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P.L.S.: Points, Lignes, Surfaces. Il y a les objets géographiques ; il y a les rues qui en fonction de l’échelle d’observation/représentation passent du point à la ligne puis à la surface. Voilà en quelques lignes (mais il y en a 2 fois plus derrière) de Balzac une typologie des rues parisiennes.

Il est dans Paris certaines rues déshonorées autant que peut l’être un homme coupable d’infamie; puis il existe des rues nobles, puis des rues simplement honnêtes, puis de jeunes rues sur la moralité desquelles le public ne s’est pas encore formé d’opinion; puis des rues assassines, des rues plus vieilles que de vieilles douairières ne sont vieilles, des rues estimables, des rues toujours propres, des rues toujours sales, des rues ouvrières, travailleuses, mercantiles. Enfin, les rues de Paris ont des qualités humaines, et nous impriment par leur physionomie certaines idées contre lesquelles nous sommes sans défense. Il y a des rucs de mauvaise compagnie où vous ne voudriez pas demeurer, et des rues où vous placeriez volontiers votre séjour. Quelques rues, ainsi que la rue Montmartre, ont une belle tête et finissent en queue de poisson. La rue de la Paix est une large rue, une grande rue; mais elle ne réveille aucune des pensées gracieusement nobles qui surprennent une ame impressible au milieu de la rue Royale, et elle manque certainement de la majesté qui règne dans la place Vendôme. Si vous vous promenez dans les rues de l’île Saint-Louis, ne demandez raison de la tristesse nerveuse qui s’empare de vous qu’à la solitude, à l’air morne des maisons et des grands hôtels déserts. Cette île, le cadavre des fermiers généraux, est comme la Venise de Paris. La place de la Bourse est babillarde, active, prostituée; elle n’est belle que par un clair de lune, à deux heures du matin: le jour, c’est un abrégé de Paris; pendant la nuit, c’est comme une rêverie de la Grèce.

Honoré DE BALZAC dans Ferragus

Comme nous préparons des ateliers d’écriture au musée, une collègue fait sur le voyage. Comme je me suis intéressé de près à tout cela (le récit de voyage en Italie chez Taine, Suarès et Giono), je lui demande de me prêter ses citations pour voir ; dont celle-ci qui parle à ma géo-graphie.

Cette esquisse est un ouvrage naturel. Chaque soir j’écrivais ce qui m’avait le plus frappé [...] Je n’ai presque rien changé à ces phrases incorrectes, mais inspirées par les objets qu’elles décrivent: sans doute beaucoup d’expressions manquent de mesure.

STENDHAL dans Rome, Naples et Florence en 1817

Le paysage est une réduction, irrémédiablement. Le paysage-Aleph n’existe pas. Etant donné « la Terre est ronde », c’est une chose inimaginable, inconcevable, irréalisable. Et ce qui est mais qui est caché, qu’en faire ? Je repense à mon carnet de Géographies. Voici ce que j’y avais noté à propos de l’espace : L’espace : ce tout. Et c’est tout. Tout est-il dans l’espace, vraiment ?

Description d’un chemin


comment décrire?

comment raconter?

comment regarder?

sous la sécheresse des statistiques officielles,

sous le ronronnement rassurant des anecdotes mille fois

ressassées par les guides à chapeaux scouts,

sous la mise en place officielle de ces objets quotidiens

devenus objets de musée, vestiges rares, choses historiques,

images précieuses,

sous la tranquillité factice de ces photographies figées

une fois pour toutes dans l’évidence trompeuse de leur

noir et blanc,

comment reconnaître ce lieu?

restituer ce qu’il fut?

comment lire ces traces?

comment aller au-delà,

aller derrière

ne pas nous arrêter à ce qui nous est donné à

voir

ne pas voir seulement ‘ce que l’on savai t d’avance

que l’on verrait?


Comment saisir ce qui n’est pas montré, ce qui n’a pas

été photographié, archivé, restauré, mis en scène?

Comment retrouver ce qui était plat, banal, quotidien,

ce qui était ordinaire, ce qui se passait tous les jours?

c’est ce que l’on voit aujourd’hui

et l’on sait seulement que ce n’était

pas ainsi au début du

siècle

mais c’est cela qui nous est donné à voir

et c’est seulement cela que nous pouvons

montrer

Georges PEREC in Récits d’Ellis Island

Ce que dit le peintre : Nous copions ce que nous possédons et non ce que nous voyons (Marc Chagall).

Ce que dit le géographe : Tout géographe interroge le monde sensible (Henri Chamussy)

je ne veux pas dresser le cadastre de ces contrées, ni rédiger leurs annales : le plus souvent ces entreprises les dénaturent, nous les rendent étrangères ; sous prétexte d’en embrasser la totalité, d’en saisir l’essence, on les prive du mouvement, et de la vie ; oubliant de faire une place à ce qui en elles se dérobe, nous les laissons tout entière échapper.

Philippe JACOTTET in Paysage avec figures absentes

vers mes NoTe&PaRSeS & AUTO-GÉO-GRAPHIE-S (en cliquant sur l’image)

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