La maison de Tante Léonie, qu’ils ont appelé ça. La Léonie du roman qui en réalité se nommait tante Elisabeth.
PROUST.
Pas trop lu.
Juste commencé La Recherche le temps de goûter le passage de la Madeleine ; et de voir qu’une madeleine, c’est un paysage.
Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là); et avec la maison, la ville, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.
Marcel Proust, Du Côté de chez Swann
Est-ce que ça marche avec un Pepito dans un bol de lait ?





1 commentaire
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9 mars 2011 à 3:16
Yolande Villemaire
Ah, c’est par "la petite madeleine" que je suis entrée dans Proust à l’âge de 15 ans. J’ai lu la "Recherche du temps perdu" à 18 ans. Une merveille. Je l’ai relue à 50 ans. Encore plus beau! Je me suis demandé ce que j’avais pu en comprendre à 18 ans: je n’avais encore jamais quitté le Québec et ma réalité était si différente. Je lisais ça comme une sorte de science-fiction. Et quand je suis allée en France pour la première fois, à 20 ans, j’ai reconnu le paysage. Mais il change vite, ce paysage, bien sûr et Proust décrit un monde qui n’est presque plus. Mais ça dépasse tout ça et ça touche au mystère d’une vie humaine dans un lieu et dans un temps, parmi d’autres humains. Ça irise la vie Proust, ça baigne notre propre vie d’une lumière surnaturelle. Bonne lecture!