la gare comme lieu-promesse. Je pense comme l’universel dans l’ailleurs.
Ce que nous aimons, ce sont les gares qui témoignent de l’idée de voyage. Elles sont comme la part organique d’une conquête, avec ce qu’il faut de nourriture proposée, de salles où s’asseoir ou dormir, et la promesse, aux tableaux et affichages, qu’on pourrait se réveiller dans une ville où tout aurait changé, la langue, les gens, le ciel – sauf cela, justement, qui fait qu’on sait toujours se débrouiller dans une gare.
François BON dans L’Incendie du Hilton
Toujours en exploration dans l’inépuisable Butor (l’homme semble l’être autant que son œuvre) je retrouve ce par quoi il aurait fallut commencer : ce génie du lieu qui donne son nom à une série de 5 livres.
On n’est pas le même partout. […] Certains lieux sont particulièrement actifs, révélant des parties de nousmêmes que nous ignorions; c’est ce que j’appelle leur « génie », m’appuyant sur la tradition latine. Souvent c’est parce qu’ils sont façonnés par l’homme, qu’ils sont la matérialisation d’une culture ou d’une époque. Parfois un grand artiste, un architecte par exemple, les a façonnés ; mais la plupart du temps ils se sont mis à plusieurs et les époques se superposent. Parfois ce sont des écrivains qui ont décrit telle ville, et dont nous avons l’impression de retrouver le texte à tous les coins de rues.
Michel BUTOR dans Michel Butor par Michel Butor
Période Handke qui se prolonge. Déception des carnets, mais pas de ces entretiens. Très portés sur la géographie au début.
Dans le livre, les lieux, pour le lecteur, sont toujours autres, et plus vastes, et aussi plus fructueux, que si on l’emmène là en lui disant, comme lors d’un pèlerinage ou un voyage guidé, voici l’arbre ou … cela me gêne. Chacun, quand il a lu quelque chose, en a l’image en soi, et il se réjouit de cette image. Mais le modèle est toujours décevant, et plutôt importun, aussi. – Ou alors le lecteur trouve lui-même, il se met en quête et part à la recherche.
Peter HANDKE dans Espaces intermédiaires
J’ai tenté il y a quelques temps un ensemble de citations de Balzac sur la géographie. Mais l’entrée la plus intéressante, semble-t’il, est par le voyage, rarement de très grands voyages dans l’œuvre de Balzac ; mais tout de même, cette petite phrase trouvée par une collègue, petite phrase un peu désabusée…
J’ai voyagé , j’ai vu qu’il y avait partout des plaines ou des montagnes : les plaines ennuient, les montagnes fatiguent ; les lieux ne signifient donc rien. Quant aux mœurs, l’homme est le même partout : partout le combat entre le pauvre et le riche est établi, partout il est inévitable ; il vaut donc mieux être l’exploitant que d’être l’exploité ;
Honoré DE BALZAC in Gobseck
A voir sur ce thème : LES EUROPEENS SELON HONORE DE BALZAC


