Jean ROUAUD & la ville

La nuit (3h du mat’), Sécotine qui couine, du coup le coussin d’allaitement de la maman devient coussin de littérature ; bien commode. Je pioche au hasard, presque, Les villes fantômes de Jean Rouaud. Il y propose une re-(un peu)définition de la ville. En écho à la définition plus officielle d’origine La ville rassemble des personnes qui vivent fondamentalement du commerce et des services (mais pas que) (Les Mots de la géographie). Et comme donc la ville c’est la foire, je suis allé m’installer à la campagne (mais pas que).

Peut-être que tout simplement la ville n’est plus ce qu’elle était. Qu’elle n’a été la ville que pendant ce temps qu’elle se vivait comme un lieu d’échange, autrement dit une grande place au milieu de nulle part accueillant les grandes foires du Moyen Âge, et ainsi de ville de foire en ville de foire, remontaient et descendaient les hommes, les marchandises, les idées, les esthétiques, de la mer du Nord à la Méditerranée, via Beaucaire, Reims, Bruges, autrement dit, cette grande place accueillant le transit, un vide, une béance, autrement dit la ville c’est un trou, au lieu qu’on la pense comme un plein, une installation autonome, une construction élaborée — c’est du moins l’avis des urbanistes qui se font fort de penser la ville comme un jeu de lego, d’attribuer une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, et qui, quand ils prennent du recul pour juger de l’effet produit, jugent que cela est bon puis partent se reposer comme au septième jour en nous laissant nous débrouiller avec leur architecture et leurs concepts de bien vivre.
La ville ne serait au fond qu’un super relais de poste, ça rentre et ça sort, circulez, entre-temps on s’est débarrassé de certaines choses et on repart avec d’autres. On s’attarde le temps de procéder à l’échange, de profiter de quelques avantages en nature, puis on s’en va en laissant la place vide. Pour qu’elle soit nette, il va falloir penser à créer des fonctionnaires de la voirie qu’on logera dans les faubourgs. Reste les sédentaires, prêteurs sur gages, banquiers, scribes, hôteliers, aubergistes, toujours à guetter le chaland, le forain, le passant, et qui élèvent de hautes façades pour que les errants les repèrent de loin. La ville, c’est un amer. Une ville c’est un trou vertical avec des auberges et des banques.
[…]
Maintenant, si l’on considère que la ville est ce lieu d’échanges et de rencontres, si la ville est cette grande foire dont nous avons la nostalgie, alors il va falloir se faire à cette nouvelle idée. La ville, c’est Internet.

Jean Rouaud, Les villes fantômes

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