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Comme je recherches des docs pour préparer une activité pour les lycéens, je tombe sur une entrevue avec Jean Giono. Il est pas piqué des hannetons, le Jean ! Il adore détester Balzac, même, le Jean ! Bien entendu je mets l’article sur Balzac (par de petites portes). Puis j’y reviens en géographe : dans l’entrevue il y a ce petit passage sur l’emboîtement des échelles, comme disent les géographes.
Balzac commence par te décrire la France. Dans la France il te décrit une province, dans une province il te décrit une vallée, dans la vallée il te décrit le château, dans le château il te décrit un escalier ; l’escalier arrive à un palier, sur le palier il y a des portes; il te décrit les portes, et puis après il te décrit une chambre, et on rentre dans la chambre et le roman est fini. C’est généralement à ce moment-là que le roman de Stendhal commence.
Jean GIONO
Trouvé (en France, en Touraine, à Saché, dans la bibliothèque du musée, dans le placard de gauche, dans le rayon des années Balzaciennes,) dans L’année Balzacienne 2011, dans l’article Le Balzac de Giono
Période Handke qui se prolonge. Déception des carnets, mais pas de ces entretiens. Très portés sur la géographie au début.
Dans le livre, les lieux, pour le lecteur, sont toujours autres, et plus vastes, et aussi plus fructueux, que si on l’emmène là en lui disant, comme lors d’un pèlerinage ou un voyage guidé, voici l’arbre ou … cela me gêne. Chacun, quand il a lu quelque chose, en a l’image en soi, et il se réjouit de cette image. Mais le modèle est toujours décevant, et plutôt importun, aussi. – Ou alors le lecteur trouve lui-même, il se met en quête et part à la recherche.
Peter HANDKE dans Espaces intermédiaires
Pendant des années j’ai été obligé d’avoir un lieu fixe pour écrire, d’être installé; à tel point que lorsque je déménageais, ce qui m’est arrivé bien souvent, j’avais besoin de plusieurs semaines avant de pouvoir m’y remettre. Il était essentiel pour moi de neutraliser le lieu; autrement il m’ absorbait trop; j’étais fasciné. Cela n’avait pas trop d’inconvénients, car ma mémoire fonctionnait suffisamment pour que les idées demeurent en réserve dans ma tête. Avec les années, c’est devenu plus difficile; par compensation, j’ai eu besoin de moins en moins de temps pour me tailler un espace d’écriture dans un nouveau lieu.
Michel BUTOR in échanges, carnets 1986
Dans ce mot «géopoétique» est contenue l’idée que l’on peut localiser la pensée, relier territoire et pensée, nature et culture. Si notre culture et notre civilisation sont à l’heure actuelle tellement creuses, c’est justement parce que nous avons perdu ces liens. Il s’agit donc d’essayer de lier la pensée plus exigeante au lieu le plus fort, le plus intense matériellement.
Kenneth WHITE in Entretien avec Gilles Farcet, in Le Poète cosmographe
"Quant à votre question sur le livre (Au dessous du volcan de M. Lowry, en l’occurence) comme intercesseur par rapport au lieu, et à la vie même du lecteur, je ne voudrais rien généraliser, mais je crois que le rôle de la littérature peut être capital (cela dépend aussi de l’importance qu’on lui accorde, bien sûr) et dans le cas de ce livre, ce lieu et cette expérience précise, il l’a été pour moi, puisqu’il a décidé en partie (l’autre part, c’est la rencontre d’étudiants mexicains avec lesquels je partageais un appartement à Londres) de mon départ pour le Mexique, et donc du reste de ma vie, qui en a découlé. Mais ce sont aussi bien sûr certaines qualités propres à ce lieu qui m’ont conduit à l’adopter ensuite pour y vivre, y construire ma maison, parce qu’il me convenait – car d’autres livres que j’ai aimés, qui comptent beaucoup pour moi, comme "Ulysse" de Joyce ou "A la recherche du temps perdu" par exemple, n’ont pas eu le même effet sur moi: je ne me suis pas installé à Dublin et n’y suis même jamais allé, pas plus qu’en Normandie."
Frédéric-Yves JEANNET, Correspondance
la poésie ne sera pas seulement l’affaire du moi (le tiroir du privé), ni une affaire de mots, spécialité de technologues linguistiques, mais une affaire de monde. Il s’agit de l’articulation d’un monde.
Kenneth WHITE in Le Poète comographe
Un jour, près des Voirons, début novembre, le 3 ou le 4 je crois, un week-end, j’ai branché le dictaphone (dont la petite taille l’épate), et je déroule mes questions, et j’écoute ses réponses, dont celle-ci sur le lieu.
Un lieu, c’est une donnée tout à fait générale. C’est l’endroit où on se trouve. Où on se trouve soit même, ou bien l’endroit où se trouvent d’autres personnes. C’est toujours l’endroit où se trouvent des gens. Même si ce sont des déserts. Si ce sont des déserts, les gens… D’abord il y a des gens qui vivent dans les déserts. Et même les déserts où personne ne vit, nous les connaissons à cause des gens qui vivent à côté et qui de temps en temps vont à l’intérieur. Donc c’est toujours lié à la question générale de l’habitation si vous voulez. L’espace lui-même, l’espace interplanétaire est un lieu parce que nous commençons à y aller et puis parce que nous le regardons, nous l’étudions.
Michel BUTOR in http://www.cybergeo.eu/index9952.html




