Archive de Tag pour ‘Frédéric-Yves Jeannet’.

Je n’ai jamais franchi la ligne de changement de date. Je m’en suis approché une fois, en allant aux Etats-Unis, mais, vous voyez, on en est encore loin. Par contre en littérature, oui, avec Michel BUTOR, et ici avec Frédéric-Yves JEANNET. Être au bout du monde, non pas à la fin du monde, mais à l’opposée. Moi j’observe tout cela de mon Greenwich personnel, de ma Longitude 0.4069444.

Où commence, où finit ce mardi 23 janvier Je prévoyais d’écrire cette page au Mexique, dans ma maison sous les volcans, avec huit heures de retard sur la journée du 23 telle qu’elle se déroulerait sur le méridien de Greenwich et dans l’hémisphère nord. Je croyais que ce serait en hiver, l’hiver certes très tempéré de Cuernavaca, mais l’hiver astronomique malgré tout puisque Cuernavaca, comme Greenwich, se situe dans l’hémisphère nord. Or il m’a fallu changer de cap, renoncer à ce voyage, et c’est dans le grand vent de Wellington où je vis pour l’instant, dans le plein été du sud de l’hémisphère sud – qui ne se différencie guère pourtant de l’hiver tempéré dans l’autre hémisphère -, aux antipodes exacts du lieu vers lequel doit se doit se diriger ce texte, que j’essaie de rendre compte, avec une journée entière d’avance sur l’heure GMT (et dix-heures avant le Mexique dont nous sépare, au milieu du Pacifique, la ligne de changement de date), de rendre compte, oui, de l’écoulement de ce mardi 23 janvier. Lorsque cette journée d’été ordinaire et cette page se seront entièrement déroulées, la même journée, mais au coeur de l’hiver, ne fera pourtant que commencer en Europe. Il sera alors trop tard, et je serai trop loin pour en témoigner. Je dois par conséquent effectuer une mission d’éclaireur, en quelque sorte, me livrer à un travail de pointe dans l’exploration du jour non advenu encore sur le calendrier du monde occidental tel qu’il reste aligné, pour l’essentiel, et qu’on le veuille ou non, sur le méridien de Greenwich, au besoin celui de Washington.

Frédéric-Yves JEANNET, Osselets

Une présentation de l’oeuvre de Frédéric-Yves Jeannet se trouve là :

De Californie aux Ardennes j’étais parti & revenu, et Jacob m’avait dit à mon retour que « personne-dans-son-entourage-ni-même-lui » n’avait compris le sens de ce périple qui, erratiquement leur semblait-il, m’avait conduit à Charleville-Mézières & à San Francisco, à Los Angeles & Taxco, et dont j’étais revenu la tête pleine de lieux & climats télescopés … En guise de réponse j’avais tenté de lui expliquer mon vertige & cette sensation étrange, paradoxale, de n’être plus nulle part, et l’espèce de dépossession qui en résultait, mais l’avait-il compris?

Frédéric-Yves JEANNET in La lumière naturelle

“Quant à votre question sur le livre (Au dessous du volcan de M. Lowry, en l’occurence) comme intercesseur par rapport au lieu, et à la vie même du lecteur, je ne voudrais rien généraliser, mais je crois que le rôle de la littérature peut être capital (cela dépend aussi de l’importance qu’on lui accorde, bien sûr) et dans le cas de ce livre, ce lieu et cette expérience précise, il l’a été pour moi, puisqu’il a décidé en partie (l’autre part, c’est la rencontre d’étudiants mexicains avec lesquels je partageais un appartement à Londres) de mon départ pour le Mexique, et donc du reste de ma vie, qui en a découlé. Mais ce sont aussi bien sûr certaines qualités propres à ce lieu qui m’ont conduit à l’adopter ensuite pour y vivre, y construire ma maison, parce qu’il me convenait – car d’autres livres que j’ai aimés, qui comptent beaucoup pour moi, comme “Ulysse” de Joyce ou “A la recherche du temps perdu” par exemple, n’ont pas eu le même effet sur moi: je ne me suis pas installé à Dublin et n’y suis même jamais allé, pas plus qu’en Normandie.”

Frédéric-Yves JEANNET, Correspondance

voilà donc encore un lieu du monde où je ne pourrais guère m’établir (mais le puis-je désormais quelque part si ce n’est peut-être à New York où tous les lieux sont présents, réconciliés), même si je suis heureux d’en explorer aujourd’hui quelques facettes.

Frédéric-Yves JEANNET in Recouvrance

vers mes NoTe&PaRSeS & AUTO-GÉO-GRAPHIE-S (en cliquant sur l’image)

Entrez votre adresse mail pour recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Joignez-vous à 6 followers

RSS NoTeS&PaRSeS

  • ZUP ! alors… (Catalogue) 24 avril 2012
    A Vineuil près Blois, sur une marge de la ZUP, ai photographié une statuette de femme nue x2 une camionette une bouteille orange sur divers fonds une statuette de fillette bien coiffée un Babar en plastoque un cadre à travers un trou dans une plaque de mousse (pour éviter de se voir dans le cadre) [...]
  • Brouillons Azay(-le-Rideau en château) 31 mars 2012
  • Du saut des lieux 21 mars 2012
    D’où j’écris …Dont je parle… … …Une collègue me montre ce que fait un de nos petits plaisantins de clients : il cache les tirés à part de revues qui l’intéressent derrière les livres de droit aérien qui sont déjà bien rangé en hauteur (c’est spécifique et relativement peu demandé le droit aérien). Bon moi [...]
  • Jongler avec les lieux (et avec la mémoire) 28 février 2012
    New-York – JFK en juillet La poignée de la valoche a pété. New-York – on the highway Premiers pas américains, « ciels nous sommes découverts » crient-ils en chœur. Premiers tours de roues, première halte pour manger un hamburger avec soda. New-York – Liberty Island (forcément) Liberté – américanité : where is Paris ? Far east, straight on across [...] […]
  • Tout est relatif 11 février 2012
    C’est la relativité expliquée par la météo : nous on se presse pour voir les glaçons dans la Loire, on prend des photos… et elle, russe du côté de Saint-Pétersbourg, qui lâche, laconique, “oh, on dirait l’arrivée du printemps”. Classé dans:Phauto-géographies Tagged: Langeais, Loire

Loran Bart

RSS BALZAC (par de petites portes)

  • Jay McInerney et Illusions Perdues 19 janvier 2012
    « Quand j’ai commencé à écrire sur New York, il y a bien longtemps de cela, j’ai réalisé qu’il n’y avait pas beaucoup de romans américains consacrés aux villes. La littérature américaine s’intéressait à la frontière, aux banlieues résidentielles. Et … Lire la suite →
    Nathanaël Gobenceaux
  • Sans titre 3 janvier 2012
    Forcémment BALZAC, forcémment SAND, forcémment d’autres aussi (…PROUST…RABELAIS…Alain FOURNIER…) dans leur géographie au Centre c’est une résidence numérique, C’EST PAR LÀ
    Nathanaël Gobenceaux
  • Balzac en chanson (2 – Arnaud Fleurent-Didier) 31 décembre 2011
    Nathanaël Gobenceaux

RSS Landry JUTIER

  • Histoire d’Amadis d’Orbigny 21 avril 2011
    Le banquet Des serviteurs s’empressent et doublent Amadis et les cinquante-deux cavaliers. Au centre d’une grande clairière Une table est dressée Et des torches brûlent. Quelques corbeaux effrayés s’envolent Beaux oiseaux au plumage dense. Une foule d’invités s’installent ; Un des cavaliers place Amadis Et en face de lui il voit Margot. Elle lui adresse [... […]
    landryjutier
  • Histoire d’Amadis, Une mascarade donnée à C… 20 mars 2011
    Amadis revoit Margot. La nuit est tombée Le Cher gronde Il est furieux Et ses flots Charrient une boue terne. La voûte est incroyablement souple et douce Elle est tendue d’un velours bleu. Plus d’étoiles Qu’à l’habitude brillent sous cette latitude. Amadis marche à travers La forêt sombre. Il est tourmenté Car il ne sait [...]
    landryjutier
  • Nolwenn Euzen, Le désordre ne jette pas dehors (vase communicant) 3 février 2011
    Combien dire de moi ? Je que déjà le monde tire. Appelle. Libération ici. Oppression là-bas. Que déjà renverser. Je n’ai pas fini de porter maman. Pas fini d’écouter papa. Je n’ai pas fini d’enfanter ma zone interdite. Les plus longues phrases pour moi. TOUT doit parler !!! – mais tout ne parle pas. Même [...]
    landryjutier
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.