Description d’un chemin
comment décrire?
comment raconter?
comment regarder?
sous la sécheresse des statistiques officielles,
sous le ronronnement rassurant des anecdotes mille fois
ressassées par les guides à chapeaux scouts,
sous la mise en place officielle de ces objets quotidiens
devenus objets de musée, vestiges rares, choses historiques,
images précieuses,
sous la tranquillité factice de ces photographies figées
une fois pour toutes dans l’évidence trompeuse de leur
noir et blanc,
comment reconnaître ce lieu?
restituer ce qu’il fut?
comment lire ces traces?
comment aller au-delà,
aller derrière
ne pas nous arrêter à ce qui nous est donné à
voir
ne pas voir seulement ‘ce que l’on savai t d’avance
que l’on verrait?
Comment saisir ce qui n’est pas montré, ce qui n’a pas
été photographié, archivé, restauré, mis en scène?
Comment retrouver ce qui était plat, banal, quotidien,
ce qui était ordinaire, ce qui se passait tous les jours?
c’est ce que l’on voit aujourd’hui
et l’on sait seulement que ce n’était
pas ainsi au début du
siècle
mais c’est cela qui nous est donné à voir
et c’est seulement cela que nous pouvons
montrer
Georges PEREC in Récits d’Ellis Island





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