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Ma pensée à la forme du paysage

Je suis des lieux, je suis une expérience

Nous sommes, sommes de lieux, topologies

Le monde est la somme des projections de nos mondes intérieurs

Les lieux nous sont ce que nous en percevons

Dans l’emboitement désordonné de la ville

Quels espaces agissent sur mon être sensible ?

Je suis là, au monde, parce que le monde m’émeut

écouter le territoire, entrer dans l’incommensurable de l’espace

———-

vracs d’après lectures de Donner lieu au monde : LA POÉTIQUE DE L’HABITER, A. Berque, A. de Biase et P. Bonnin (dir), Editions Donner lieu

Sur un coin de table (ronde, façon de dire), fin de déjeuner solitaire dans le ventre du château, téléphone portable posé de biais, je lis Théorie des orages, de Lucien Suel. Depuis le temps qu’on se follow sur twitter (ses textes et sa limace à tête de chat)… Je suis content d’enfin déposer quelques unes de ses lignes ici. Sur l’espace-temps. On aime bien cette idée d’espace-temps en géographie, une revue (scientifique) en a même fait son titre. Lucien Suel en propose une définition poétique.

Le temps et l’espace sont autre chose qu’un pas de deux. Au centre de leurs caractéristiques réciproques, se love l’infinité d’un univers sans bord qui n’a ni commencement, ni fin sur l’axe du temps imaginaire dans une région à multiples dimensions. En premier lieu on voit un volatile (c’est un pigeon) qui se pose sur un végétal (c’est une branche de saule). L’oiseau est signe du temps sur l’arbre qui est l’espace vivant. L’aile est visage de l’esprit et transporte le pigeon de l’origine.

et cette autre phrase

J’avance en tâtonnant sur la courbure de l’espace-temps.

Lucien Suel, Théorie des orages, Publie.net

ouverture pour

point / ligne / surface
à Saint-Germain-des-Prés

 

Le texte suivant est un bref extrait de point / ligne / surface à Saint-Germain-des-Prés, étude géographique de Quant à Saint-Germain-Des-Prés, trente et un tanka sur la main d’après de Nicolas Grenier, à paraître en juin 2011 aux Éditions du Tanka francophone

(les textes en italiques (sauf les citations de G. Bachelard & Y. Bonnefoy)  sont des extraits du livre de Nicolas Grenier.)

————–

      

“Je possède d’autant mieux le monde que je suis plus habile à le miniaturiser.”
 G. Bachelard, Poétique de l’espace

       

 Saint-Germain-des-Prés, c’est une fabrique d’histoire(s), la grande (Childebert, l’Abbaye), les petite(s) (Monoprix).

Saint-Germain-des-Prés c’est de la géographie, aussi. Lire la suite »

Tu vois, j’essaie de lire des romans, mais souvent c’est dur. Les déferlantes, je me suis arrêté après la scène de la tempête, en gros. Même Balzac des fois, alors je me rabats sur ses romans courts. Ces jours-ci je me suis réconcilié avec le genre avec Parle-leur de batailles de rois et d’éléphants de M. Enard et avec La Centrale d’E. Filhol, donc.

Qu’est-ce qui rompt l’espace naturel ? L’estuaire, la falaise morte, le marais. La falaise comme témoignage d’une ancienne ligne de rivage perdue à l’intérieur des terres. Est-ce que les habitations troglodytes dans la falaise – la trace de ces habitations rompent l’espace naturel? Et la vigne; les canaux, jusqu’aux vestiges du bocage en partie démantelé? Où commence, où finit cet espace? Concrètement, il n’y a plus rien de naturel ici, hors les bancs de sable au milieu du fleuve – et encore. La main de l’homme est partout. Dans ce paysage entièrement façonné, mais qui s’ouvre encore par nature démesurément à l’horizontale, avec si peu de repères verticaux les pylônes dans leur ancrage ne choquent pas, et leur tête plantée à trente-cinq mètres du sol au-dessus des treillis métalliques donne l’échelle.

Elisabeth FILHOL, La Centrale

Comme le vent "zoum zoum" dans les branches, je suis là à naviguer, j’hésite à mettre encore du Handke, je trouve ce poème de Guillevic sur un site de poésie : mais, l’espace, est-ce du plein ou du vide ?

Quand nous sommes
Dans un même lieu,
Pas éloignés l’un de l’autre,

Quand entre nous l’espace
Est plein de toi, de nous,

Mérite-t-il encore
Le nom d’espace ?

Eugène GUILLEVIC

Lors des années parisiennes, je fréquentais les soldeurs du quartier latin, après la fac, ou après la librairie, ou avant. J’y ai trouvé des Butor, une BD d’Ubu merdre, …, et un petit liv(b)re sur Claude Simon dans une collection appelée Lieux de l’écrit qui propose de porter un regard nouveau sur l’espace des grands écrivains de notre temps. J’y pioche ce qui se dit au présent est passé & l’espace comme réceptacle :

L’espace recèle en lui le récit, recueil de faits passés à (re)cueillir.

L’imagination ne peut reconstruire au présent le passé, même, ou surtout, si elle suit les données d’un guide touristique. Aux signes conventionnels de la géographie, « petits traits en éventail », « lignes noires, épaisses prolongées par des pointillés» s’oppose l’état présent du lieu envahi par la végétation

Didier ALEXANDRE, Claude Simon, lieux de l’écrit, Ed. Marval

Institut de géographie de Paris. J’écoute le géographe, il dit en substance (de mes souvenirs) que Michel BUTOR est l’écrivain de la mondialisation, celui qui l’accompagne depuis 1/2 siècle et en rend compte. Butor évoque les lieux, mais les lieux dans l’espace, dans leurs sites et situations (distinguer site et situation est une des premières choses qu’on apprend en fac de géo), des lieux dans leur évolution au sein de ce monde nouveau.

La thématique de l’espace est évidemment centrale dans [l]a production romanesque [de Michel Butor] que l’on songe à l’importance de l’immeuble de Passage de Milan ou à celle, mythique dans notre littérature contemporaine, du compartiment dans lequel se dèroule La Modification ; sa réflexion critique et ses lectures creusent volontiers ce thème dans les œuvres littéraires et artistiques; plus nettement encore son écriture s’est trouvée transformée des recherches qu’il a consiguées dans les textes de la série du Génie du Lieu et dans ceux qui rendent compte d’espaces particuliers: Venise, les Etats-Unis d’Amérique, ou les chutes du Niagara. L’Espace est ainsi dans l’oeuvre de Michel Butor un thème et un problème.

Raphaël MONTICELLI dans Approche du continent Butor

Le concept d’espace varie beaucoup suivant l’idée que l’on s’en fait et que l’on se fait de soi-même. La définition de l’espace est celle de l’être et inversement.

Olivier DEBRÉ  in L’espace et le comportement

Le voyage se fait dans l’espace. Le voyage est traversée de l’espace. Je relève dans Louis Lambert de Balzac : « Souvent, me dit-il, en parlant de ses lectures, j’ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot dans les abîmes du passé, comme l’insecte qui flotte au gré d’un fleuve sur quelque brin d’herbe. Parti de la Grèce, j’arrivais à Rome et traversais l’étendue des âges modernes. Quel beau livre ne composerait-on pas en racontant la vie et les aventures d’un mot ? » Je pense : un mot est un voyage. Un mot appelle d’autres mots, un mot est un ensemble de mots. Un mot est un ensemble de voyages.

Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?

vers mes NoTe&PaRSeS & AUTO-GÉO-GRAPHIE-S (en cliquant sur l’image)

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